Terrifier

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On le pressentait à la vue de la compilation All Hallow’s Eve (2013) – dans laquelle une future maman est éventrée pour que son poupin serve de sacrifice à Satan alors qu’une jeune fille est démembrée tandis que son agresseur lui taille des gros mots sur le bide – nous en sommes désormais certains : Damien Leone est méchant, très méchant. La preuve par neuf avec Terrifier (2016), slasher aux accents de survival et de torture-porn, et sacrée tornade gore que les plus sensibles feraient bien d’esquiver à pas chassés.

 

 

 

Elle n’est pas franchement rassurante, la vision qu’à Leone du slasher. « Je suis un énorme fan du genre, du coup je pense aussi savoir ce que les fans de slasher apprécient le plus dans ces films. Si ce n’est probablement dans Scream, le point faible d’à peu près tous les slasher est la présence de personnages stéréotypés parlant d’absurdités durant la majorité du film. Je voulais éliminer ou au moins raccourcir cet aspect pour pouvoir passer directement aux scènes cracra et graveleuses. Les gens regardent des slashers parce qu’ils veulent être effrayés et voir le maniaque tuer autant de personnes que possible. », confiait le réalisateur au site Dread Central, en oubliant un peu vite que le sous-genre ne se résume pas à un Jason Voorhees passant de l’empalement de deux ados en pleine partie de touche-minette à un uppercut décrocheur de caboche sans la moindre interruption. Le slasher, c’est aussi un suspense montant graduellement, et ces fameuses causeries entre teenagers clichés font indiscutablement partie du plaisir rencontré dans les Final Exam et autres Hell Night. Bref, à lire le gazier, son Terrifier, version longue des aventures du boogeyman de sa création qu’est Art le clown, sera un carnage de la première à la dernière minute, un massacre ne connaissant pas la panne d’essence ou la fatigue, le bozo maléfique étant présenté comme le lapin Duracel du meurtre. Heureusement pour nous, Leone ne tient pas toutes ses promesses, et son dernier film en date (avant un Terrifier 2 prévu pour 2020) s’en tiendra à moins d’une dizaine de meurtres pour 80 minutes.

 

 

Le tout débute néanmoins en en mettant plein les murs : lors d’une émission télévisée, une jeune femme salement défigurée (elle ressemble à citrouille passée sous un tractopelle) finit par attaquer la présentatrice (la Katie Maguire d’All Hallow’s Eve se fend d’une petite participation amicale) et lui arrache les yeux. Mais après cette mise-en-bouche qui n’invite pas à passer à table, Terrifier freine assez rapidement des deux pieds. De retour d’une soirée Halloween très arrosée, deux demoiselles croisent la route d’Art, clown blanc de la tête aux pieds se baladant avec un sac poubelle et les fixant avec insistance. Ne les lâchant pas d’une semelle, il les suit jusqu’à une pizzeria dans laquelle il ne commande rien, se contentant de reluquer la jeune Tara, de plus en plus mal à l’aise. Plus tard, les cocottes se rendent compte que leur pneu a été tailladé, et alors qu’elle pense pouvoir aller se vider la vessie tranquillement dans un bâtiment désaffecté et infesté par les rats, Tara tombe nez-à-nez rouge avec Art. C’est parti pour une nuit de folie où les marteaux s’abattront sur les fronts, où les visages seront défoncés à coups de talons, et où les caboches seront taillées de sorte à ressembler à des jack-o-lantern. Il pleut du sang en ce 31 octobre pour le dire autrement, et mieux vaut planquer vos filles avant que le grand méchant Art ne vienne vous les enlever, la gent féminine n’étant pas malmenée devant la caméra de Leone : elle est bousillée. Vous trouviez que les Vendredi 13 et compagnie étaient de viles Séries B misogynes où la femme facile est systématiquement punie d’une exécution sèche et gorasse ? Attendez donc de voir Terrifier et sa tendance, franchement malaisante, à s’acharner encore et encore sur ses demoiselles, en visant le plus souvent leurs attributs sexuels. Lorsque le vraiment pas gentil Art décide de couper en deux une blonde qui s’était foutue de lui, il ne le fait comme le tout-venant des croquemitaines d’un coup de tronçonneuse dans le bide ; il dénude sa victime, l’attache par les pieds en veillant à bien écarter les gambettes, et se met à scier dans le sens de la longueur en partant du vagin. Et lorsqu’il croise une simple d’esprit se pensant maman d’une poupée, il la scalpe et lui arrache les seins pour se déguiser en bonne femme et mieux se moquer d’elle. Dérangeant, pour le moins, et de quoi faire entrer Art au panthéon des salopards finis.

 

 

Il n’y a d’ailleurs que lui qui compte aux yeux de Leone, réalisateur solide (le film est joliment photographié et se la joue rétro sans trop en faire) mais scénariste médiocre, car incapable d’insuffler de la personnalité à des protagonistes n’entrant dans le champ que pour servir de bétail au mime boucher. On peut d’ailleurs comprendre que l’auteur soit tombé amoureux de son killer clown tant celui-ci intrigue et capte l’attention dès qu’il apparaît, le boulot fait par son interprète (David Howard Thornton) étant parfaitement impressionnant. Mais tel un Rob Zombie ne pouvant s’empêcher de foutre son épouse partout et tout le temps, Leone en fait trop et invite trop souvent Art à faire le guignol, au point que l’on n’est plus dans l’attente de le voir apparaître ou sauter d’une ombre. Et pour cause : il est déjà à l’écran. Une omniprésence dont se félicite Leone (« Je n’ai pas fait de recherches, mais il est possible que Art ait plus de temps de présence dans Terrifier que tout autre tueur dans un slasher moderne ») mais qui finit par lui jouer un sale tour : si ce n’est lors de cette excellente rencontre entre le méchant pantin et ses proies puis le repas dans la pizzeria, sans conteste la meilleure scène du bidule, le suspense est tout simplement inexistant. Car Art et ses drôles de dames ne cessent de se renvoyer la balle, de se labourer les mollets ou se donner des coups sur la tronche avec des planches de bois, dans ce que l’on pourrait décrire comme une version live du cartoon Itchy and Scratchy. Partie de cache-cache géante dans un entrepôt ou des couloirs dégueulasses dans laquelle le coyote rattraperait constamment Bip-bip, Terrifier montre ses limites alors qu’il n’en est pas encore arrivé à la moitié de son spectacle. Et à frapper trop fort trop vite, Leone désensibilise une audience qui sent les deux ou trois premiers coups de poings, mais plus cinq suivants…

 

 

Un peu de finesse n’aurait donc pas été de trop, d’autant que le boulot fait par Leone passe de franchement antipathique quand il tente vaille que vaille de choquer le chaland, au très prometteur lorsqu’il se contente de faire monter la tension entre Art et ses cibles. Et le résultat s’en fait sentir : très efficace (on ne se fait jamais chier), le néanmoins moyen Terrifier apporte la certitude qu’il aurait pu être autrement meilleur s’il avait bénéficié d’un scénario sur lequel il était écrit autre-chose que « Art galope après ses cocottes! ». Comme quoi, des cascades de faux sang et d’interminables courses-poursuites dans des garages abandonnés ne font pas tout, Mister Leone…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Damien Leone
  • Scénario : Damien Leone
  • Production : Damien Leone, Phil Falcone, George Steuber
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jenna Kannell, Samantha Scaffidi, David Howard Thornton
  • Année:  2016

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