Brightburn : L’Enfant du Mal

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Que se serait-il passé si, en atterrissant sur notre petit coin de paradis, Superman s’était cogné la tête contre un menhir et avait décidé que la planète bleue devait être rayée du système solaire ? A cette question existentielle, Brightburn (2019) répond de façon plutôt pessimiste…

 

Si cette chronique ne spoile pas véritablement, il est tout de même conseillé de visionner le film auparavant.

 

C’est désormais un passage obligé, et tous ses petits copains de la même promotion y sont déjà passés avant lui : James Gunn se fait avec les années producteur. Et même si le bonhomme a désormais un pied dans le royaume d’un Mickey indécis quant à l’idée de garder l’ancien de Troma auprès de ses grandes oreilles (« Aha ! Le pti Gunn a fait quelques blagues pédophiles sur Twitter dans le temps, mais il nous rapporte des tonnes de dollars avec son raton laveur fana de la sulfateuse ! Que faire, Minnie ? »), le réalisateur des Gardiens de la Galaxie compte bien garder l’autre enfoncé dans les marais de l’horreur. Et si sa récente ascension dans les majors semble ne plus lui autoriser les petites Séries B avec des limaces de l’espace ou un vigilante à moitié chtarbé, il peut toujours se permettre de chapeauter les autres. Comme David Yarovesky, auquel il confie Brightburn, un scénario de son frère Brian et son cousin Mark. Pas tout à fait un nouveau venu dans son univers le mecton, Yaroveski a déjà tourné le long-métrage The Hive (2014) avec Sean, un autre frangin de James (ça va, tout le monde suit?), et s’est chargé du volontairement ringard clip promotionnel allant de pair avec le second volet des Guardians of the Galaxy. Une histoire de famille en un sens, même recomposée. Un peu comme dans le produit fini d’ailleurs : alors qu’ils semblent ne pas pouvoir avoir d’enfants, Tori (Elizabeth Banks, passée dans Horribilis et depuis surtout connue pour les Hunger Games) et Kyle Breyer (David Denman, du récent film Power Rangers, où il croisait déjà la Banks) trouvent dans les bois une capsule spatiale dans laquelle se trouve un child of steel. Un enfant tombé du ciel, et un miracle pour ces aspirants parents, qui élèvent donc le petit Brandon Breyer (Jackson A. Dunn, passé vite fait dans Avengers : Endgame en version teen de Ant-Man) comme s’il était le leur, en se gardant de préciser à leur entourage et aux autorités dans quelles circonstances ils ont déniché le petit. Tout va d’ailleurs pour le mieux avec ce marmot aimant, jusqu’à ce qu’arrive la cruelle crise d’adolescence : Brandon pique des crises de nerfs et décide, en découvrant qu’il est un être from another space, d’utiliser ses pouvoirs pour se venger des fâcheux. Et l’idée de diriger notre planète bleue commence à faire dangereusement surface…

 

 

De toute évidence, Brightburn ne cherche pas la surprise et les retournements de situation inattendus, trop conscient qu’il est de son rôle de version dark des Superman (et on ajouterait, pour les lecteurs de mangas, de fortes ressemblances avec la mythologie Dragon Ball). A la place, il se contente d’avancer d’un pas décidé vers une direction établie depuis ses débuts, et que le spectateur attend de toute façon. Ne cherchez donc pas de twists improbables ou de détours scénaristiques tirés par la moumoute, les Gunn misant ici sur un aspect inéluctable de l’horreur, et sur une menace quasiment inarrêtable. Tel le fanatique des slips moulants Clark Kent, Brandon ne peut être blessé que par sa kryptonite à lui, soit le métal trouvable dans la coque qui lui servit de vaisseau pour arriver chez nous. Aux héros d’en faire bon usage… s’ils le veulent. Car la question n’est ici jamais vraiment de savoir si Tori et Kyle pourront arrêter leur fiston, mais s’ils le veulent, l’instinct maternel de la pauvre maman semblant être plus fort que les atrocités commises par son petit. Si le spectacle est au rendez-vous et n’hésite pas à se montrer gore lorsque l’occasion se présente, l’intérêt se trouve moins dans les poussées de violence de ce dark hero capé que dans les échanges avec ses parents, inquiets mais repoussant encore et encore la vérité. Du travail de comédiens aguerris, Banks étant très convaincante en mère poule noyée dans son déni, tandis que Denman vise juste en père voyant de plus en plus clair dans le jeu de sa progéniture psychopathe. Quant à Dunn, il est tout simplement le boogeyman de cette fin de décennie : mignon lorsqu’il est encore un mouflet comme les autres, un peu bizarre certes, il devient terrifiant une fois sa destinée de destructeur empoignée. Un personnage basé sur ses contradiction, d’un physique à la fois atypique et banal, ici tendre et là-bas démoniaque, dont les paroles polies contrastent avec la froideur avec laquelle il les récite, comme des leçons trop bien apprises. Les connaisseurs en tueurs en série ne manqueront d’ailleurs pas de voir des similitudes entre Brandon et quelques grands noms de l’homicide : rejeté par les filles, malmené par ses camarades de classe, incapable d’éprouver de réels sentiments, se faisant la main sur des animaux pour apprendre à liquider autrui, incapable d’accepter la contradiction et les remontrances parentales… Brandon est un Edmund Kemper en guerre contre le monde entier… qu’il pourrait détruire d’un battement de cil. A se demander d’ailleurs si le gosse est mauvais parce que son peuple originel l’est (la ritournelle que son vaisseau spatial lui implante dans le crâne souligne qu’il est venu pour raser la Terre) ou si, sauvé par une famille aimante, il n’est pas redevenu maléfique de par sa nouvelle nature humaine. Les moqueries des autres enfants, le fait que sa voisine de classe le repousse ou tout simplement la crise de l’adolescence ne seraient-elles pas de potentielles raisons ?

 

 

Des directions thématiques passionnantes dans lesquelles Brightburn ne s’engouffre jamais trop franchement : d’une durée confortable et concise de 90 minutes, le film s’assume en tant que pur film de trouille et ne s’aventure pas sur les terres du pensum. Certains le regretteront, d’autres apprécieront l’indéniable efficacité du bidule, à la rythmique parfaite et aux séquences à suspense véritablement angoissantes. Rien de neuf sous le soleil, car Yaroveski semble faire sienne la formule des Conjuring, avec apparitions au loin ou un Brandon caché derrière des rideaux, avant de subites attaques à la gorge, mais ça fonctionne à chaque fois. De quoi frissonner gentiment, ou même franchement lorsque la silhouette statique de Brandon est décelable dans un coin de nuage, observant sa proie sans bruit tel un dieu malveillant animés des pires intentions… Mission accomplie donc : Brightburn est ce que l’on espérait, soit un feel bad movie à la violence qui fait très mal (les persos, tous attachants, ne sont certainement pas épargnés) et le pendant diabolique parfait du man of steel.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : David Yarovesky
  • Scénario : Mark Gunn, Brian Gunn
  • Production : James Gunn
  • Pays: USA
  • Acteurs: Elizabeth Banks, David Denman, Jackson A. Dunn, Matt Jones
  • Année:  2019

2 comments to Brightburn : L’Enfant du Mal

  • Roggy  says:

    Une très bonne surprise pour ma part, même si on pourra regretter l’absence (c’est vrai) du développement de certains enjeux au profit d’une horreur plus meanstream. Néanmoins, le film tient bien la route au niveau du casting et de sa violence visuellement très démonstrative et gore.

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