Virgil, La Malédiction (Don’t Panic)

Category: Films Comments: No comments

Si l’on connaît bien les sous-Griffes de la Nuit à l’américaine, façon Bad Dreams (ou Panics chez nous), nos connaissances sont souvent plus limitées lorsqu’il s’agit des versions mexicaines du vieux Fred Krueger. Et alors qu’on espérait de Don’t Panic (1988), sorti chez nous sous le titre pas très aguicheur de Virgil, La Malédiction, qu’il soit un décalque très épicé du mythe du croquemitaine aux griffes d’acier, v’là-t’y pas qu’on nous sert une glace à la fraise en lieu et place du burrito commandé !

 

 

Drôle de reconversion tout de même pour Rubén Galindo Jr. : aujourd’hui producteur d’émission tout ce qu’il y a de plus familiales, avec des enfants chanteurs ou rois du foxtrot façon The Voice Kids, le bougre était auparavant un grand pourvoyeur de Séries B horrifiques. De celles où le diable s’invitait dans les chairs, et où les cimetières s’animaient subitement, les défunts ne le restant jamais bien longtemps avec Galindo Jr., pour qui occultisme et le satanisme étaient les sujets de prédilection. Ses films ? Des produits pensés pour remplir les vidéoclubs américains, dans l’espoir de se fondre dans la masse des slashers et autres pelloches de zombies de la grande époque, et donc récolter quelques pépettes en faisant hurler de peur des demoiselles avec des choucroutes taille XXL en guise de coiffures. Celles-ci croiseront à nouveau la route d’un vrai démon dans ce Don’t Panic, alias Dimensiones Ocultas, parti piquer ses idées dans les travaux de Wes Craven, même si ça ne se voit pas au premier abord. Nouvel arrivant au Mexique, le jeune permanenté Michael organise une petite sauterie pour son anniversaire dans la vaste demeure de sa mère (Helena Rojo, vue dans Aguirre, la colère de Dieu), à priori fort riche mais aussi très malheureuse, son divorce l’ayant poussée à noyer son chagrin dans des bouteilles de vodka. Alors que la fête se termine, plusieurs amis du petit Mickey déboulent par surprise, dont une Alexandra dont il est secrètement amoureux et Tony, son insupportable meilleur ami. Insupportable parce qu’en plus de rire comme un demeuré aux vannes les plus nulles du monde, niveau Omar et Fred, le type taquine Michael sur la présence de sa dulcinée, se moque du fait que sa reum soit alcoolique et débarque avec une planche de Ouija alors qu’il semblerait que Michael ait une frousse terrible des forces paranormales. A raison puisqu’après avoir posé deux ou trois questions aux morts, notre héros se coltinera des visions d’horreur lors des nuits suivantes…

 

 

Mais avant d’en arriver-là, il faudra se coltiner quelques séquences pensées pour séduire le public américain, et qui feraient passer le plus nul des épisodes de Sauvés par le gong (série qui ne volait déjà pas haut dans ses meilleurs instants) pour du de Palma. Passons rapidement sur cette vision très peu crédible des écoles yankees, avec ses écriteaux torchés au marqueurs où l’on fait la morale aux élèves en retard et son gardien de campus que l’on amadoue avec des revues pornos, et attardons-nous sur cette séquence ahurissante entre Michael et Alexandra. Plus sucrée que Les Feux de l’Amour et Plus Belle la vie réunis, et digne d’un clip des Backstreet Boys en mode lovers, sa seule vision fera crever le plafond à votre taux de cholestérol. Arrivés tous les deux en retard aux cours, les jeunots décident qu’il est encore préférable de sécher toute la journée plutôt que de risquer de se faire sermonner par les profs. C’est vrai quoi, autant aggraver son cas plutôt que de faire amende honorable. Et c’est parti pour le rendez-vous le plus caricatural trouvable dans une pelloche sortie après 1945 et les publicités Tampax, avec sa balade à vélo, son achat de ballons au bord du lac, sa virée en barque et sa dégustation de glaces où chacun goûte le parfum de l’autre en riant comme des enfants de cinq ans. Faut dire aussi que Michael fait tout pour passer pour un attardé, lui qui porte un pyjama avec des dinosaures dont n’aurait jamais voulu Macauley Culkin a la même époque… et avec dix ans de moins que le pauvre Mike. Reste que le courant passe avec cette cruche d’Alexandra, et l’imbitable Tony, un peu calmé depuis la nuit précédente, y va même de son petit conseil, qu’il a probablement piqué à son arrière grand-père : pour subtiliser le coeur d’une cocotte, rien de tel qu’une rose. Un peu vieux jeu ouais, n’empêche que ça fonctionne. Car après avoir boudé un peu en remarquant que sa princesse se laissait draguer par le beau gosse du lycée, Michael parvient à conclure, Alexandra lui avouant son amour et lui assurant qu’elle est prête à voir ce qu’il cache sous son beau pyjama. Ca nique un petit coup, et tout va pour le mieux dans le monde fait de licornes et de bisounours des tourtereaux. Mais un gros nuage noir arrive, et il se nomme Virgil…

 

 

Pas tout à fait un nom à faire frémir un collège entier, mais ne vous y trompez pas, le fourbe est particulièrement vilain… et fait quasiment figure d’incarnation de Satan himself. Il prend en tout cas le contrôle du corps de Tony et décide de zigouiller tous ceux qui prirent part à la séance de spiritisme quelques heures plus tôt, usant de sa belle dague en forme d’ossements, genre presse-papier de l’enfer. C’est bien sûr là que ça se gâte pour Michael, relié à un lien psychique à Virgil/Tony et donc capable de voir ce que fait l’assassin dans ces instants. Comprenant que le diablotin en veut à tous ses proches, notre brave garçon se lance dans une course contre la montre pour stopper cette contrefaçon made in mexico du poto Freddy. Car tout y est, au point qu’on croirait avoir garé notre van à Elm Street : le mecton un peu loser sur les bords relié à une menace surnaturelle comme dans La Revanche de Freddy, un final dans une sorte d’usine encore une fois comme dans le (sous-estimé) film de Jack Sholder, une maman portée sur les breuvages corsés comme la mère de Heather Langenkamp dans Les Griffes de la Nuit, et enfin un Virgil ne frappant qu’une fois la nuit tombée et n’hésitant pas à balancer quelques blagues et au vocabulaire fleuri (il traite Alexandra de « bitch », ça doit lui changer des aprems à goûter des sorbets). Le pire c’est que Craven serait peut-être fier, car s’il se foire dans les grandes largeurs lorsqu’il s’agit de peindre une jeunesse rendue ridicule par des références d’avant-guerre, Galindo Jr. se rattrape pour les séquences horrifiques. Pas mal troussés ces instants en vue subjective montrant le tueur, alors encore mystérieux, s’approcher de ses victimes. Et assez violents et glauques pour faire leur petit effet, ces plans « à la Halloween » sur la lame s’abattant encore et encore sur une jeune fille. Et même lorsqu’il s’agit de shooter une séquence de poursuite dans un hôpital entre Virgil et un Michael affolé, Rubén s’en sort très honorablement, parvenant à rendre son bad guy plutôt creepy. Surtout lorsque celui-ci s’amuse à se lacérer la main avant de s’attaquer à une proie…

 

 

Dommage d’ailleurs de ne pas avoir mieux utilisé les liens entre Michael et Virgil : puisque le premier voit la même chose que le second, et devient dès lors incapable de se situer dans son propre espace, il y avait de jolis jeux du chat et de la souris à mettre en place. Peut-être trop complexe pour une Série B bien sûr modeste, et tout ce qu’il y a de plus cheesy une fois que l’on sort des passages purement horrifiques. Musique d’une ringardise à l’épreuve des balles, acteurs aux fraises encore rendus plus mauvais par un doublage américain sans doute torché en deux heures, bruitages limites (quand un mec recharge son fusil à pompe, on dirait qu’il vient de marcher sur un chou-fleur) et dialogues mongoloïdes sont tous au rendez-vous, à la grande joie des amoureux des direct-to-video campy. En un sens, Don’t Panic (ça ne risquait pas, merci) a le meilleur des deux mondes en lui : on apprécie au premier degré les séquences orientées slasher surnaturel, et le second degré prend le dessus lors des scènes les plus crétines (ah ! La mère qui annonce à un opticien qu’elle a un problème de boisson, comme ça, gratos, alors qu’on ne lui a rien demandé!). On pourra même trouver quelques effets franchement coolos, telle cette main ensanglantée sortant du plafond ou ce visage s’extirpant d’un téléviseur. Ca ne suffira jamais à inquiéter la pizza face Freddy Krueger, mais un public averti et pas contraire à quelques plaisirs ringardos y trouvera plus d’un plaisir, c’est assuré.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Rubén Galindo Jr.
  • Scénario : Rubén Galindo Jr.
  • Production : Bruce Glenn, Raúl Galindo
  • Pays: Mexico
  • Acteurs: Jon Michael Bischof, Gabriela Hassel, Jorge Luke, Helena Rojo
  • Année:  1988

 

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>