All Hallow’s Eve 2

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Nous vous le disions avant-hier : à l’origine, le premier All Hallow’s Eve (2013) ne devait pas être entièrement dédié à Damien Leone, le projet du producteur et réalisateur Jesse Baget étant plutôt de réunir des courts-métrages horrifiques pour en faire la parfaite petite anthologie du 31 octobre. Deux ans plus tard, et le clown Art de Leone parti vivre sa vie loin des films à sketchs, l’idée première de Baget prend enfin vie, sans que nous soyons réellement convaincus du bien fondé de son existence.

 

 

Sale temps que le nôtre pour les films omnibus. Certes, ils ont largement pullulé depuis une dizaine d’années, et sur le strict plan quantitatif l’amoureux du genre n’a pas à se plaindre. Mais niveau qualitatif, c’est une autre paire de manches. La faute à des productions trop gourmandes, incapables de s’en tenir à la sacro-sainte règle du « trois ou quatre sketchs et puis s’en va », ce qui nous force à nous installer devant les interminables (surtout minables dans certains cas) V/H/S ou ABCs of Death et leurs dizaines d’histoires (27 dans le cas des ABCs !) souvent trop courtes pour installer le plus petit semblant de récit. Niveau implication, c’est souvent le zéro pointé, et la plupart des réalisateurs engagés dans ces pour la plupart sinistres opérations le savent puisqu’ils balancent une fois sur deux des petites vidéos aux allures de gimmick plutôt que de vrais contes épouvantables. Nous n’avions pas été particulièrement tendres avec All Hallow’s Eve premier du nom, coupable de verser dans le choc pour adolescents qui pensent qu’ils sont des warriors parce qu’ils enculent leur main droite devant A Serbian Film. N’empêche que le film de Leone s’était tracé une route, et même s’il était à 50 % constitué de travaux anciens de Leone, le tout bénéficiait d’une cohérence apportée par le personnage d’Art le clown, fil rouge sang de ce petit massacre halloweenesque. Disons-le tout de go, All Hallow’s Eve 2 ne profitera pas de la même homogénéité, Baget allant cette fois chercher ses matériaux sur la Toile pour les compiler autour d’une intrigue rappelant vaguement celle du premier opus. Remember la cassette vidéo maudite glissée dans le sac à bombecs du petit Timmy dans le premier film ? Eh bien cette fois un cinglé portant un masque de citrouille taillée comme un crâne vient en déposer une autre sur le pas de la porte d’une jeune femme passant Samhain seule dans son appart. Comme elle n’a que ça à foutre et n’a visiblement pas les jetons de se retrouver face à une sex-tape dégueulasse pleine de nains et de sauce samurai, et qu’en plus elle bénéficie toujours d’un magnétoscope en état de marche (ce qui est difficile à avaler au vu du look de la demoiselle, plus proche de la fana de Jersey Shore que de la lectrice de Fangoria, mais bon…), la Miss appuie sur le bouton « play » et s’enfile, et nous avec elle, les huit courts-métrages glanés par Baget sur Youtube et Dailymotion.

 

 

Ne jouons d’ailleurs pas les naïfs : à moins de ne pas avoir accès à internet et d’être donc dans l’impossibilité de faire chauffer les moteurs de recherche pour dénicher les courts-métrages ici réunis, All Hallow’s Eve 2 n’a absolument aucun intérêt. Pire, les courts en question sont pour certains clairement déforcés par l’entreprise, les plus réussis d’entre eux gagnant sans doute à être matés de manière isolée plutôt qu’à se retrouver coincé entre deux essais ratés. On notera d’ailleurs trois tendances dans les sketchs, avec à ma gauche ceux qui ne se prennent pas la tête et visent (sans trop forcer cependant) à refiler une petite nausée aux âmes sensibles, à ma droite les grands sensibles profitant de l’épouvante pour peindre le portrait de familles malheureuses (à la Mr. Babadook pour aller vite) et enfin les bons élèves qui misent surtout sur le suspense. Et c’est pas pour vous décourager d’avance, mais sachez que cette dernière catégorie ne compte qu’un seul court en son sein. A savoir Alexia de l’Argentin Andrès Borghi, short story bien creepy et empruntant au Ring japonais (le seul, le vrai) son idée de la revenante se servant des écrans pour mieux hanter les vivants. Ce coup-ci, c’est une demoiselle morte un an plus tôt en se suicidant qui n’accepte pas que son ancien petit-ami, cause de sa mort puisqu’il la quitta pour une autre, puisse couler des jours heureux. Et lorsque le mecton retourne sur le profil Facebook de la décédée pour la retirer de sa liste d’amis et passer à autre-chose, il déclenche un courroux d’outre-tombe dont il peinera à se relever. Pas tout à fait de l’inédit, mais d’une efficacité certaine et du parfaitement shooté par un Borghi connaissant son affaire. Et puis, le jeune réalisateur tape juste en critiquant sans en avoir l’air les crises de nerfs des accrocs aux réseaux sociaux, incapables d’accepter que quelqu’un puisse les virer de leurs cercles numériques sans lancer des guerres improbables dans un espace commentaire transformé en champ de bataille. Le meilleur d’All Hallow’s Eve 2, sans aucun doute, et on comprend que Baget ait placé Alexia en fin de parcours : il aurait été bien difficile de lui succéder.

 

 

Il n’aurait en tout cas pas fallu compter sur les soldats du « fun and fears », tous décents sur un plan technique mais aussi terriblement vains. Voir à cet effet Jack Attack, dans lequel un mioche et sa baby-sitter avalent les graines de la citrouilles qu’ils viennent de vider et se retrouvent avec le bide à l’air, des racines perçant leur estomac. Plutôt gore, c’est sûr, mais sinon ? En à peine cinq minutes, difficile de mettre en place quoique ce soit, de se sentir impliqué dans le sort de personnages morts avant qu’ils nous soient présentés… Même constat pour Mr Tricker’s Treat, petite histoire d’un redneck dégueulasse décorant son jardinet avec les corps de jeunes gens qu’il tue pour l’occasion. Le principe est séduisant – bien que déjà utilisé, et en mieux, dans l’excellent Au Service de Satan, Halloween movie autrement plus recommandable que les All Hallow’s Eve – mais ne va nulle-part puisque durant moins de cinq minutes. Le pire est atteint avec M is for Masochist (un stand de foire propose à des mouflets de torturer un pauvre type, qui se trouve être le père de l’un d’eux), vanne visuelle moins drôle qu’elle croît l’être, à l’origine réservée aux ABC’s of Death mais qui loupa les sélections et se retrouva donc dans les fichiers de Baget, faisant officiellement d’All Hallow’s Eve 2 la corbeille des autres films à sketchs de la période.

 

 

On est sévères, car dire que Baget fait les poubelles rendrait un triste hommage au gentiment lugubre The Last Halloween et ses gamins parcourant un monde ayant vécu l’apocalypse pour y réunir des bonbons. Et gare à vous si vous refusez de leur en donner. Le meilleur de la catégorie des sketchs plus émotifs, car pas contraire à foutre la pétoche (cet homme infecté donnant une touffe de poils dégueulasse aux petits) et en possession d’une ambiance sacrément lourde. On sortira plutôt nos bics rouges pour tracer des mauvaises notes à The Offering, pénible et inutile historiette d’un père et de son fils partant sous la neige pour faire une offrande à une créature que l’on ne verra jamais et dont on ne saura jamais rien. Tant mieux : on n’en avait rien à foutre. Et tant qu’on y est, on enverra A Boy’s Life aux cours de rattrapage : encore une fois, sur le plan technique il n’y a rien à y redire, mais cette affaire d’une mère célibataire (Monsieur est mort au front) tentant de rassurer son fiston qu’il n’y a pas de monstre planqué sous son lit ou dans les placards n’apporte rien de neuf. Les féministes parleront d’un « beau portrait de femme », les autres lâcheront un soupir long de 20 minutes en se rendant compte que le bidule est aussi le plus étiré du film. Pénible, mais ça vous laissera le temps d’aller rallumer les bougies dans vos Jack-O Lantern. Enfin, The Descent nous la joue suspense facile en coinçant dans un ascenseur un assassin et une demoiselle justement témoin de l’un des meurtres du bonhomme. Pas trop mal, mais là encore le format court empêche le machin d’aller loin, et on se retrouve avec un twist déjà vu 159 fois dans des productions de ce type. On zappe, donc.

 

 

Et on zappera All Hallow’s Eve 2 tout entier aussi, cet effort collectif ne parvenant même pas à se conclure de manière satisfaisante, l’affaire de la nana matant la VHS se terminant pile comme on l’imaginait. Si ce n’est pour la belle découverte Alexia, très au-dessus de tout le reste, l’expérience est donc des plus tristes, d’autant que sur les huit courts, cinq n’ont absolument rien à voir avec les festivités d’Halloween. On en vomirait nos bananes Haribo, tiens… Si All Hallow’s Eve 2 prouve en tout cas quelque-chose, c’est qu’il ne suffit pas de piocher quelques courts trouvés ici ou là pour donner forme à un film à sketchs, et que si ceux des années 80 ou de la Amicus continuent de faire vibrer les fantasticophiles actuels, c’est parce qu’ils étaient pensés en amont, dans le détail et que chaque segment venait compléter ses petits frères. Rien à voir avec ce gloubi-boulga indigeste, dénué de toute unité puisque chacun des courts était une démo visant à montrer les capacités de tel ou tel réalisateur. Ce n’est certainement pas en se retrouvant sur un DTV bas de gamme probablement vendu une misère chez Wall-Mart dès sa sortie que ceux-ci sont parvenus à se faire un trou…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jesse Baget, Andrés Borghi, Jay Holben, Antonio Padovan…
  • Scénario : Jesse Baget + divers
  • Production : Jesse Baget
  • Pays: USA
  • Acteurs: Andrea Monier, Helen Rogers, Ron Basch, Bob Jaffe
  • Année:  2015

 

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