Shocker

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Officiellement, c’est pour faire un croche-patte à la saga des Freddy, qu’il a pour rappel créée et qu’il considérait comme déclinante à la fin des années 80, que Wes Craven se lança dans Shocker (1989), récit « Kruegerien » d’un chauve increvable et vanneur lancé à la poursuite d’un jeune ado. Officieusement, on se demande si les résultats modestes de son Amie Mortelle et du très bon L’Emprise des Ténèbres au box-office ne lui ont pas donné l’envie de créer un nouveau boogeyman apte à lui ramener plein de pépètes. Ca ne sera pas pour cette fois…

 

 

Si le commun des mortels attend avec impatience l’heure d’aller se glisser sous sa chaude couette, histoire de laisser derrière lui ses emmerdeurs de collègues et d’interminables bouchons, chez Wes Craven c’est bien souvent à cet instant précis où l’on passe en mode veille que les emmerdes commencent. La petite brune Heather Langenkamp voyait un grand brûlé au vieux pull rayé tenter de venir lui rendre visite lors de nuits bientôt lacérées ? Et bien le footballeur américain Jonathan Parker (Peter Berg) aura, lorsqu’il ferme les yeux, des visions des meurtres du cruel Horace Pinker (Mitch Pileggi, de X-Files), électricien passant de maison en maison pour y jouer de la lame. Voyant que ce cable guy déjanté s’apprête à scalper sa famille adoptive, Jonathan s’empresse d’appeler son flic de père (Michael Murphy) pour qu’il rejoigne les lieux au plus vite. Trop tard : Pinker a déjà fini ses heures sup’. Mais grâce au témoignage du jeune Parker, la police a désormais le signalement de l’assassin et pourra le traquer plus efficacement. Mais pas assez rapidement pour éviter à Jonathan de nouvelles peines, Horace s’infiltrant chez lui en son absence pour y massacrer sa petite-amie Alison (Camille Cooper). Légitimement furieux, le sportif entreprend d’arrêter Pinker lui-même, avec réussite puisque quelques heures plus tard le pro de la telloche se retrouve en zonzon… et a son ticket pour le couloir de la mort. Fin connaisseurs des arts occultes, Horace Pinker n’en dit pas pour autant son dernier gros mot et profite d’être seul dans sa cellule pour s’adonner à un rituel satanique, des lèvres lumineuses (!) sortant de son téléviseur pour lui offrir des pouvoirs liés à l’électricité. Evidemment, plus moyen de griller le bonhomme sur la chaise électrique, et plutôt que de périr un bon coup, le maniaque se permet de rebondir d’un corps à l’autre, possédant un à un les proches de Jonathan pour mieux se rapprocher de lui et lui dévisser la caboche, entre deux punchlines peu inspirées.

 

 

Dans le genre pitch typiquement eighties, celui de Shocker se pose-là. Aucune chance en effet de prendre ce petit coup de jus pour du millésimé 70’s ou même 90’s, tant il y a ici une patine, un climat et même une surenchère que seules les années 80 semblaient capables de réunir. C’est peut-être d’ailleurs là où le bât blesse : soucieux de battre le père Krueger sur son propre terrain, et probablement pressé de prouver qu’il pouvait créer un deuxième croquemitaine aussi populaire que le premier, Craven en fait tout simplement trop. C’est bien simple, en une seule aventure – plusieurs étaient prévues, mais les résultats faiblards de Shocker au box-office empêchèrent Pinker de profiter de séquelles – cette « franchise en devenir » (raté, donc) entasse plus de thématiques que les Nightmare on Elm Street en cinq volets. Outre une bonne trentaine de minutes servant plus à moins à présenter le zigouilleur en chef (mais qui ne nous en disent finalement pas long sur son compte), on apprendra qu’il est le véritable daron de Jonathan, que celui-ci a visiblement des pouvoirs psychiques lui permettant de taper la discu avec les morts, qu’il est possible de traverser vos écrans de télévision grâce à un pendentif en forme de coeur, et que le Diable est invocable avec quelques câbles de batterie et une telloche en état de marche. Ca fait beaucoup pour un seul homme, et Pinker n’a pas franchement les genoux aussi solides que son rival Freddy, tout Shocker finissant par plier sous le poids d’un script partant dans trop de directions. D’ailleurs, si une séquence semble parfaitement définir cette énième offrande de Wes Craven, c’est bien la course-poursuite dans un parc entre Jonathan et un Pinker changeant enveloppe corporelle comme de caleçon : déboulant en flic, le bad guy finit par prendre possession d’un joggeur, puis quelques secondes plus tard d’une petite fille, puis de sa mère, tandis que Jonathan semble parcourir les lieux en trottinant sans trop savoir ce qu’il fout là et où il doit aller. Ca galope sans GPS en somme, et en allant trop lentement pour faire oublier que tout cela n’a finalement que peu de sens.

 

 

La nostalgie (présente dans mon cas, puisque j’ai découvert Shocker dans ma tendre enfance) ne fait pas tout oublier, et certainement pas le fait que les acteurs en font des tonnes inutilement – Peter Berg semble gueuler tout du long tandis que Pileggi ferait passer Jim Carrey pour Takeshi Kitano -, que le tout sombre à plus d’une reprise dans le niais le plus gênant (le pouvoir de l’amour repousse Pinker, comme dans un bon épisode de Mon Petit Poney) et que les emprunts faits aux Griffes de la Nuit et ses suites sont sacrément voyants. Outre le look du poto Horace, évidemment pensé pour rappeler celui de Robert Englund lorsqu’il logeait encore dans les usines d’Elm Street, on notera le fait que Jonathan doive s’endormir pour arrêter son éternel ennemi, et de nombreuses tentatives (ratées) de mixer horreur et humour (cette séquence, sacrément embarrassante, où les zouaves se pourchassent à travers des émissions de télévision). Bref, on pense ici à la lutte entre Langenkamp et Englund à la fin de leur premier cauchemar, et là-bas au gag de la TV dans le troisième, toujours dans des versions low-cost et purgées de toute violence. Pas uniquement la faute de Craven seulement sur ce coup, vu que nos amis les censeurs sont passés par là et ont taillé dans la pellicule, mais faut reconnaître que l’ensemble ne s’envole jamais vraiment et a bien du mal à se hisser jusqu’aux chevilles des Nightmare on Elm Street. Au vu des ambitions affichées à l’origine, ça la fout sacrément mal quand même… Alors on ne va pas non plus jeter le bébé avec l’eau du bain, même si par chez nous on déteste les bébés : Shocker se regarde toujours gentiment, surtout une fois pris pour ce qu’il est. C’est-à-dire un dessin-animé live, un peu crétin sur les bords, pas dénué de qualités (la scènes dans le lac brumeux est pas mal, tout comme la descente dans le hangar de Pinker, et puis y’a Ted Raimi au casting en geek) et où pointent quelques fulgurances trashos (les lèvres arrachées avec les dents). Reste tout de même l’impression d’avoir assisté à une version Cannon Films du mythe Freddy Krueger, grosse louche de mauvais goût inside, et la petite tristesse de découvrir que l’ensemble est nettement moins plaisant en 2019 qu’en 89…

Rigs Mordo

 

  • Réalisation : Thomas J. Moose
  • Scénario : Wes Craven
  • Production : Marianne Maddalena, Barin Kumar
  • Pays: USA
  • Acteurs: Mitch Pileggi, Peter Berg, Camille Cooper, Michael Murphy
  • Année:  1989

2 comments to Shocker

  • grreg  says:

    decouvert adolescent,ce film de craven m’avait bien plu…reste neanmoins aujourd’hui une serie b sympa,mais d’accord avec ta chronique,sa part un peu dans tous les sens..!

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