La Furie des Vampires

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Bien avant de se mettre sur le museau pour mieux vendre du popcorn au cours des Twilight et autres Underworld, les vampires et les loup-garous se faisaient déjà la gueule au détour de bisseries pas forcément moins généreuses que leurs futurs avatars friqués. Avec Paul Naschy au clavier et sous le duvet de l’increvable Waldemar Daninsky, c’est d’ailleurs plutôt le panier gourmand qui nous attend.

 

 

On peut reprocher beaucoup de choses à Paul Naschy – ou Jacinto Molina, c’est selon -, souvent coupable d’une impassibilité tuant dans l’oeuf toute émotion pouvant naître de ses films et des propos quelquefois mensongers (ne prétendait-il pas avoir tourné des films dont nul ne trouva trace?), mais on ne pourra jamais lui retirer qu’il était l’un des monsters makers les plus généreux de sa génération. Rares étaient donc les Séries B où l’éternel poilu se contentait d’une seule et unique créature à l’affiche, et lorsqu’il sortait son célèbre hombre lobo de sa niche, c’était systématiquement pour qu’il aille coller des beignes à d’autres chimères meurtrières. Comte vampire, yéti, Mister Hyde, satanistes et sorcières en tous genres, momies et créatures de Frankenstein, extra-terrestres belliqueux… Le père Waldemar aura tout vu ou presque au fil de sa dizaine de résurrections, et la tendance ne s’inverse pas avec La Furie des Vampires (1971) puisqu’il devra cette fois affronter une Comtesse Bathory puissance 1000. Soit la multiple Wandesa Dárvula de Nadasdy (ça roule tout seul sur la langue), aussi mégère au service de Satan se nourrissant du sang des vierges pour garder son teint de pêche que vampire à ses heures, et dont on vint à bout en lui plantant une croix d’argent dans la poitrine. Une croix que recherchent activement deux étudiantes en sciences occultes et cultures démoniaques, mais aussi le tristounet Waldemar Daninsky, brave homme que ses transformations en loup-garou poussent à vivre en ermite dans un coin reculé de la France. Selon la légende, seul le crucifix, s’il lui est planté dans le coeur par une personne l’aimant sincèrement, peut le libérer de sa terrible malédiction. Bien sûr, les jolies jeunes filles et le petit trapu s’unissent et finissent par retrouver la tombe de Wandesa, retirant le bibelot sacré transperçant son torse poussiéreux et s’arrangeant pour faire couler du sang sur ses restes squelettiques. La bourde… Car évidemment, la vilaine se réveille et se met à vampiriser son monde, la région, déjà frappée par les attaques de l’incontrôlable Waldemar, devenant encore plus dangereuse qu’elle ne l’était déjà.

 

 

Du pur monster mash, et donc du pur Naschy, toujours agenouillé devant les crossovers plein de griffes, de boulons électriques et de canines tranchantes de la Universal. N’allez d’ailleurs pas croire que notre ami Jacinto et son réalisateur León Klimovsky (L’Empreinte de Dracula, toujours avec un Naschy changé en touffe de poils sanguinaire) s’en tiennent à un bête loulou hurlant sous les astres de la nuit et à deux vampirettes en nuisette flottant dans la brume, puisque l’on croisera aussi un moine zombie apparaissant de façon aussi inexpliquée que gratuite (et qui inspirera peut-être à Amando de Ossorio ses funestes Templiers Zombies), la sœur violente et simplette de Daninski, des adorateurs du Démon, l’ombre cornue de celui-ci, un vieux redneck porté sur le viol, et même, le temps d’un plan, un bon vieux bourreau des familles, prêt à raser une nuque d’un coup de hache bien placé. De quoi approvisionner un album de Black Sabbath ou Electric Wizard niveau thématiques. Et a priori de quoi remplir gaiement les 90 minutes de La Furie des Vampires, non ? Ben pas tout à fait, car malgré une ménagerie plus que complète, Klimovsky et sa vedette musclée, en charge comme à son habitude du script, décident de se perdre en d’interminables papotages, au point que le werewolf n’intervient réellement dans le récit qu’à partir de la 40ème minute. On sent d’ailleurs que l’intro du film, lors de laquelle un médecin légiste tente d’autopsier Daninksy avant de se faire labourer la tronche par celui-ci, nuit de pleine lune oblige, fut pensée au dernier moment par des auteurs se rendant sans doute compte que leur monstre star met trop de temps à débarquer.

 

 

On ne pleurera pas trop sur les causeries entre Waldemar et les jeunes étudiantes venues se loger dans sa vieille bâtisse, celles-ci étant suffisamment charmantes pour faire passer la pilule (ah Barbara Capell, lovely!), mais on s’autorisera un petit roupillon lorsque le petit-ami enquêteur de l’une des deux minettes les suivra et prendra le thé avec les autorités locales… L’occasion pour Klimosvky de résumer toute l’intrigue, alors que celle-ci n’est pourtant pas si compliquée et se résume à la lutte brutale entre la version espagnole de Lon Chaney Jr. et une Bathory qui s’en resservirait bien un petit dans la nuque des top-models séjournant dans le coin. Enfin, tout basique soit le synopsis, il est vrai qu’il parvient à nous perdre. Voir à ce sujet l’entame où l’on nous explique que Waldemar a probablement été mordu par un vampire, puisqu’il a leur marque sur la poitrine. D’accord, mais si tel était le cas, il se changerait en chauve-souris jouant très mal et pas en grand méchant loup monté sur ressorts. Et d’ailleurs, à ce moment de l’histoire, Wandesa est toujours un tas d’os enterré dans la campagne française, rendant difficile pour elle le mordillage du téton de Daninsky la gueule carrée. Pas de quoi émouvoir l’habitué du bis, conscient par avance que la plausibilité de l’ensemble laissera à désirer, et que les personnages seront tracés de traviole. A ce petit jeu, les discus entre les nénettes valent leur pesant de pierres tombales, avec d’abord la sérieuse Elvire (Gaby Fuchs, jeux de mots avec le F word interdits!) estimant qu’elle doit rester sur place pour ne pas laisser seul ce pauvre Waldemar, et sa copine Genevieve (Capell donc) pressée de retrouver la civilisation. Sauf que le lendemain, c’est l’inverse : Elvire n’en peut plus de la cambrousse depuis qu’elle a été agressée par un bonze zombifié dans des ruines (mais à l’entendre, c’est moins grave que de ne pas avoir l’électricité) et c’est Genevieve que l’on trouve excitée à l’idée d’aller ouvrir le cercueil d’une Vampirella en puissance. On attend quelques heures et les rôles s’échangent encore, puisque Elvire redevient accroc au pourtant peu gai Waldemar, tandis que les pots d’échappement et les allées bétonnées manquent à Genevieve. Faut être capable de les suivre, tout de même…

 

 

On se moque gentiment, n’empêche qu’on l’aime bien, La Furie des Vampires, même lorsque sa baston tant attendue entre Waldemar et Wandesa se résume à deux nigauds se roulant dans la poussière comme deux chats se disputant une litière. D’abord parce que Klimovsky, si on l’a connu plus en forme (L’Empreinte de Dracula est globalement supérieur à cette Furie…), sait toujours satisfaire son audience, que ce soit en mélangeant une imagerie psychédélique à celle plus glauque des messes noires, ou en usant de ralentis lorsque Wandesa se présente devant ses proies. Celle-ci est d’ailleurs la grande réussite de l’opération, tant la regrettée Patty Shepard (Folie Meurtrière, Mutations) reproduit parfaitement la présence fantomatique de Barbara Steele, dont il se disait alors qu’elle prendrait la relève. Ca aurait pu avec une ou deux bandes gothiques supplémentaires dans sa besace. Tout gauche soit-il, La Furie des Vampires sait donc marcher droit lorsqu’il le faut et ne fait pas mentir le vieil adage voulant que les films du père Naschy, ils sont très bons même lorsqu’ils sont pas terribles.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Leon Klimovsky
  • Scénario : Paul Naschy, Hans Munkel
  • Production : Salvadore Romero
  • Titre Original : La Noche de Walpurgis
  • Pays: Espagne, Allemagne
  • Acteurs: Paul Naschy, Gaby Fuchs, Barbara Capell, Patty Shepard
  • Année:  1971

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