Zombie Toxin

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On ne mesurera probablement jamais complètement l’étendue des dégâts causés par Bad Taste au pays de sa Majesté. La jeunesse des années 90, celle qui se sent désormais grabataire lorsque les sites pornos lui demandent de désigner une VHS dans une série d’images pour vérifier qu’elle bien soufflé les 18 bougies, ne s’en est en tout cas jamais remise et rêve encore aujourd’hui de cervelles à l’air et de ragoût vert fluo. Pour Thomas J. Moose ce déluge gorasse n’était pas encore assez, puisqu’il repoussa encore un peu plus les limites du montrable dans son très, mais alors TRES incorrect Zombie Toxin (1996).

 

 

Le tournage de petites pelloches horrifiques à la mode Do It Yourself, c’est une affaire de passion et d’amour, mais aussi de temps libre. Et d’endurance, puisqu’il faudra tout de même quatre années à Moose pour que le Zombie Toxin auquel il commence à songer en 1992 soit terminé. Et encore deux années supplémentaires pour qu’un distributeur accepte de le poser sur les étagères des vidéoclubs les plus crasseux d’Angleterre ! Quatre à six années, c’est long, la plupart des gens évoluent durant ce laps de temps, et ce qui les faisait vibrer sur la ligne de départ leur semble souvent bien désuet, si ce n’est pire, une fois celle d’arrivée franchie. Ce n’est pas le cas pour Moose et sa bande de potes, dont la foi en le mauvais goût ne fendille jamais : ils avaient décidé de tourner une grosse vanne répugnante, ils s’y sont tenus. Il suffit d’ailleurs de lancer leur premier méfait (sur seulement trois), parfois nommé Homebrew, pour comprendre que l’on met les pieds dans la bouse de vache, puisque c’est par un logo fauché accompagné de rires idiots et de bruitages cartoonesques que nous sommes accueillis. Ainsi que par le symbole de la firme Viscera Films, dont c’est la seule et unique sortie, ravie de préciser qu’elle est spécialisée dans ce qu’elle appelle l’« extreme bad taste ». Le mérite de la clarté, et certainement pas une erreur d’étiquetage puisque sur ses courtes (mais bien suffisantes…) 70 minutes, Zombie Toxin n’aura de cesse de nous faire jongler entre les gogues et le rire.

 

 

A la manière de la très drôle série britannique (tiens tiens!) Le Club des Gentlemen (1999), Moose situe son affaire dans la campagne anglaise, là où se terrent ce que le pays compte d’habitants les plus infréquentables. Une cambrousse si reculée et peuplée de dingos qu’on y trouve même une vieille étable où les habitants viennent se faire torturer, pour le plaisir, par une poignée de sadiques portant des masques du Ku Klux Klan. Entre des coups de machettes dans le bras et un œil arraché au hameçon, les employés s’offrent une pause café bien méritée et l’un d’eux avoue à un collègue qu’il a absolument besoin d’un cheval pour la parade satanique, programmée la semaine suivante. Ca ne s’invente pas. Heureusement, les zouaves ne manquent pas de connaissances et demandent à un rouquin aux allures de tueur en série d’aller voler un cheval pour eux. Enfin, un cheval… Disons plutôt un déguisement de canasson pour la kermesse des gamins de maternelle du village. Reste que plutôt nerveux, le roux sauvageon décide de démembrer la bête avec l’aide de son assistant, un simplet avec des culs de bouteilles en guise de lunettes. Après avoir foutu un bordel monstre dans leur garage en débitant la monture, et avoir par mégarde planté un couteau dans la main du demeuré, le petit chef ordonne à son pauvre ami d’aller se débarrasser des restes du dada dans le ruisseau le plus proche. Mauvaise idée : visiblement porteurs d’une maladie rare, ces morceaux de viande de cheval transforment tous ceux qui s’en approchent en de vils zombies… Dawn of the Dead dans les prés ? Disons plutôt Redneck Zombies avec encore moins de matière grise (déjà que Redneck c’était pas du Baudelaire…) et une volonté clairement établie de réunir tout ce qui peut choquer la ménagère en un peu plus d’une heure. On avait déjà des simili membres du KKK, satanistes à l’occaz’, en train d’arracher des ongles à la tenaille ; voilà que débarquent des nazillons du dimanche, avec une fausse moustache Hitlérienne collée au-dessus des lèvres. Ayant vu un revenant avec la chiasse et comprenant après calcul que la cause du mal est la flotte traversant la région, les nostalgiques de 40-45 décident de changer celle-ci en vin pour mieux contaminer le monde entier et le détruire par la même occasion. C’est bien d’avoir des hobbys.

 

 

De toute évidence, c’est la fougue de la jeunesse qui fait avancer ce Zombie Toxin torché par de grands gamins fiers de leur bêtise, rendus un peu golios sur les bords à force de s’astiquer sur les premiers films de Peter Jackson. Malheureusement pour lui, Moose n’a pas tout à fait le même talent que son modèle, et le fait de tourner directement au format vidéo l’empêche de se rapprocher de la patine d’un Bad Taste pourtant déjà connu pour son manque de budget. C’est dire. Et c’est aussi sans surprise que l’on découvrira que le jeune réalisateur n’aura jamais la carrière du copain à Gandalf, puisqu’il repartira dans l’anonymat après deux petites Séries Z, à priori coquines puisque bénéficiant de la présence des beautés fatales Misty Mundae et A.J. Khan. Pas long comme C.V., mais vaut mieux deux lignes où l’on croise des muses en bikini que trois pages de courts-métrages prétentieux et tournés dans le noir. Reconnaissons qu’un réel effort a été consenti lors du tournage de Homebrew, les angles choisis étant souvent variés et parfois assez courageux, comme cet envol en parapluie avec une Mary Poppers sniffant de la coke. Oui, ça arrive vraiment dans le film, et ça vaut évidemment le déplacement. Reste que trop concentré sur ses gags tous orientés autour de la chair déchirée, de la gerbe et du caca mou, Moose oublie de se reposer sur un véritable script, nous collant dès lors devant une série de vignettes à peine reliées les unes aux autres. Bouteille de vin mutante et volante, nazi chiant ses entrailles avant d’être explosé au lance-roquettes, long combat entre deux revenants (l’un fait popo dans la bouche de l’autre), intermède musical avec un poivrot chantant dans la rue (avant de dégobiller dans la popote que sa bonne femme lui prépare)… Ca bouge et ça gigote dans la campagne anglaise, mais force est aussi de reconnaître que ça n’amuse qu’à petites doses, le manque de fil rouge empêchant aussi le spectateur de se prendre au jeu. Reste que si votre rêve le plus secret est de voir l’anus vérolé d’un zombie en train de se vider de plusieurs litres de Cécémel, et le tout en gros plan s’il vous-plaît, alors vous avez trouvé votre crémerie.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Thomas J. Moose
  • Scénario : Thomas J. Moose
  • Production : Thomas J. Moose
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Thomas J. Moose, Adrian Ottiwell, Lee Simpson, Robert Taylor
  • Année:  1996

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