Lovers Road (Souviens-toi, la Saint Valentin…)

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Le masque hurlant de Ghostface sur la jaquette, le crochet de Souviens-toi… l’été dernier à l’avant-plan, une accroche pas gênée de piquer chez les copains (« Souviens-toi… la saint-valentin ! », parfois utilisée comme titre) et la silhouette d’une jeune demoiselle trempant dans une marre de sang. C’est clair, Lovers Road (ou aux USA Lovers Lane, 1999) chasse sur les terres du neo-slasher et espère y attraper un gros morceau. Dommage qu’il ne sache pas viser.

 

 

Comme quoi, il ne tient souvent à pas grand-chose qu’un DVD, à la base destiné à bouffer de la poussière à la louche dans un coin d’armoire, soit sauvé de l’oubli et enfoncé dans un mange-disque. Dans le cas de Lovers Road (on préférera à partir d’ici son titre anglais, il roule mieux sur la langue), c’est au groupe de heavy metal burné October 31 que la galette doit son salut, les costauds aux cheveux longs toujours ravis de célébrer halloween et les films qui foutent la pétoche – des bons gars, assurément – s’étant fendu il y a quelques années d’un beau « Down at Lovers Lane », petit hymne parti puiser son inspiration dans le slasher de Jon Steven Ward. Une reprise d’un dialogue bien placée, quelques riffs taillés pour le headbanging sauvage, un refrain mémorable : il n’en fallait pas beaucoup plus pour que je me souvienne que j’avais chopé la galette dans une solderie et que je la sorte de sa torpeur. Allait-il valoir les 50 cents abandonnés sur le comptoir à l’époque ? Allait-il mériter l’honneur fait par October 31 ? A la deuxième question la réponse est un gros « NON », tant le massacre de Jon Ward se veut nettement moins méchant que ce que son hommage musical laisse supposer. Quant à la première question, disons que l’hésitation est de mise…

 

 

Cela commence plutôt bien, pourtant. D’une part parce qu’elle est plutôt bonne cette idée d’utiliser les légendes urbaines entourant ces fameuses « lovers lane » ; soit des routes isolées ou des parkings à l’abri des regards, où les jeunes amoureux s’en vont se rouler des patins et tester la banquette arrière de leur voiture à papa, et où un tueur nommé The Hook et donc équipé d’un crochet s’en va faire un carnage. Et puis parce que la première séquence offre très exactement ce que l’on est en droit d’espérer de pareille Série B : alors qu’ils se font des bisous torses nus, deux ados sont attaqués par un Capitain Crochet véhément, déjà coupable d’avoir assassiné à quelques mètres de là la femme du shériff et son amant. Comme un avant-goût du Zodiac de Fincher (ou un arrière des meurtres commis à Florence, allez donc zieuter chez David Didelot pour en savoir plus), avec sa bagnole isolée bientôt transformée en théâtre d’un drame sanglant. En plus cheapos, et en plus vulgos surtout, puisqu’ici la demoiselle montre qu’elle en a sous le chemisier dès les premières secondes. Mais on aime aussi (et surtout) nos slasher comme ça, à plus forte raison lorsqu’ils continuent sur la voie du B-Movie mongoloïde, comme heureux d’aligner ses clichés en rangs d’ognons. Nous revoilà donc coincés avec ces scènes déjà vues un bon millier de fois… mais que l’on retrouve toujours avec un plaisir primitif : la gamine à lunettes vaguement vilaine assise au milieu des marches en lisant des bouquins, le traumatisme d’un meurtre survenu treize ans auparavant, le maniaque échappé de son asile (à priori parce que la popote y est dégueulasse, vu qu’il prend le temps de le marquer sur deux murs avec le sang des victimes), le demeuré en train de s’astiquer dans les chiottes d’un restaurant et maté par une blondinette, les obligatoires plans nichons (que le chef op’ oublie d’éclairer, un scandale !), la dirlo qui amène des capotes en classe pour s’assurer qu’aucune MST ne va courir dans ses couloirs, le shérif inutile, son adjoint pas bien meilleur qui grimace comme un goret lorsqu’une nana passe à proximité (la meilleure scène du film, sans nul doute), du rock de troisième zone pour égayer la BO et des teenagers pris dans un tourbillon de pelotages et de bières bon marché. C’est pas par la nouveauté et l’audace que Lovers Lane étouffera, c’est sûr, mais il est toujours plaisant de voir de jeunes glandus agaçants croquer la vie à pleine dents, en sachant fort bien qu’ils suceront bientôt des verres de terre dans un cimetière.

 

 

Les ennuis commencent véritablement à mi-parcours, alors que les jeunots sont plus ou moins tous présentés, et qu’il est grand temps d’aller leur curer le nez avec un crochet à viande. C’est là que l’incompétence de Jon Ward éclate au grand-jour et que l’on ne s’étonne plus de voir que sa carrière resta scotchée au sol : sans vouloir lui manquer de respect, le bonhomme est un mauvais, tout simplement. Comme s’il avait la phobie de l’hémoglobine, le mecton prend ainsi la décision de ne jamais filmer les agressions, reléguées au hors-champs, et limite les jets de sang au strict minimum, histoire d’avoir tout de même deux ou trois clichés à peu près virulents à coller au dos de la jaquette. Le pire qu’il puisse arriver à un slasher, genre qui ne tolère pas la radinerie en la matière… On se rattrape avec un suspense haletant, du genre à vous prendre à la gorge et ne plus vous lâcher ? Pour ça, il faudrait avoir un Carpenter ou un Bob Clark aux manettes, et Ward se contente une fois encore du strict minimum, faisant courir ses protagonistes dans tous les sens, tels des dindons décapités. Un affolement qui restera strictement confiné à l’écran… Allez, soyons sympas : la séquence où Anna Faris (qui allait parodier le genre une année plus tard avec Scary Movies) s’assoit sur un lit alors que le dégénéré est planqué en-dessous et s’apprête à lui gratter le pubis n’est pas mauvaise, même si elle souffre une fois encore d’une trop forte timidité. On attend désespérément le plan tueur, ou l’angle assassin. En vain, le metteur en scène n’en a rien à foutre… Pardon, on exagère : lorsqu’il s’agit de faire du placement produit, Ward se sort les doigts du Jean-Luc, zoomant sur un sachet de chips et s’assurant que le logo Heinz soit bien visible sur la bouteille de ketchup, utilisée par les gosses du film. Et peut-être aussi par les mecs des effets spéciaux, non ?

 

 

Alors c’est vrai, on ne s’ennuie pas vraiment car les 80 minutes que dure cette route des amoureux sont correctement remplies. Mais c’est comme voir Christine Boutin se déhancher sur du Rihana : même si elle est synchro, ça ne file pas la trique pour autant… Bref, Wes Craven dormait sans doute comme un bébé à la sortie de Lovers Lane, peu inquiet qu’il devait être par cette photocopie délavée de son gros succès de l’époque. Ce n’est pourtant pas faute de tenter de faire du bigger and louder : Scream et sa suite avaient chacun deux coupables cachés derrière le masque du fantôme à la bouche grande ouverte ? Eh ben Ward fera plus fort en en collant trois sous la cagoule de son serial killer, dans un bordel pas toujours très compréhensible d’ailleurs. Ca fait quand même beaucoup de désaxés pour peu de résultats à l’arrivée…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jon Steven Ward
  • Scénario : Geof Miller, Rory Veal
  • Production : Geof Miller, Rory Veal
  • Titre Original : Lovers Lane
  • Pays: USA
  • Acteurs: Diedre Kilgore, Carter Roy, Anna Faris, Matt Riedy
  • Année:  1999

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