Blood Lake

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Dans la joyeuse galaxie du slasher, point d’eau rime souvent avec funérarium humide pour tous les petits baigneurs venus y passer deux ou trois jours au calme. Pas de raison que ça change dans Blood Lake (1987), tout petit shot-on-video devenu légèrement culte pour les bouffeurs de VHS ricains, et nouvelle tuerie au grand air tournée avec le peu d’argent de poche dont bénéficiaient ses auteurs. Tout ce qu’on aime, en somme.

 

 

Tim Boggs n’a peut-être pas beaucoup de talent (sauf pour le montage sonore, celui de Breaking Bad lui apportant son lot d’awards), mais il est sympa comme tout. Les cheveux longs, une paire de lunettes de soleil vissée sur le pif, accoudé au bord d’une piscine avec un smile gros comme ça, le type est un peu le Big Lebowski du tout petit monde du SOV : il ne s’y est essayé qu’à une seule reprise, a bien conscience que le résultat tient plus du banana-split fait par un gamin de six ans que de la tarte aux noix de Grenoble confectionnée par un chef étoilé, n’a pas gagné un centime dans l’histoire, mais il n’en est pas moins content. Content parce que même s’il ne s’est pas changé en un Kubrick en puissance une fois la ligne d’arrivée franchie, le chemin était agréable et l’expérience valait bien quelques nuits de deux heures. « Au moins j’aurai essayé » lance-t-il, lucide quant au fait que Blood Lake n’aura eu aucune incidence sur sa carrière, puisque c’est en envoyant sa candidature à droite et à gauche qu’il se fera une place dans les départements sonores d’Hollywood en débutant par des Séries B comme Maniac Cop 3, mais conscient aussi qu’il rêvait depuis des années de tourner un film, quel qu’il soit. Ce fut donc chose faite en 87 : après quelques années passées à enchainer des petits boulots en rapport avec la vidéo, comme se charger de filmer des mariages ou vendre du matériel, Boggs fait la rencontre de Doug Barry, comme lui pressé de se faire un trou dans le milieu du septième art. Après quelques minutes à papoter, le duo décide immédiatement de s’associer, Boggs se proposant comme réalisateur tandis que Barry accepte de se charger du scénario et de la production. Ce qui signifie lever des fonds, trouver des comédiens et un lieu de tournage. Heureusement que le Doug, selon Tim Boggs très capable lorsqu’il s’agit de se vendre et faire des sourires de marchand de tapis, peut compter sur ses proches : puisque son dentiste de père refuse de lui refiler du pognon c’est chez le frère de sa girlfriend qu’il ira quémander, et les différents acteurs seront tous des amis à lui tandis que le lieu de tournage sera une maison de vacances en bord de lac possédée par le père de sa copine. Un endroit parfait pour un petit slasher à la Vendredi 13, le genre étant en outre adapté à leurs maigres capacités, financières comme créatrices. D’accord dès le départ pour se contenter d’une intrigue basique et de se simplifier la tâche autant que possible, les compères comprennent sans tarder que le genre à base de désaxé trucidant des gamins est définitivement à leur portée. D’autant que celui-ci se contente fort bien d’une plastique perfectible et d’un aspect « pris sur le vif », Boggs ne doutant pas avant même d’entamer le tournage que son Blood Lake sera mal branlé à tous les étages. Difficile de le contredire à ce niveau, mais il serait mentir que de prétendre que ça joue réellement en défaveur de ce lac de sang…

 

 

Evidemment, niveau scénar’ c’est le zéro tout rond, car il n’y a en vérité aucun script, juste une vague trame, celle commune à tous les slasher : une poignée de jeunes gens s’en va passer du bon temps à l’abri du vacarme citadin, ils tombent sur un maboul de deux mètres fermement décidé à leur en faire baver et les nuitées de tout ce beau monde seront faites de disparitions et coups de couteau lardant la pénombre. Les conneries habituelles, pour ainsi dire. D’ailleurs, s’en tenir au scénario griffonné par Barry, qui s’offre en passant le premier rôle, entraîne plus de désagréments qu’autre-chose, les différents interprètes étant incapables de jouer correctement. Plutôt que de les laisser réciter leurs lignes sans passion et avec une certaine raideur, Boggs décide de les laisser se lâcher et improviser, ne leur donnant que de vagues directions sur les discussions qu’ils doivent tenir. Ce sera pour le mieux, Blood Lake y gagnant en véracité, même s’il ressemble toujours aussi peu à un vrai film. D’ailleurs, que les différents zouaves devant l’objectif laissent tomber leurs rôles pour être eux-même renforce encore cette impression d’assister à une simple vidéo de vacances : l’alchimie entre ces amis dans la vraie vie est palpable, les séquences les voyant picoler ou fumer du shit ne semblent pas feintes (et sont longues comme un jour sans pain au chocolat), les vantardises du petit con de douze ans à peine (à l’entendre, il a un chêne centenaire dans le slip et il culbute 14 MILFs chaque soir) qui font se gausser les grands, ces interminables séances de jet-ski… Les apparitions, rarissimes, de l’assassin (dont le motif serait le fait que la bicoque lui appartenait jadis) sont presque accessoires dans Blood Lake, et les quelques jaillissements d’un gore timide et souvent plongé dans le noir ne sont que des parenthèses. On ne s’en plaindra même pas tant le seul et unique effort de Boggs tient bien sur ses pattes en tant que feel good movie désuet, dénué de tout intérêt, mais agréable à suivre pour peu que l’on se prenne de sympathie pour les gosses, plus attachants que bien des teenagers clichés des Séries B professionnelles.

 

 

C’est dans tous les cas le meilleur angle (le seul?) pour apprécier la bobine, en tout cas plus que celui du film d’horreur classique, Boggs n’ayant ni l’équipement ni le talent pour se dépatouiller dans ce registre. Le manque d’éclairage est castrateur en la matière, tant les sévices distribués par le colosse timbré nous sont invisibles. Si ce n’est un égorgement en gros plan, ce sera ceinture, et les gore addicts pourront s’en retourneront certainement aux moins prudes Pieces et Bloody Moon. Si le filmage à la mode SOV apporte souvent une dose de charme aux zéderies de l’époque, il déforce clairement Blood Lake, qui avait du reste de beaux arguments pour lui. Comme une bande-son étonnamment réussie pour une production aussi modeste, et quelques chansonnettes heavy metal judicieusement insérées pour souligner la bonne ambiance de ce périple entre copains. Et puis, même si Tim Boggs n’a pas tout à fait l’étoffe des champions, il lui arrive de balancer quelques plans bien troussés, comme le générique de début, riche en prises de vues apaisantes, ou le final, plutôt creepy. Alors que les survivants pensent s’être débarrassé du sinistre rôdeur, laissé pour mort plus loin, le shérif se rend compte que le corps n’est plus là et que le coupable s’est probablement invité dans l’ambulance emportant les blessés. Et celle-ci de s’enfoncer doucement dans les ténèbres tandis que résonne un main theme hanté. Ca fait son petit effet. Et si on aurait apprécié de voir Blood Lake en finir sur cette note glaçante, l’ultime scène n’est pas mal non plus : découvrant qu’un séisme (ou un « acte de Dieu » selon Boggs) a complètement asséché le lac, le réalisateur est retourné sur les lieux avec son pote incarnant le bourreau de la jeunesse en fête, pour le montrer errer dans ces paysages de désolation. Une conclusion quasiment onirique pour un slasher définitivement « autre », que son manque de moyens tiendra à l’écart des regards de la plupart des fans du genre, mais qui n’en reste pas moins apte à séduire les amoureux de ces bandes des années 80 qui brouillèrent les pistes entre le professionnalisme et l’amateurisme. Une espèce rare que celle de ces fameux amoureux, mais elle existe bel et bien…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Tim Boggs
  • Scénario : Doug Barry
  • Production : Doug Barry
  • Pays: USA
  • Acteurs: Doug Barry, Angela Darter, Mike Kaufman, Andrea Adams
  • Année:  1987
Tags:  , ,

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