Hell’s Highway

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A croire que certains n’ont jamais loué The Hitcher. Et il est sûr et certain que les quatre teenagers du super Z Hell’s Highway (2002), lancés dans une traversée du désert américain, ignorent qu’il est préférable d’appuyer sur le champignon lorsqu’un auto-stoppeur cherche un peu de compagnie. Alors certes, Phoebe Dollar présente un peu mieux que Rutger Hauer, et les jeunots la trouvent sacrément hot. Mais eux seront bientôt putain de cold.

 

Il y a des fiches techniques qui font rêver. Bon, celle de Hell’s Highway ne donnera jamais le tournis aux habitués du Festival de Cannes, voire même à aucun visiteur du PIFFF tant on creuse profondément dans la mine de l’horreur underground, au point que l’on risque à chaque coup de pioche de se noyer dans le magma. Mais pour tous les goinfres du low budget, cette autoroute, que l’on devine bitumée par des ouvriers chantonnant du Bon Scott, a tout du line-up parfait. D’abord parce qu’aux commandes se trouve un Jeff Leroy pas du genre à décevoir son petit fan-club, que ce soit lorsqu’il balance des araignées géantes sur un Las Vegas en carton (Creepies 2) ou qu’il fait des étincelles en planquant une louve-garou dans une prison pour femmes (le génial Werewolf in a Women Prison). Ensuite parce que ce road warrior de l’exploitation sans le sou est, en l’an 2002, reparti au front armé de parfaits mercenaires de la galaxie B-Movies. Aux (maigres) cordons de la bourse, on retrouve donc ce croisement improbable entre un hobbit et un mogwaï qu’est David Sterling (Camp Blood et ses suites, Death Factory, Demonicus, Unseen Evil), roi des filous toujours à l’affût lorsqu’il s’agit de budgéter un Direct-To-Video avec de la mitraille. Devant la caméra, on fait rappliquer le gros zizi Ron Jeremy, là aussi habitué à trimballer son ventre poilu dans les hangars désaffectés du genre dans ce qu’il a de plus miséreux, la pas trop timide Beverly Lynne (le Tomb of the Werewolf de Fred Olen Ray, les Terror Toons 1, 3 et 4) et cette éternelle copine du père Leroy qu’est Phoebe Dollar, mamzelle au teint pâle qu’il engage à plusieurs reprises (Rat Scratch Fever, Charlie’s Death Wish, le premier Creepies). Enfin, aux effets spéciaux et maquillages qui feraient dégueuler une flaque de gerbe, on retrouve le vaillant Joe Castro, réalisateur en activité depuis les 90’s (les Terror Toons, c’est lui, Maniacal, The Hazing et The Summer of Massacre aussi) souvent employé par ses pairs pour qu’il crée têtes décapitées et fissures anales bien saignantes, comme sur Uncle Sam, Wishmaster 3 et 4 ou Night of the Demons III. Bref, ne manque pour ainsi dire que le nom des Polonia quelque-part dans Hell’s Highway pour que tout le monde soit de la partie. Jeff Leroy a du penser pareil puisqu’il nomme son personnage principal, campé par la Dollar, Lucinda Polonia. Et vu le caractère de la cocotte, pas sûr que ce soit un compliment…

 

 

Tout débute par une triste légende, celle d’un pionnier qui se serait perdu dans le désert avec sa femme, et aurait décidé pour la nourrir de se suicider, histoire qu’elle se taille un steak dans sa viande morte. Mais désespérée, elle décida de passer un pacte avec Satan pour survivre. Comme les bons comptes font les bons amis, le Malin accepte de la rendre immortelle à condition qu’elle lui livre fréquemment des âmes en enfer… Elle les trouvera sur ces autoroutes bordées de cactus, usant de ses courbes pour amadouer les conducteurs pervers, auxquels elle refera la boutonnière à la tronçonneuse. Et ne pensez pas vous en débarrasser en la virant du côté passager d’un coup de santiag : l’introduction, par ailleurs efficace, nous montre un prêtre parti à sa poursuite pour la poignarder et ensuite enterrer ce qu’il appelle « el diablo ». Mais quelques mètres plus loin, la vilaine réapparaît déjà et lui colle un coup de pelle si fort que le curé en a le melon qui éclate ! Hell’s Highway débute bien, très bien. D’ailleurs, comme s’il roulait sur son autoroute infernale en pleine nuit, alors qu’il n’y a pas un chat sur les deux bandes, Leroy se met un turbo au cul et fonce à un point tel qu’il risque d’en remonter le temps. Son film ne durera ainsi que 70 minutes, ne laissera pour ainsi dire jamais à son public l’occasion d’aller se vider la vessie et évitera les longs débats. Veillant à ce que chaque séquence profite d’un aspect « exploitation », il tartine donc les dialogues censés présenter les protagonistes de plans nichons ou d’éléments chipés à la drugsploitation. Il faut d’ailleurs voir la sympathique Beverly Lynne crier « Qui veut voir mes nibards ? » à deux reprises, remontant à chaque fois son t-shirt pour dévoiler ses tétons rosés en hurlant « partyyyy ». Pour sûr que c’est la fête, et c’est d’ailleurs toujours agréable, même si la demoiselle se fera bien sûr voler la vedette par la star du jour, Miss Phoebe Dollar. Pas seulement parce que ses apparitions font systématiquement monter le niveau de gore (kiki tranché pour le pauvre Ron Jeremy, torse démembré et éviscéré traîné a l’arrière d’une bagnole, visage à moitié arraché au fusil à pompe, bide tronçonné…), la comédienne jouissant aussi toujours d’une aura particulière. Pas vraiment la plus talentueuses des actrices, elle a ce je-ne-sais-quoi de fascinant et semble toujours irréelle, ici ou ailleurs, telle une déesse goth tombée d’un ciel nuageux pour vous hypnotiser de son regard d’outre-tombe. Phoebe n’est ni la plus jolie ni la meilleure lorsqu’il s’agit de réciter son texte avec passion, mais elle a indéniablement un truc en plus. Et fait donc une parfaite boogeywoman.

 

 

Leroy tire de son côté parfaitement parti du principe du road movie : apeurés par la vile Lucinda, les quatre ados en partance pour une fiesta à la plage tentent de mettre autant de kilomètres qu’ils peuvent entre la démone et leurs petits culs d’alcoolos. Mais rien n’y fera : elle ne cessera de se présenter devant eux, telle la faucheuse personnifiée à laquelle on ne peut échapper, même lors de rêves corsés où un Lucifer obsédé sexuel déboule tel un gorille dans la brume. Quelques bonnes idées pointent donc ici ou là, comme le fait que nos conducteurs sont censés avoir de la famille devant eux, mais dont ils ne rattrapent jamais la voiture, à leur étonnement. Et pour cause, Lucinda est déjà passée par là… Leroy s’autorise d’ailleurs quelques délires avec le personnage, y allant de sa révélation finale plutôt audacieuse (et attention, ça va spoiler) puisque l’on apprend que la diablesse n’est pas de nature surnaturelle mais scientifique : elle est en vérité le fruit d’expérimentation visant à cloner l’être humain. Il y a donc plusieurs Lucinda planquées dans ces paysages arides, et bonne nouvelle, elles sont toutes timbrées ! (fin des spoilers) L’ami Jeff se fait donc plaisir, naviguant sans GPS entre les effets gorasses venus dégueulasser le bitume, les scènes sexy (petite baise en tente inside), un script qui virevolte dans tous les sens et même en s’offrant des explosions de miniatures, sa marque de fabrique. Ici une bagnole envoyée dans une pompe à essence peu crédible, mais qu’importe tant que ça fasse un gros boum ! Notre petit coeur fait lui aussi boum devant Hell’s Highway, nouvelle preuve que les productions Sterling ne sont jamais aussi belles que lorsque Leroy les prend en main. Ce gars-là est définitivement le pendant bas du front de Brett Piper : on sent la volonté de bien faire à chaque instant, on perçoit la générosité même dans la misère la plus pure, et surtout il ne déçoit jamais. JA-MAIS.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jeff Leroy
  • Scénario : Jeff Leroy
  • Production : David Sterling
  • Pays: USA
  • Acteurs: Phoebe Dollar, Kiren David, Beverly Lynne, Hank Horner
  • Année:  2002

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