Campfire Tales

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A l’heure du bilan, nous nous rendrons probablement compte que Gunnar Hansen n’aura que rarement incarné les petites écolières à couettes ou les pom-pom girls en jupettes. Ca ne sera pas encore pour cette fois, Campfire Tales (1991) lui offrant le rôle d’un clochard ravi comme pas deux de pouvoir raconter quatre scary stories à un trio de jeunes garnements.

 

 

Ah, les histoires qui font peur au coin du feu ! Quelques marshmallows, une pleine lune éclairante, de griffues branches d’arbres et une poignée de récits à vous transformer les bras en cous de poules tandis que crépite le petit bois ; ça fonctionne toujours. Et ça fait un parfait point de départ pour une petite production horrifique. The Willies en 90, Campfire Tales quelques mois plus tard, même si le feu de camp enflammé par les étoiles filantes du genre Paul Talbot et William Cooke (deux ou trois films et puis c’est la combustion spontanée) était pensé et écrit depuis 1987 au moins. Le principe est en tout cas le même dans les deux cas : trois jeunes garçons s’offrent une sausage party typiquement eighties au milieu de la forêt, avec de la guimauve à noircir, des t-shirts Alice Cooper sur les épaules et des BD Eerie dans le sac-à-dos. Le samedi soir de rêve, ce que pense également le SDF désireux de s’inviter auprès des mouflets, autant pour recevoir la chaleur de leur petit campement que celle de leur compagnie. Et puisque les gosses veulent se faire une frayeur, le dénommé Ralph leur propose de leur conter quatre historiettes aptes à changer leurs petits culs en distributeurs de marrons chauds. Direction le film à sketchs toute, genre souvent bien pratique pour développer des idées scénaristiques fortes mais difficiles à étirer sur 90 minutes. Un potentiel que Talbot et Cooke n’embrassent certainement pas avec leur premier segment : en train de se câliner dans un coin reculé de la forêt au son d’un heavy metal un peu ring’, deux jeunes tendent l’oreille lorsque la radio interrompt les cris de castrat du chanteur probablement chevelu pour annoncer que The Hook, serial-killer dont la mimine fut remplacée par un crochet, s’est échappé de son hosto psychiatrique en cette nuit d’Halloween. La mamzelle prend peur, le Môssieur regrette que le tripotage de biroute en reste là, et tout ce beau monde retourne à la maison, la cocotte découvrant alors que le Capitaine Crochet s’est caché dans sa demeure. Dans le genre basique, The Hook se pose là et se contente de ressortir tout l’attirail du petit slasher sans ambition, comme il en pullulait à l’époque. Le pitch vous fait penser à celui de La Nuit des Masques ? Rien de plus normal. Et si vous avez la sensation que niveau réalisation c’est pas tout à fait du John Carpenter, c’est normal aussi. En même temps on s’y attendait à la seule vision de la jaquette de la VHS, sur laquelle est placardé un squelette en plastoc chipé à un cours de biologie, ce qui est visible à la ligne lui coupant le front et la vis sur le côté de son crâne. Ca donne le ton d’entrée de jeu. Reste qu’avec ses citrouilles illuminée, ses quelques décapitations et son vilain défiguré, tiré d’une légende urbaine connue aux States (la même fut utilisée quelques années plus tard pour le plutôt naze Lover’s Road, dont nous parlions il y a peu), ce premier chapitre fait plutôt le taf’. Il nous en faut peu, on sait.

 

 

Le niveau monte d’un cran avec la deuxième sale affaire que Tonton Gunnar se plaît à conter. Celle de deux gus vivant dans un taudis dégueulasse, en virée nocturne pour trouver une nouvelle drogue, qu’elle soit dure ou non. Ils seront rencardés par un mec sujet à de graves problèmes de peau, cette espèce de lépreux des temps modernes leur conseillant de tester la weed d’un certain Franck, dont la réputation n’est plus à faire. Nos deux zouaves, bien que légèrement rebutés par la tronche de leur indic’, ont trop envie de s’enfumer les esprits pour ne pas l’écouter, et se rendent chez le fameux Franckie, dont la bicoque semble être devenu un repaire de junkies dont les faces sont attaquées par des pustules à faire rougir Lemmy de Motörhead. On vous le donne en mille, la cause est bien évidemment cette herbe à laquelle les héros seront très vite accrocs, au point de ne même plus la fumer et de la mélanger à de la crème pour l’avaler avec des chips. Et plus ils en bouffent plus ils s’enlaidissent, pourrissant d’heures en heures jusqu’à devenir des tas de mucus proprement dégueulasses. Du grass nous sommes passés au gross, pour faire simple. Un principe encore une fois très simpliste, mais plutôt bien foutu, l’ambiance sale, faite de squats où s’entassent les détritus et d’effets gore crapouilles, nous donnant l’impression d’être tombés dans le pire des caniveaux. Tel un Street Trash ayant laissé tomber la bibine bon marché qui vous perce un trou dans le bide et vous fait chier fluo pour des cigarettes rigolotes aptes à vous transformer en compote de pommes, Overtoke mise tout sur son caractère peu ragoutant. Et ça marche, puisque l’on tient là le plus mémorable des chapitres de Campfire Tales.

 

 

Malheureusement, en s’attaquant à l’esprit de Noël pour leur troisième récit, la paire Cooke/Talbot se prend les pieds dans une guirlande et se pète le nez au plancher. Non pas que cette idée d’un Satan Claus, pendant maléfique du gros barbu de rouge vêtu, soit férocement mauvaise. Bien que peu originale, elle pourrait délivrer son lot de bons moments, comme tous les christmas movies branchés coups de haches dans la dinde aux marrons et boules de Noël carrés dans la gorge. Sauf qu’ici la créature, au demeurant plutôt réussie au vu du faible budget de l’entreprise, se contente de quelques secondes à l’écran, ne descendant de sa luge qu’à la toute fin du sketch, histoire de punir un grand garçon de plus de trente piges parce qu’il a poussé sa mère dans les escaliers. Et tout ça parce que la vieille a prévu des cadeaux pour ses petits-fils mais rien pour lui. Ca tourne en rond, il ne se passe rien, et même si le duo de réalisateurs (qui se répartissent la mise en scène selon les segments) semble vraiment faire de son mieux, on n’y croit jamais et on se dit que l’on préférerait encore compter les flocons plutôt que de rester cinq minutes de plus devant ce triste spectacle. Heureusement, le chapitre conclusif fait plus d’efforts, et garde cette volonté de varier les climats puisqu’après le froid de l’hiver nous passons aux chaleurs tropicales. Celles que subit un pirate, coupable d’avoir trahit son équipage pour un trésor, et échoué sur une île à priori déserte où les morts ne le restent jamais bien longtemps. Un mix entre L’Enfer des Zombies, voire même les films de Templiers Zombies au vu de quelques plans (très chouette scène voyant les corsaires en état de décomposition sortir des eaux) et le swashbuckler ? Pourquoi pas, d’autant que par rapport aux parties précédentes, celle-ci semble presque professionnelle (jolies prises de vue), à quelques masques peu crédibles de morts-vivants près. Et puis, elle est sympatoche cette course-poursuite entre un saligaud et ceux qu’il envoya au fond de la mer, le tout sur le sable chaud et sous les palmiers. L’ennui c’est que se rendant compte que leurs méfaits précédents étant un peu trop courts, puisque tournant tous les trois autour des 15 minutes, Talbot et Cooke décident d’étirer cette piraterie en l’ensevelissant sous d’interminables causeries. Du coup on s’emmerde un peu, on zieute nos cadrans en se disant que ça commence à bien faire et Campfire Tales manque de se finir dans une tornade de bâillements. Heureusement que le final de cette ultime histoire conclut joliment, avec ce pirate désormais cané et attendant assis sur la plage que son trésor lui revienne. Presque poétique en un sens.

 

 

Campfire Tales est donc un film à sketchs dans la grande tradition du genre, puisqu’il est particulièrement inégal. Jusque dans sa bande-son : réussie lorsqu’elle se veut atmosphérique et n’essaye pas trop d’être mémorable, elle vire au cacophonique lorsque le compositeur sort son synthé Bontempi, sur lequel on jurerait qu’une portée de chatons sous acide ont décidé de faire une battle de breakdance. Le tout se suit néanmoins sans trop de problèmes, et il y a quelque-chose d’hypnotique, et de réellement malaisant, dans ces passages montrant le père Hansen foutre les miquettes à trois minots. Le dernier plan, montrant le premier Leatherface retirer son gant pour dévoiler un crochet faisant écho au premier sketch, alors que les gamins sont endormis, laisse suggérer une fin de nuit agitée pour tout ce beau monde. Plus que la nôtre, car on aura peu tremblé au fil de Campfire Tales, mais le spectacle était loin d’être déplaisant pour autant et aura occasionné suffisamment de bons moments pour mériter une amicale tape dans le dos.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Paul Talbot, William Cook
  • Scénario : Paul Talbot, William Cook
  • Production : Paul Talbot
  • Pays: USA
  • Acteurs: Gunnar Hansen, Tres Holton, Robin Roberts, Lora Podell
  • Année:  1991

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