All Hallow’s Eve

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N’étant pas dans le secret des Dieux et ne possédant pas d’entrées dans les coulisses des conventions horrifiques américaines, nous ne savons trop si nous devons attribuer la quasi-omniprésence du clown Art – star de All Hallow’s Eve (2013) et de son spin-off Terrifier (2016) – dans les allées des Monsterpalooza et autres Screamfest à une fan-base sincère et douée pour le tricot, ou à l’intelligence de ses créateurs qui l’envoient enchaîner les selfies pour augmenter sa popularité. Soyons honnêtes : à la vision d’All Hallow’s Eve, nous doutons toujours autant.

 

 

Damien Leone (Frankenstein vs. The Mummy) n’est pas le dernier des cons, c’est une certitude. Plutôt que d’enchaîner les courts-métrages aux sujets divers et variés dans son coin, dans l’attente qu’un mécène se dise que son compte en banque pèse trop lourd et qu’il serait bon de l’alléger en finançant un film longue durée, le Dam’ concentre tous ses efforts autour d’un personnage de sa création. Soit Art le clown, increvable Bozo capable de se téléporter dans votre dos et vous suivre jusqu’au bout du monde, dans le but évident de vous faire une killing joke comme on dit à Gotham. Monstre parmi d’autres de The 9th Circle (2008), le pitre lugubre sera promu menace principale de Terrifier (2011), Leone tentant vaille que vaille d’en faire un boogeyman viral, dont on échange les vidéos sur Facebook en taguant un max de monde et que l’on utilise comme avatar sur Twitter pour foutre les miquettes à ses followers. Une tactique payante puisque le producteur/réalisateur Jesse Baget (Breathless avec Val Kilmer et Ray Liotta) finira par proposer à Leone de placer Terrifier sur une anthologie composée d’oeuvres de divers réalisateurs. Pas du genre à partager une place sur un sofa sur lequel il se verrait bien étalé de tout son long, et songeant sans doute très justement que se retrouver seul à bord de l’entreprise ne lui permettra pas seulement de monter quelques marches mais bien d’être au bout de l’escalier, le roi Leone propose de se charger de tous les sketchs. Et voit là l’occasion rêvée de mettre en avant son vieux copain Art, sur lequel il compte pour lancer sa carrière. Baget n’étant visiblement pas du genre contraire, il accepte la proposition et refile les clés à son nouvel ami. « Ce n’était pas de cette manière que je voulais présenter Art à une audience plus large, explique Leone au site Dread Central, mais c’était la meilleure opportunité se présentant à moi à l’époque. Je suis reconnaissant d’avoir pu avoir cette expérience, et elle permit à beaucoup de gens d’entendre parler d’Art. » Au moins c’est clair, pour Leone seul compte son guignol meurtrier. Pas étonnant dès lors de le retrouver à chaque angle du présent All Hallow’s Eve.

 

 

Nous sommes le 31 octobre, les bambins déguisés en sorcières et pirates fantômes reviennent de leur chasse aux bonbons, prêts qu’ils sont à se tuer les fourchons avec du caramel bon marché et des sucettes au coca. Bonne récolte d’ailleurs pour le petit Timmy et sa sœur Tia, rentrés at home avec l’équivalent du rayon sucreries de chez Lidl. Mais alors qu’il visionne La Nuit des Morts-Vivants – classique que, si l’on en croit les B-Movies made in America, tous les yankees regardent la nuit d’Halloween, mais qui est surtout bien pratique pour les metteurs en scène sans le sou puisqu’il est comme chacun sait tombé dans le domaine public dès sa sortie et est donc gratos pour tout et tout le monde – Timmy trouve au fond de son candy bag une VHS, qu’il désire comme de juste visionner dans la seconde. Pas tout à fait du goût de sa baby-sitter Sarah (la naturelle Katie Maguire), affolée à l’idée que les mouflets dont elle a la garde tombent sur une version de Dumbo avec Ron Jeremy dans le rôle-titre. Mais face à l’insistance des petits, la brune cède et enfonce la cassette dans le magnétoscope (oui, ils en ont encore un, ce qui est plus étonnant que tout ce que All Hallow’s Eve pourra proposer par la suite). Les esprits vifs auront bien évidemment deviné comment notre film omnibus va se structurer : la fameuse VHS renferme plusieurs histoires et nous feront la navette entre celles-ci et les réactions de Sarah et les enfants, les atrocités enfermées dans l’écran de télévision risquant de s’en échapper pour frapper la vraie vie de la real life. Tout débute par 9th Circle, premier court de Leone, dans lequel une demoiselle attendant son train est kidnappée par Art et rejoint d’autres captives dans des égouts par définition dégueulasses, où séjourne un mutant échappé de La Colline à des Yeux 2 version 2000’s (chez nous on l’appelle l’homme-pepperoni, mais on venait de se faire une soirée pizza aussi) et un culte fait de démons et de sorcières. Sacrifice de femme enceinte, beer pong avec du sang de bébé à la place de la bière (on exagère, mais pas beaucoup), effets gore (œuvre de Leone himself) pensés pour vous faire dégobiller votre réglisse, demoiselles attachées avec des chaînes comme chez Jigsaw ou dans les Hostel, un clown flippos… Si c’est en 2013 que le bidule fut visionné par le plus grand nombre, on voit néanmoins qu’il fut pensé en 2008, et les quelques retouches opérées la décennie suivante n’y changeront rien. Pas déplaisant en soi, mais on sent si fort la volonté de choquer le chaland que l’effet inverse finit par se produire et rend presque l’opération antipathique. Reste la séquence avec Art, vrai moment de malaise, efficace en diable.

 

 

Evidemment, après avoir vu une césarienne non souhaitée par la pauvre maman, Sarah décide d’expulser la bande magnétique du magnéto et envoie les écoliers se brosser les dents. On vous le donne en mille, ceux-ci auront du mal à trouver le sommeil, craignant que le vilain Art ait installé un cirque dans leur placard. Sarah quant à elle éprouve une fascination grandissante pour la VHS et décide de voir si la suite est aussi gruesome que le départ. Il n’est pas spoiler que de dire que non, le segment à suivre (tourné pour le film), ne fait pas autant d’effets. Alors qu’elle est seule dans son appartement à se plaindre que son compagnon, absent ce soir là, peint des visages flippants sur un tableau, une mamzelle voit une sorte de météorite s’écraser non loin, coupant le courant dans tout le quartier. Et devinez qui s’invite à la fête ? Non, pas Art, Leone jugeant que le montrer une fois de plus déforcerait le dernier sketch, celui sur lequel il compte le plus. Du coup, il renvoie son pantin jongler plus loin et nous propose à la place l’alien le plus misérable vu sur un écran depuis les zéderies des années 50 avec leurs extra-terrestres aux balles de ping-pong en guise de mirettes. Ouaip, c’est à ce point, l’envahisseur de All Hallow’s Eve ressemblant au bâtard entre deux cosplayeurs, l’un déguisé en Roswell et l’autre en robot, ce qui bien évidemment donne un machin ridicule au possible que personne n’osera envoyer à la maternelle. Cela dit, même bien branlé, le streum n’aurait rien sauvé du tout, Leone optant cette fois pour un tournage dans le noir complet, la fifille se planquant ici ou là tandis que le space invader la cherche en gesticulant comme un mongole. Pour être franc, dans la crypte toxique on en a plein le slip de ces réalisateurs, souvent jeunes, confondant sombre avec « il fait si noir qu’on ne retrouverait pas son hippopotame dans un cagibi. » Suspiria est un film sombre, ce qui ne l’empêche pas d’être coloré. Cette descente d’un petit homme pas spécialement vert (il est plutôt bleuté) est juste plongée dans un noir si profond qu’on peine à saisir l’intérêt. Si y a rien à voir, on s’emmerde, tout simplement. Gros pouce baissé pour le coup, et peut-être l’un des sketchs les plus inintéressants croisé dans le genre, pourtant pas gâté depuis quelques années…

 

 

Alors que nous songeons à abandonner la partie et en rester là avec Leone, son clown et ses décos d’Halloween (qui font toujours plaisir à voir, faut bien l’avouer), Sarah décide pour sa part d’insister et tient le coup jusqu’à un Terrifier voulu comme le clou du spectacle. Force est d’ailleurs d’admettre que le niveau remonte sacrément. Certes, le final franchement misogyne et cruel fait retomber Leone dans ses travers de petit rebelle voulant choquer la veuve et l’orphelin. Et oui, le relooking grindhouse avec son image qui sursaute et ses cigarettes burns ici ou là, ça sonne déjà dépassé en 2013. N’empêche que ça apporte une patine bienvenue et que l’on sent que le réalisateur s’est montré plus soigneux ce coup-ci. Terrifier, c’est donc Art superstar, puisqu’on retrouve notre blagueur maquillé en train de découper un pompiste au hachoir avant de pourchasser une automobiliste. Rien de neuf, et qui a vu Creepshow 2 aura un vilain goût de déjà-vu sous la langue, mais le rythme est là, l’acting d’un bon niveau et, une fois encore, Art est un badguy on ne peut plus efficace malgré son statut de clown diabolique, sous-catégorie de monstre archi-rabattue depuis les années 2000. Constat positif donc, tout comme pour la fin des mésaventures de Sarah ; on ne dira rien pour ne pas se faire accuser de vils spoileurs, mais All Hallow’s Eve se conclut de manière mémorable. On comprend donc la relative notoriété de sa mascotte : si le film en lui même est décent mais sans plus, c’est bel et bien Art qui en sort gagnant. De là à dire que l’on n’en peut plus d’attendre de le retrouver dans les prochains efforts de Leone…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Damien Leone
  • Scénario : Damien Leone
  • Production : Jesse Baget
  • Pays: USA
  • Acteurs: Katie Maguire, Catherine Callahan, Marie Maser, Kayla Lian
  • Année:  2013

 

 

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