B-Movies Posters 3 et Creature Feature Edition

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Désormais, Damien Granger est comme les impôts : on n’y échappe plus ! Le bonheur est cependant tout autre que celui de remplir sa déclaration lorsque l’on découvre que l’ancien rédacteur en chef du Mad Movies de la belle époque est de retour dans nos bibliothèques. Et avec la double dose de vilaines bêtes, qui plus est…

 

 

Mea Culpa : sur ce coup, nous n’avons pas été particulièrement rapides, et c’est une poignée de mois après leur sortie que l’on noircit enfin quelques fichiers Word pour se pencher sur les dernières offrandes de Mister Granger : B-Movie Posters volume 3 et B-Movie Posters Creature Feature Edition. Faut dire que le bonhomme ne nous laisse pas le temps de souffler, et à peine ses dernières éditions refermées que la prochaine, consacrée aux projets avortés du cinéma fantastique, est déjà annoncée et en phase de précommandes. Ca ne reste pas dans son hamac à se ronger les doigts de pied chez les Granger, et c’est très bien comme ça. Et ça a le bon goût de ne pas trop se remettre en question non plus : comme on ne balance pas soudainement trois cuillerées de chou rouge taillé en dés dans la mousse au chocolat, Damien ne change pas sa recette, gagnante jusqu’ici. On retrouve donc Matthieu Nédey à la mise-en-page, gage de qualité et de clarté s’il en est, et les sujets évoqués dans ces quelques 400 pages (si vous compilez les deux bouquins) seront toujours placés sous le signe du Z. Le Volume 3 se fait d’ailleurs une parfaite suite au second volet en cela qu’il reprend les choses là où Big Dam les avait laissées à l’époque. On refait donc, de flyer en flyer, un tour de manège chez Charles Band, avec cette fois sa première boîte Empire à l’honneur au travers des Ghost Town, The Dungeonmaster et autres Terrorvision, histoire de rappeler que si le vieux Charlie n’a pas toujours pondu que des œufs de Fabergé et pouvait nous chier des omelettes avariées (on est encore un peu nauséeux après la vision de The Creeps et ses nains maléfiques par chez nous), il avait le sens de l’artwork. Tout comme l’avait la Flora Films si chère aux bissophages branchés bolognaise, la firme italienne connue pour ses cultes Zombi 3 et Robowar bénéficiant d’un sacré coup de pinceau. Et ce que ce soit pour donner des couleurs aux cimetières de Bruno Mattei et Claudio Fragasso ou pour mettre en valeur les brutes épaisses façon Brent Huff, souvent plus charismatiques sur papier glacé qu’à l’écran.

 

 

D’ailleurs, pas besoin que les affiches soient toute zoulies pour se rincer l’oeil, et ça les Taïwanais l’ont bien compris. Puisque les couvs de leurs DVD ou VCD ressemblent souvent aux premiers jets d’un étudiant touchant à Photoshop pour la première fois de sa vie, ils ne manquent jamais de placer ça et là de braves demoiselles sur leurs The Perfect Creeper et Killing Me Tonight, entre autres zéderies du pays. On rigole un peu de la boîte, n’empêche qu’on y enfoncerait volontiers la mimine pour goûter les chocolats qu’elle contient, les bandes en question, qui oscillent entre le slasher plagiant la toute puissante Amérique et les films d’aventures avec une rude tigresse, ont de quoi attirer les cinéphiles déviants. Et parce qu’il est bon de rire, même à des killing jokes, et à l’instar de Didier Lefèvre dans le dernier Médusa, Damien enfile le nez rouge et s’engouffre dans le chapiteau des splatters à base de vilains bozos, façon 100 Tears, Clown Kill ou Dead Clowns. Plus loin, c’est les contes de fée à la sauce low budget qui tombent du ciel, sans une maléfique Angelina Jolie, mais avec des Lou Ferrigno, Casper Van Dien et ce bon vieux Eric Roberts partis se mirer dans des miroirs, non loin de scream queens au bois dormant et d’Hansel et Gretel plus badass que dans nos vieux grimoires. Vous commencez néanmoins à nous connaître : dans la crypte, c’est surtout lorsque Damien s’intéresse à des personnalités enchaînant les productions avec une moitié de SMIC en poche que l’on bande le plus dur. Qu’on les aime, ces sections sacrifiées à Ted V. Mikels et Donald G. Jackson, et ce qu’on peut triquer quand Mister Granger nous chante la Camp Motion Pictures et ses superbes (si si !) Video Violences ou Death Row Dinner. Bref, de la belle ouvrage comme on dit, avec des têtes de cul (Sodomaniac), Mercredi Addams qui montre ses nichons dans un jacuzzi (le très sympa Iced), du girl power en petite tenue (Amazons), du Brett Piper (notre dieu à tous, donc je ne donne pas d’exemples!), des hommes-crapauds (Hell comes to Frogtown) et des zédards qui rêvent d’avoir un trois-pièces à Gotham City (Joker’s Poltergeist). Que du bon quoi, et avec une amélioration au niveau de la maquette : elle était déjà impeccable, mais elle gagne encore en clarté en utilisant différents coloris pour mieux scinder les sections et les sujets. Un sans-faute, garni pour ceux qui ont été sages de quatre jolies cartes des artworks Strongman Pictures.

 

 

Nous serons par contre un tantinet moins enthousiastes au sujet du hors-série Creature Feature Edition. Non pas que le niveau baisse réellement : visuellement comme au niveau des textes, on reste dans le pur style B-Movie Posters. Mais contrairement aux parfums variés des volets précédents, celui-ci, en se penchant sur les attaques d’animaux furieux et pris de gigantisme, aux dinosaures revenus du jurassique ou aux expérimentations merdées de l’armée, donne l’impression de tourner en rond. Les films sont à peu de choses près interchangeables, les pitchs se ressemblent tous, et si les flyers sont toujours très agréables à parcourir, la lecture pure est déforcée par le fait qu’un Poseidon Rex ou un Age of Dinosaurs, bah c’est du pareil au même. La loi du genre, malheureusement… Pas de quoi tirer une gueule de six pieds de long et refuser de passer à la caisse pour autant, surtout en cette gaie période d’Halloween : on n’a jamais trop de tarentules toxiques et de rats mangeurs d’hommes dans nos placards. Et puis, les recueils sincères et prenant la production low budget par le bon bout, sans se pincer le nez et sans se sentir obligé d’en rire en rappelant toutes les cinq pages que « tout cela n’est quand même pas bien sérieux » se font si rares que l’on se gardera bien de reprocher à Damien Granger de s’être fait plaisir en plongeant dans la mare aux crocos radioactifs. Deux indispensables dans vos piles de livres donc, que vous soyez des curieux ou des réfractaires n’ayant pas encore compris les vertus du Z. Il n’est jamais trop tard pour voir la lumière…

Rigs Mordo

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