Near Death

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Lorsque le Joe Castro de Terror Toons et ses suites, versions trashos et meurtrières de Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, s’attaque au film de maison hantée, on se doute que ce n’est pas pour se contenter de faire grincer des portes et casser des carreaux. Gagné, son Near Death (2003) contenant plus de carcasses malmenées que la saga Amityville dans son entièreté.

 

 

Philosophe, l’amical Joe Castro l’est assurément puisque plutôt que de pleurnicher sur son sort de réalisateurs de B-Movies fauchés, il bénit la liberté que lui offre son statut d’éternel soldat de l’underground. Celle offerte aux artisans de l’ombre, sur lesquels ne s’abat jamais les pluies de billets verts mais qui n’ont en contre-partie aucun compte à rendre à une assemblée d’exécutifs sniffeurs de coke. Ses pelloches, Castro les forge pour ainsi dire en famille, puisqu’il s’entoure le plus souvent des mêmes producteurs. Dans le cas de Near Death, on retrouve donc Michael E. Kovacs (Bloody Toons, Jackhammer), Steven J. Escobar (à la prod’ et au montage sur tous les Terror Toons) ou encore Daniel Benton, scénariste de Jackhammer. Et puisqu’on en est à décrocher le combiné pour inviter les copains, autant rameuter l’excellent Jeff Leroy (les deux Creepies, Rat Scratch Fever, Werewolf in a Women Prison) pour qu’il se charge de la photographie. Une belle petite bande de malfaiteurs en somme, et de vrais trafiquants de Séries Z conscientes de leur statut de divertissements réservés à une niche de plus en plus réduite, et typiquement 2000’s pour tout dire. Comprendre que ça ne roule jamais sur l’or mais que le gore grivois y fait des percées régulières, égayant des spectacles du reste visuellement assez pauvres puisqu’ils évoquent un mélange entre les sitcoms façon Les Feux de l’Amour et les shot-on-video des 80’s à la Boardinghouse ou Blood Lake. Ca ne loupe bien entendu pas avec les très cheap Near Death, que l’on pourrait sur la thématique et les objectifs rapprocher du bon Drainiac de Brett Piper, le but de l’un comme de l’autre étant de se la jouer old-school tout en prenant le genre de la haunted house par les pieds pour mieux le secouer.

 

 

Entre deux slashers plein d’adolescents éventrés et transformés en méchoui par des dingos pas réglos, Castro revient donc aux saveurs vintage en imaginant la malédiction entourant une bicoque isolée, où tout le gratin du vieil Hollywood fut transformé en goules cannibales par un metteur en scène dément, Willie Von Brahm. Pour être honnête, le tout est assez confus : est-ce que ce réalisateur de films d’horreur est devenu cinglé et arracha le coeur de l’actrice dont il était amoureux parce que la baraque est malveillante ? Ou est-ce que c’est au contraire au caractère diabolique du Willie que l’on doit le fait que les les lieux sont désormais une succursale de l’Enfer ? Allez savoir, même si l’on penche plutôt pour la deuxième possibilité. Le résultat est de toute façon le même dans les deux cas : au jour d’aujourd’hui (si nous étions toujours en 2003 et que Chimène Badi était encore l’idole des jeunes filles en fleurs, bien entendu) la bâtisse est habitée par des acteurs immortels mais obligés de se nourrir de jeunes filles à poil (ça fait vendre plus de DVD que des déménageurs polonais en marcel), que leur amène un barman dragueur et tout fier de montrer ses biscotos. Les non-morts ont de quoi becter, le spécialiste du cocktail reçoit des pièces d’or valant 50 dollars chacune, et tout le monde est content, malgré l’impossibilité qu’ont les goules à sortir de leur villa, la malédiction de Von Brahm leur tombant alors sur le coin de la gueule pour les faire fondre comme de la neige au soleil. Un petit train-train quotidien pas très palpitant, mais au moins l’éternité leur tend les bras. A moins que les trois chasseurs de fantômes débarquant sur les lieux pour mener une enquête paranormale ne viennent enrayer la machine ? La réponse est dans la question…

 

 

Un pitch que l’on aurait pu croiser dans les années 40 ou 50 et servant d’excuses pour enchaîner des effets spéciaux à l’ancienne (rappelons que Castro est surtout connu pour ses maquillages et effets gorasses pour des bandes comme Wishmaster 3 et 4, Blood Feast 2 ou Uncle Sam) ? Pas autant qu’on l’aurait voulu, Near Death, s’il contient son lot de démembrements et de cannibalisme sans serviette au cou au fil de scènes très H.G. Lewis dans l’esprit – et pour cause, le papa de 2000 Maniacs était aussi le père spirituel de Castro – semble miser sur son ambiance plutôt que sur le malmenage de son casting. On aura un bifteck dans l’assiette, et la dernière bobine vise le gore en putréfaction avec ses goules perdant la face pour dévoiler leurs crânes de démons, tandis que l’un d’eux s’arrache la peau avant qu’une explosion que l’on croirait tirée du Doom version Nintendo 64 ne vienne mettre un terme à son supplice. Mais l’impression générale est que l’important pour Castro n’était pas de massacrer des acteurs sans doute sous-payés mais plutôt de les balancer dans un triangle amoureux, là encore très sitcom dans l’esprit. Une petite blonde avoue ainsi son amour à son homme à lunettes, qui fuit devant la terreur que lui impose la maisonnée. Que faire pour notre amoureuse transie ? Eh ben elle tombe dans les bras d’une goule à la petite moustache de lover, tandis que le bigleux ira se consoler de sa rupture sous la douche avec la meilleure amie de son ex. Nous cherchions du sang coagulé, nous voilà noyés dans le floral romantique de chez Guerlain… Frustrant, d’autant que le script, déjà confus à la base, n’est pas récité par de grands tragédiens, les comédiens allant de l’ordinaire « J’ai pas de charisme mais on s’en fout, c’est pour du direct-to-video » au « J’en fais des tonnes et je fais les gros yeux à la moindre occasion ! ». On se marre gentiment lorsque les seconds sont à l’écran – surtout ce docteur mort-vivant mauvais comme un cochon ou le fameux Von Brahm, cabot comme pas deux -, et on sait apprécier ces quelques dialogues crétins comme il faut (« Je t’aimais, et maintenant je dois te tuer ! ») et ces réactions improbables (une cocotte est à deux doigts de se faire violer… mais console son assaillant lorsque celui est interrompu durant son agression!). Mais lorsque les jeunes premiers et les héroïnes fadasses reprennent la main pour déclamer leur texte avec la motivation d’un adolescent qui en est déjà à sa quinzième auto-dictée de l’année, on sent la lassitude nous gagner…

 

 

Heureusement que l’ensemble peut compter sur un décorum assez séduisant pour garder la tête hors de l’eau, avec sa propriété en bordure de plage et dont l’intérieur est figé dans le temps. Et comme souvent avec ce type de productions, l’aspect cheesy de Near Death lui est favorable et en fait tout de même un DTV valant le détour. L’attirail des fameux ghostbusters mérite par exemple le coup d’oeil, avec cette espèce de sonar à fantômes et ses « Alerte au spectre » et son interface digne d’un site porno de 1997, avec fond noir et des textes en rouge, jaune et vert. S’échappe d’ailleurs de cette ghost story un indéniable feeling Photoshop, les différents effets spéciaux donnant l’impression qu’un petit malin s’est amusé à utiliser l’outil doigt pour le passer un peu partout sur l’image et la déformer. Faut tout de même l’avouer, tout cela est plutôt disgracieux et empêchera toute frousse, même minime, et Near Death y aurait gagné à se contenter des effets en dur de Castro, autrement plus efficaces. M’enfin, ça détend l’atmosphère, même si ces déviantes qualités (tout dépendra des lunettes portées le soir de la séance et de votre capacité à vous avaler une quatre fromage filmique) ne font pas éviter au film le syndrome du coup pour rien… Dans un style similaire, préférez donc le plus abouti Drainiac.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Joe Castro
  • Scénario : Daniel Benton
  • Production : Joe Castro, Michael E. Kovacs, Steven J. Escobar, Daniel Benton
  • Pays: USA
  • Acteurs: Perrine Moore, Ali Willngham, Scott Lunsford, Joe Haggerty
  • Année:  2003

 

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