Stake Land

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Personnalité discrète de ce grand gloubiboulga de textures qu’est l’appellation « cinéma de genre », Jim Mickle (Mulberry St, We are what we are, Cold in July) en est aussi l’une des plus prometteuses. En témoigne son deuxième effort Stake Land (2010), version vampirique et plus facile à digérer de The Walking Dead.

 

 

Point de mensonges dans la crypte : non, toutes les productions Glass Eye Pix ne sont pas passées par nos téléviseurs, et nous ne prétendrons pas avoir une vision complète et légitime du studio de Larry Fessenden. Mais de ce que nous en avons vu, nous pouvons tout de même pointer du doigt deux tendances dans les larmes coulées de l’oeil de verre. La première est de miser fortement sur une atmosphère, sur un climat bâti lentement, quitte à ne balancer ses attributs horrifiques que quelques minutes avant que le générique de fin ne vienne frapper à la porte. Remember le House of the Devil de Ty West, ou le plus ancien The Roost du même bonhomme, deux bandes produites par le Fessenden et jamais pressées de catapulter leurs bestioles à l’écran. La deuxième tendance veut qu’à Glass Eye Pix, on n’oublie jamais d’être sensible et de mettre l’émotion de ses personnages en avant. On se souvient par exemple de Beneath (alias Le Lac Noir chez nous) ou du Hypothermia avec Michael Rooker, deux « films de monstres » (un gros poisson mangeur d’hommes dans le premier cas, une femme-poisscaille dans le second) que les sentiments, parfois très assombris, de leurs personnages changeaient en de véritables drames humains. Sans surprise, Stake Land emprunte les mêmes sentiers faits de sanglots et de regrets, et si le côté horrifique est bien présent avec des assauts récurrents de vampires sauvages dans un monde aux frontières du post-apocalyptique, l’intérêt semble néanmoins ailleurs.

 

 

Dans le parcours initiatique du jeune Martin (Connor Paolo, vu dans Friend Request), dont les parents furent décimés par ces vampires ayant envahi le monde, ensuite recueilli par Mister (Nick Damici, présent dans presque tous les films de Mickle et co-scénariste de Stake Land), monster hunter froid et sévère parcourant les routes pour mieux les nettoyer de la vermine qui les hante. Ces « fucking vamps » comme ils sont appelés à longueur de métrage par Mister font bien évidemment le show – il ne faut bien souvent attendre que quelques minutes pour les voir galoper les crocs en avant – mais Stake Land est moins un film de vampires que d’hommes. En route vers un jardin d’Eden possiblement changé en repaire de cannibales – une interrogation à laquelle Mickl n’apporte aucune réponse -, Martin et Mister tentent de se reconstituer une famille, prenant avec eux une demoiselle enceinte (Danielle Harris, les Halloween de Rob Zombie… et les 4 et 5 dans la première franchise), une bonne sœur (Kelly McGillis, Top Gun) et un militaire désabusé (Sean Nelson), tous en route vers une destination dont ils ignorent tout. Une manière de garder un peu d’espoir (plutôt qu’une foi d’acier) dans ce prétendu paradis, et une façon de rester humains dans une nature viciée. Tel un virus, la barbarie des ces suceurs de sangs, très éloignés de la prestance des Lugosi et Lee puisque réduits à des bêtes sauvages couvertes de terre, finit par s’inoculer aux survivants, regroupés dans une secte violente voyant dans l’arrivée des blood suckers la volonté d’un Dieu cruel. Et ces illuminés d’être la véritable menace de Stake Land, Mister et Martin parvenant généralement à se débarrasser des chauves-souris sans trop de peines alors que les membres du culte conduit par Jebediah Loven (Michael Cerveris, devenu un récurrent de la géniale saison 2 de Mindhunter) opposent une résistance autrement plus farouche. A la manière d’un Walking Dead effaçant progressivement ses zombies pour mieux mettre sur le podium de la vilainie des Gouverneur et autres Negan, Mickl s’intéresse donc plus à ces mauvais croyants profitant de la désolation pour bâtir un monde à leur image : sombre. L’influence du post-apo se fait sentir en ces instants, tant Jebediah semble être le pendant local de l’Humungus de Mad Max 2 : beau parleur, faussement poli, son apparente bienséance masque en réalité sa volonté de contrôler ce nouveau monde et la brutalité qu’il utilise pour parvenir à ses fins.

 

 

Sans longs discours (contrairement à au salon de thé Walking Dead que l’on pourrait rebaptiser The Talking Dead, Mickl laisse Martin devenir un adulte sans qu’un mot ne soit prononcé), sans trop en faire, Mickl peint donc un univers maussade, où une poignée de miraculés solitaires traversent des steppes gelées, comme perdus dans un Into the Wild infernal. Contemplatif, mais pas trop non plus : cela va planter des pieux par dizaines, les fusils à pompe cracheront du plomb, et une séquence folle verra des vampires tomber du ciel, jetés du haut d’un hélicoptère piloté par une sacrée bande de pourris. De bonnes scènes, mais ce n’est pas lorsque l’efficace Mister fait des coups de pied retournés que Mickl gagne des points, pas plus que lorsqu’il ramène de manière un peu facile un personnage que l’on pensait trépassé à mi-parcours pour un ultime tour de piste. Sa force, elle se trouve dans ces errances au milieux de paysages défigurés, ou dans la sensibilité dont il fait preuve. Voir cette jolie scène montrant la religieuse face à un homme en état de décomposition et crucifié – sans doute par les membres de la secte -, mais qu’elle reconnaît néanmoins comme une apparition christique. Joli et à l’image d’un Stake Land assumant son statut d’horror movie sans que ça l’empêche de déployer une véritable tendresse, et même un étrange apaisement (la mise-en-scène plutôt délicate de Mickl, la bande-son majoritairement posée). De quoi laisser perplexe quant à l’utilité de la suite The Stakelander (2016), à laquelle nous donnerons sa chance en espérant qu’elle ne fasse pas s’effondrer le bel édifice ici érigé par Jim Mickl.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jim Mickl
  • Scénario : Jim Mickl, Nick Damici
  • Production : Larry Fessenden, Derek Curl, Adam Folk…
  • Pays: USA
  • Acteurs: Connor Paolo, Nick Damici, Danielle Harris, Michael Cerveris
  • Année:  2010

3 comments to Stake Land

  • FREUDSTEIN  says:

    excellent film que ce « STAKE LAND »,ainsi que le précèdent du réalisateur(MULBERRY STREET).
    qui plus es,NICK DAMICI à un vrai charisme…
    De la bonne série b comme je l’aime.

  • Roggy  says:

    Jim Mickl est un très bon réalisateur qui sait créer une véritable ambiance dans tous ces films. Avec Stake land, il renouvelle à sa manière le film de vampires. Ce qui n’est déjà pas si mal.

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