The Void

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Petite sensation du cinéma horrifique indépendant moderne, The Void (2016) peut enfin, après l’habituelle tournée des festivals, venir répandre ses atrocités visqueuses dans nos salons. Prenez votre ticket, aujourd’hui c’est un allé simple pour l’enfer… ou pire.

 

 

Ils sont sympas, Jeremy Gillespie et Steven Kostanski. Alors que certains de leurs petits camarades semblent feindre légèrement leur amour pour l’exploitation la plus sanglante (Tommy Wirkola, à tout hasard), eux semblent de vrais geeks de l’épouvante capables de vous réciter autre-chose que du Evil Dead et de L’Exorciste. Et le métier, c’est à la dure qu’ils l’ont appris, à l’ancienne, en enchaînant les expériences chez les autres (Gillepsie s’est retrouvé sur les sets des deux Ca et du remake de Poltergeist, Kostanski a traîné du côté de Crimson Peak et Silent Hill : Revelation comme maquilleur) et en tournant leurs propres efforts avec les moyens du bord, Troma style. Et tout cela au sein du collectif Astron-6, qui nous livra le très Empire Manborg (de Kostanski, 2011) et le fou Father’s Day (des deux bonshommes et de plusieurs de leurs copains, 2011 également), deux odes à l’exploitation dans ce qu’elle a de plus fauchée et libre. Bref, si on devait payer une pinte ou un paquet de bonbons Haribo, ça serait plutôt à ces types-là qu’à d’autres, et c’était évidemment avec le falzar en feu et l’écume aux lèvres que l’on attendait The Void, leur escapade « en solo » (façon de parler puisqu’elle est tournée à deux, mais en dehors du cadre d’Astron-6 tout de même). D’autant que celle-ci fut très vite parée d’une réputation plus que flatteuse, les premiers retours vantant les mérites d’un pur trip 80’s, capable de ressusciter l’esprit du cinoche à Big John. Bon, on a tout de même envie d’ajouter que c’est un peu le cas de 99,9 % des jeunes réalisateurs actuels, qui se réclament tous de John Carpenter et vont pour la majorité puiser dans le style du papa d’Halloween pour tailler le leur. Avec plus ou moins de réussite, évidemment… Fort heureusement, The Void fait partie des (très) bonnes pioches en la matière.

 

 

Alors qu’il pensait passer une soirée tranquille à buller sous les étoiles, le shériff Daniel Carter (Aaron Poole) tombe sur un junkie blessé et inerte, allongé sur une route en bordure de forêt. Ne sachant trop quoi en faire, il l’amène à l’hosto le plus proche, où travaille son ex-girlfriend Allison (Kathleen Munroe) et le docteur Richard (Kenneth Welsh), vieil ami de son défunt père. Mais à peine le camé balancé dans son lit d’hôpital que d’étranges évènements surviennent : l’une des infirmières s’arme d’un scalpel et s’en va crever les yeux d’un patient après s’être découpé le visage, tandis qu’une horde d’encapuchonnés façon Klu Klux Klan entoure désormais la clinique pour empêcher ceux qui s’y trouvent de fuir. Pour ne rien arranger, deux hommes vindicatifs déboulent sans prévenir, armes aux poings, prétendant devoir liquider le drogué tandis que le corps de la nurse, que Carter fut obligé d’abattre, se relève en prenant une forme monstrueuse… Toute ressemblance avec Prince des Ténèbres ne saurait être purement fortuite, et c’est de toute façon assumé par la paire Gillepsie/Kostanski. Voir pour s’en assurer ces créatures absolument hideuses, qui rappelleront à certains le body horror à la japonaise – et les transformations pustuleuses de Junji Ito ou du manga Higanjima en premier lieu – mais font surtout de l’oeil au The Thing version eighties. Dans The Void, la mort est l’aurore d’une nouvelle vie, une renaissance sous la forme d’énormes masses de chair en putréfaction, où les visages fondent dans la graisse tandis que des tentacules naissent ça et là sur les dépouilles pestilentielles. Presque de l’horreur parasitique en un sens, et un retour à une épouvante centrée sur la mutation et l’accès à une forme de beauté dans la laideur. C’est en tout cas ce que nous vend le grand vilain du métrage, qui tel un Pinhead illuminé promet le palais des merveilles… mais plonge surtout les personnages dans la fosse de l’ignoble. Voir cette séquence hallucinée lors de laquelle ses créations, les freaks les plus repoussants rencontrés depuis belle lurette, sortent de la pénombre ou se détachent de crochets et clous plantés aux murs, pour attaquer des mortels tout saufs préparés à ce cirque morbide. Plus Hellraiser que Hellraiser lui-même. Et très porté sur les ambiances évidemment, avec cette façon très Carpenterienne encore de prendre le temps, de s’autoriser des plans de plusieurs secondes sur des décors vides, histoire de poser un climat lourd. Mission accomplie pour le coup, The Void sentant le danger et donnant l’impression que la fin se rapproche de plus en plus, prenant au piège des protagonistes, auxquels on reprochera une éventuelle fadeur.

 

 

Si l’on doit épingler une carence, ce sera d’ailleurs celle-là : peut-être pour faire, une fois encore, comme Papy Carpenter, Kostanski et Gillepsie vont au plus pressé et passent immédiatement aux choses sérieuses, ne distribuant que des bribes de caractères à leurs personnages, censés s’étoffer au fil du récit. Ca ne marche qu’à moitié pour être honnête, car si l’on peut se prendre d’affection pour les deux chasseurs, rendus violents parce qu’ils ont trop vu d’atrocités, on ne peut en dire autant de Carter, qui ne se révèle que dans la dernière bobine. Ce refus de trop en dire porte par contre ses fruits lorsqu’il s’agit de la mythologie entourant cette secte tapie dans la nuit et de cette fameuse porte vers un autre monde. Qu’est donc cette pyramide flottante qui s’y trouve ? Qu’apporte-t-elle à ceux qui la vénère ? Nous n’en saurons jamais rien, et c’est très bien ainsi. Alors on pourra éventuellement reprocher à The Void de trop chiper aux ancêtres, final à la Lucio Fulci inclus, et regretter que c’est lorsque les choses deviennent passionnantes (voyage dans une autre dimension inside) que le film s’arrête. Mais ne crachons pas dans la soupe concoctée avec autant d’amour que de passion par les fins cuistos Gillepsie et Kostanski, qui ont compris qu’avoir un feeling eighties ne se résume pas à un logo rose, un trailer qui rit de son reflet dans la glace et des références à Predator et Commando tous les trois pas : c’est aussi un état d’esprit. On l’a retrouvé ici.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jeremy Gillepsie, Steven Kostanski
  • Scénario : Jeremy Gillepsie, Steven Kostanski
  • Production : Jonathan Bronfman, Casey Walker
  • Pays: USA
  • Acteurs: Aaron Poole, Daniel Fathers, Kenneth Welsh, Ellen Wong
  • Année:  2016

2 comments to The Void

  • Roggy  says:

    Complètement d’accord avec ton ressenti sur le film qui est un véritable hommage à tout un pan de notre cinéphilie. Malgré son côté un peu foutraque et des persos peu caractérisés, The Void possède une vraie identité et un univers fascinant.

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