Robot Ninja

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Avant que Marvel ne quitte les librairies pour envahir les multiplexes à grands coups de Mark Ruffalo vert de rage ou de dieu nordique prêt à électrifier son gros marteau, le film de super héros était surtout une affaire de petits producteurs indépendants. Une coutume que la maison des idées ne sera pas totalement parvenue à effacer d’un claquement de doigt, puisque les mockbusters continuent de fleurir ça et là, tandis que les efforts plus anciens se voient offrir une cure de jouvence bien méritée. C’est le cas de Robot Ninja (1989) du goreux J.R. Bookwalter (The Dead Next Door), sorte de Kick-Ass avant l’heure et en nettement plus méchant.

 

 

Une gêne. C’est ainsi qu’était définit Robot Ninja il y a quelques années encore par son auteur, embarrassé par le résultat final et une expérience globalement douloureuse. C’est qu’en dépit des efforts consentis sur le tournage, sa petite production (15 000 dollars, c’est pas Fort Knox…) se retrouva handicapée par des transferts malheureux, du genre à plonger dans le noir le film tout entier et donner de Bookwalter l’image d’un vil bâcleur. On peut dès lors comprendre que l’intéressé tirait un peu la gueule à l’évocation des aventures de ninja robotique… Mais ça, c’était avant, la situation prenant une direction nouvelle en 2015, lorsque que le metteur en scène se lance dans une restauration très poussée de ce qui reste l’un de ses essais les plus connus : nouveaux génériques de début et de fin, ajout de quelques effets visuels (des flammes sortant des canons lors des coups de feu, principalement), traitement sonore complètement revu, montage légèrement amélioré pour gommer quelques erreurs et, surtout, une patine visuelle retravaillée de A à Z. Si de tels nettoyages – et à ce stade on peut même parler de gros coup de karcher, Bookwalter ayant frotté dur pour polir son vieux bébé – sont souvent regardés avec une certaine méfiance et considérés comme des tentatives de dénaturer une œuvre originale (ouais c’est toi qu’on vise, George Lucas), voire de tenter de la faire rentrer de force dans une époque qui n’est pas la sienne, force est de constater que Robot Ninja y gagne. Et pas qu’un peu.

 

 

Cette petite giclée d’exploitation cinema ne paie pourtant pas de mine une fois l’oeil posé sur son pitch : témoin du viol et de l’agression d’un jeune couple par un trio de loubards, l’auteur de la BD Robot Ninja tente d’intervenir mais se fait méchamment rosser par les brutes. Amoché et blessé dans son orgueil, en plus d’être persuadé que la police fait du bien mauvais boulot, le jeune Leonard Miller (demande à un ami scientifique (Michael Todd et Bogdan Pecic, tous deux présents dans The Dead Next Door) de lui confectionner le costume du Robot Ninja qu’il a imaginé. Dans le but, bien entendu, d’aller se tailler des tranches de jambon dans les torses des trois voyous qu’il a dans le collimateur… Pour faire court, on navigue entre Batman pour le côté vengeur masqué arpentant la nuit pour faire baisser le taux de criminalité, et Savage Street pour l’inévitable aspect vigilante, voire rape and revenge. Mais alors que Bookwalter aurait pu se contenter d’une version super-slip des pelloches à la Charles Bronson et s’en tenir à une tornade gore (ce que Robot Ninja est aussi avec ses yeux crevés, ses intestins pendants et ses membres tranchés), le bon J.R. s’aventure sur les terres de la critique sociale et met un petit tacle à tous ces justiciers amateurs se prenant pour Dirty Harry. L’apologie de l’auto-défense est donc restée dans les locaux de la Cannon, et Bookwalter ne semble d’ailleurs pas avoir de sympathie particulière pour son personnage principal, malmené du début à la fin. Oubliez l’aise avec laquelle le Dark Knight distribue les patates dans les ruelles de Gotham City, le Robot Ninja est gauche, se fait rouer de coups, se prend des bastos dont il ne se remet jamais vraiment et ne parvient même pas à sauver un mouflet lors de sa première intervention. Plutôt ironique lorsque l’on voit les différents éditeurs et fans des comics Robot Ninja prétendre que le perso (dont le look évoque le Shredder des Tortues Ninjas… et le méchant Lord Z des Power Rangers, arrivé sur les écrans bien après) fait la nique à toute l’écurie DC, alors qu’il a tout le mal du monde à sortir vivant d’une rixe avec trois blousons noirs que Bruce Wayne laminerait en deux coups de Batarang. Un point de vue intéressant et moins manichéen que prévu pour une Série B produite par David DeCoteau. D’ailleurs, il n’y a pas que les justiciers du dimanche qui en prennent pour leur grade, l’industrie du comic-book étant elle aussi plongée dans un bain d’acide : présentés comme des hommes d’affaire se foutant de la qualité de ce qu’ils éditent comme de leur première cuvette de WC, ces oiseaux-là pourrissent l’oeuvre du pauvre Leonard Miller, voulue sérieuse et dark, en en faisant une parodie volontairement ringarde comme la série Batman des 60’s. L’hypocrisie de tout ce laid monde sera épinglée lorsqu’il arrivera bien des malheurs à Miller en dernière bobine, l’industrie s’empressant de rebondir sur ces coups du sort pour vendre des palettes entière d’un Robot Ninja plus glauque que jamais… alors qu’ils voulaient auparavant l’aseptiser au maximum.

 

 

Un traitement étonnant et particulièrement noirâtre (sans trop spoiler, disons que pour un happy end on repassera), pas toujours assumé pleinement puisque quelques pointes d’humour saupoudrent Robot Ninja, qui transforme ce que l’on pensait d’avance être un DTV basique en un drame un peu prévisible, mais effectif en tant que feel bad movie. Tout était pourtant réuni pour faire un vrai ouragan de la Série B : les comédiens ne savent pas jouer et donnent à l’ensemble un fumet on ne peut plus cheesy, Burt Ward (le Robin de l’antique série télévisée Batman) vient alourdir les clins d’oeil, les caméos proviennent tous du monde du low budget (Kenneth J. Hall, DeCoteau, Linnea Quigley, Scott Spiegel), la piaule du héros est décorées de posters de Demons 2 et autres films d’horreur de l’époque à la Bad Dreams, les effets gore sont cheapos (mais font largement le taf’) et la bande-son sonne bien comme celle d’un direct-to-video. Mais en transformant son héros volontaire en un dingue rêvant que ses victimes le pourchassent en zombies dans des brumes psychédéliques, le réal’ épice sévèrement son petit B-Movie. Pouce levé pour Bookwalter donc, parvenu à proposer plus qu’un divertissement ordinaire grâce à un traitement courageux, une mise-en-scène qui tente d’être aussi dynamique que faire se peut (ça ne fonctionne pas toujours, mais l’effort est là) et des éclairages pour la plupart très réussis. Longtemps difficile à visionner autrement qu’à travers des VHS loin de lui rendre justice, Robot Ninja vient d’atterrir sur le marché italien grâce aux bons soins de Freakvideo, éditeur de plus en plus bandant et distribué chez nous par Uncut Movies. Outre un transfert 2K irréprochable, le DVD fait le plein question bonus, avec un docu de 47 minutes sur le film, une interview de Bookwalter centrée sur la restauration, une présentation de la carrière du réalisateur, 4 minutes avec Linnea Quigley, 4 autres avec Scott Spiegel et même une visite de l’un des lieux de tournage. A noter enfin que le film bénéficie de sous-titres français, ce qui est toujours appréciable. Pas mal pour moins de quinze boules, tout de même…

Rigs Mordo

Merci au bro pour le cadox!

 

  • Réalisation : J.R. Bookwalter
  • Scénario : J.R. Bookwalter
  • Production : J.R. Bookwalter, David DeCoteau
  • Pays: USA
  • Acteurs: Michael Todd, Bogdan Pecic, Maria Markovic, Bill Morrison
  • Année:  1989

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