Screams of a Winter Night

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Y’a pas de mal à se faire peur entre gens de bonne compagnie. A plus forte raison si c’est pour frissonner au rythme d’une Série B des seventies, avec sa qualité de VHS épuisée et son image cracra, ainsi que sa volonté de ne jamais trop trouer les poches de sang pour mieux parier sur l’atmosphère. Bonne résolution, Screams of a Winter Night (1979) s’en trouve grandi.

 

 

 

C’est pas faute de vous l’avoir répété dernièrement : si de nos jours il vous sera nécessaire d’avoir un carnet d’adresses parfaitement noirci pour vous faire un trou dans le microcosme du septième art, même horrifique, il en était autrement dans les années 70 et à l’orée des eighties. Preuve en sont le scénariste Richard Wadsack et le réalisateur/producteur James Wilson, clairement pas des mecs disposant d’entrées à Hollywood, puisqu’ils vivent en Louisiane – pas tout à fait la capitale du cinoche – et que les deux travaillent dans la publicité, même si chacun a tâté de son côté du théâtre, à des postes divers. Logique que ces deux braves gars, qui ont tous deux été encouragés par des familles plutôt artistiques, se soient unis, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est bien évidemment Screams of a Winter Night, petit budget de 300 000 dollars, pas loin d’être amateur, qu’ils tourneront à la fin des années 70 et parviendront à plaquer sur quelques écrans de drive-in. Mieux, le film sera carrément rentable et se hissera à la vingt-cinquième place du classement de Variety, les chiffres étant plutôt en faveur de ces cris hivernaux. Le pire, c’est le dur moment où la paire découvre que leur distributeur, Dimension Pictures (rien à voir avec le Dimension moderne, celui dont on parle ici ayant distribué des films d’exploitation comme L’Horrible Invasion ou Boss Niger), a réinjecté le fric gagné par Screams… dans d’autres productions qui seront pour leur part de cuisants échecs. Et le fric de s’envoler, d’autant que Wadsack et Wilson apprennent dans la foulée qu’ils ne sont pas les premiers à se faire arnaquer par Dimension, et que les précédentes victimes n’ont bien sûr jamais récupéré un cent. Un sérieux croche-pied dans l’ascension des deux hommes, qui ne s’en redresseront jamais vraiment, leurs tentatives de monter de nouveaux projets tombant systématiquement à l’eau. Bien dommage, surtout lorsque l’on voit la qualité de leur premier, et donc unique, essai…

 

 

Si le public sait depuis les premiers pas de Sam Raimi que les week-ends entre copains dans des cabanes abandonnées ne réussissent jamais à personne, la petite bande d’étudiants (qui ont tous dépassé la trentaine, et pour certain largement, m’enfin…) au premier plan de Screams of a Winter Night ne se tient visiblement pas au tube, et pour cause puisqu’ils arrivent une petite poignée d’années avant Evil Dead. Et c’est fort logiquement que ces quatre ou cinq couples s’en vont déplier leurs sacs de couchage dans une petite maison abandonnée, plantée au milieu d’une ancienne terre d’Indiens, là où le vent hurle à la mort et où quelques pierres tombales sont éparpillées à droite et à gauche. L’endroit idéal pour jouer à se faire peur, et le paradis de la légende urbaine contée pour pousser ces dames à se blottir dans les bras réconfortants de leur poilus. Le bon plan, en un mot comme en cent. Sauf lorsque les récits les plus glauques finissent par faire un peu trop d’effet, et que le vent criard se fait de plus en plus virulent, au point que la frousse devient hystérie… Film à sketchs, Screams… diffère du tout-venant du genre de par l’importance que prend l’histoire servant de lien à toutes les autres, celle-ci n’étant pas un simple porte-manteau où viennent s’accrocher les moments véritablement horrifiques. Au contraire, même si les trois chapitres ici racontés (il y en avait quatre à l’origine, mais le conte voyant une sorcière des bois terroriser son monde fut charcuté pour ramener le film à une durée plus convenable. A noter que la version uncut est désormais sortie chez Code Red) font tous leur petit effet, le plus inquiétant reste le point d’ancrage. Faut dire que Wadsack et Wilson ne se la jouent pas Creepshow ou Terror Firmer : jamais ils ne précipitent les choses, le premier segment ne déboulant qu’après vingt minutes de métrage. On ne se presse pas dans ce cabanon, et c’est heureux.

 

 

Car si Wadsack et Wilson ont une qualité, c’est bien celle de faire monter la sauce, d’élargir leur suspense coup de pinceau par coup de pinceau, jusqu’à ce qu’ils finissent par pincer nos nerfs avec des tenailles. Leurs histoires ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, bien que fort classiques (un couple est attaqué par un être velu en bord de route, des jeunes vont dormir dans une maison réputée hantée, une fille agressée sexuellement devient une psychopathe réactionnaire), mais c’est ce qu’ils en font qui vient faire toute la différence. La conclusion du premier sketch est d’ailleurs exemplaire du talent des bonhommes : ce n’est pas tant la chute que l’on louera ici, mais plutôt le chemin qui nous y amène, et le climat que dresse peu à peu un Wilson que l’on aurait aimé voir aller plus loin. De même, cette nuit agitée dans un dortoir potentiellement maudit ne fait jamais que reprendre les grandes lignes du tout-venant du genre aux bicoques pleine de spectres, mais le faible budget dont dispose le duo les forcent à sortir des sentiers battus. Une conclusion dérangeante pour le coup, dont on ne sait trop quoi penser… On vous laisse la surprise. Ayant pris dès le départ la décision de n’avoir que peu recours aux effets sanglants – ainsi qu’à la nudité, histoire d’élargir son audience autant que faire se peut et éviter un classement R – les auteurs jettent toutes leurs forces dans un climat sinistre et sombre, où les retrouvailles entre copains virent à la crise de nerfs. Plutôt creepy tout ça, ce qui étonne d’autant plus que l’on a pris l’habitude de ne pas attendre trop de crispations de la part des menus B-Movies de l’époque, plus souvent aptes à faire monter le trash level qu’à occasionner la chair de poule. En la matière, les ultimes minutes où les raconteurs de fables sombres et les mauvais blagueurs sont assaillis par une terrible bourrasque et des cris inhumains saura soulever quelques poils… De bonnes idées donc, comme celles de réutiliser les acteurs dans les sketchs : après tout, puisqu’ils racontent les histoires, il est logique qu’ils s’imaginent faire partie de celles-ci.

 

 

Quelle tristesse dès lors que la route de Wadsack et Wilson fut barrée peu après la sortie de cette petite bombe méconnue, qui mériterait d’ailleurs le même traitement que celui que lui a réservé Code Red. Ne nous demandez cependant pas ce que vaut véritablement le disque sorti par les Ricains : tout le monde sait qu’il est bien difficile de passer outre la folie de son mythique gérant, et nous ne pouvons que rêver qu’un éditeur audacieux bien de chez nous tente sa chance avec Screams of a Winter Night. En attendant, on se contentera de ce que le net nous propose, c’est-à-dire des VHSrip dégueulasses et sans sous-titres… mais dont la qualité déplorable ne dessert pas nécessairement cette nuit d’hiver, qui peut même gagner quelques qualités à s’afficher avec quelques sauts d’images et des couleurs délavées. Elle n’en est rendue que plus dangereuse…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : James L. Wilson
  • Scénario : Richard H. Wadsack
  • Production : Richard H. Wadsack, James L. Wilson
  • Pays: USA
  • Acteurs: Matt Borel, Gil Glasgow, Robin Bradley, Patrick Byers
  • Année:  1979

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