Madman

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Ne vous laissez pas berner par les JT de midi de Jean-Pierre Pernault : non, tous les fermiers ne sont pas de braves gars luttant contre les grosses entreprises pour gagner quelques centimes sur leur lait demi-écrémé. Certains comme Madman Marz sont au contraire de vilains poilus pas prêts de faire monter le taux de suicide en campagne. D’ailleurs, plutôt que se pendre, notre laideron préfère briser la nuque des petits jeunes qu’il a sous la main. Comme on le comprend...

 

 

Lorsque l’on cause du Madman (1981) de Joe Giannone, nouvel exemple de réalisateur reparti dans l’anonymat après avoir balancé dans les magnétos un unique slasher, il ne faut généralement pas attendre bien longtemps pour que quelqu’un dégaine la carte du plagiat de Vendredi 13. Faut dire que tout y est, du décorum forestier à l’inarrêtable colosse un peu con (le vocabulaire de Madman Marz va de « Graouh » à « Bweugeugeuuh »), en passant par les moniteurs envoyant les marmots sous leur surveillance au lit pour pouvoir aller se pincer les tétons dans le jacuzzi. Le plus ironique, c’est que s’il y a effectivement de grandes chances que Madman n’aurait jamais existé si la mère Voorhees et son fiston n’avaient pas un jour décidé de prendre leur revanche sur la jeunesse en fête, le seul film de Giannone devait à la base surtout ressembler au Carnage (1981 itou) de Tony Maylam. C’est que dans les deux cas il était question de prendre pour base la légende urbaine de Cropsey, mythique échappé d’asile traquant les plus petits une fois la nuit tombée pour leur faire goûter à sa hache ou au crochet lui servant de mimine, et que Maylam transformera en Cropsy le grand brûlé usant de cisailles pour raboter les doigts des randonneurs. Que Carnage, aka The Burning, suive à la lettre ou non ce mythe du New Jersey ne change à vrai dire pas grand-chose pour Giannone, qui comprend bien vite que deux slasher construits sur la même idée, ça risque de faire doublon auprès du public. Même si celui-ci est habitué à se nourrir dans la même boîte à outils depuis deux ou trois ans… Madman abandonnera donc ses contours trop « cropsiens » pour créer de toute pièce le folklore de Madman Marz, fermier auquel il manque une case, ultra-violent à l’occasion, en tout cas suffisamment pour débiter à la hache femmes et enfants. De quoi donner envie aux bonshommes du coin de goûter à l’auto-justice promue par Charles Bronson et défigurer Marz avant de le pendre à un arbre. Cané pour de bon, le barbu à la tronche en biais ? Si l’on en croit la fable, il suffirait de murmurer son nom dans les bois pour qu’il vienne vous décrocher la tête d’un seul swing, le Madman répondant à tous les appels… Et devinez qui vérifie ? Les petits campeurs du coin, évidemment.

 

 

Que du classique, soupirera une audience pas plus accrochée que ça aux sous-Jason, et ce n’est pas un hasard si Madman est fréquemment cité comme l’un des slashers définissant le plus efficacement le genre. Rudimentaire, la bande n’essaie en effet jamais de s’éloigner des éléments ayant grossi les comptes en banque de John Carpenter et Sean S. Cunningham, et fait sienne les expériences visuelles de ses prédécesseurs. Marz oeuvrera donc de nuit, se comportera comme un ninja malgré son imposante carcasse et sa manie de grogner comme un goret tous les deux pas, les bagnoles de ses victimes tomberont toutes en rade à un moment ou un autre, et les teenagers seront occis de manières plus ou moins variées (décapitations avec hache ou en rabattant un capot, empalement, égorgement, pendaison…). Rien ne manque à la liste, et Giannone coche toutes les cases des principes fondamentaux du genre sans chercher à innover, trop occupé qu’il est à faire ses premiers pas derrière la caméra. Ils sont plutôt beaux d’ailleurs, notre débutant n’étant pas moins doué que les Steve Miner ou Joseph Zito se chargeant de la plus populaire saga au masque de hockey, et peut-être même plus inspiré que ses pairs à l’occasion. Il y a ici quelques moments de suspense efficaces (la fille planquée dans le frigo), une conclusion noirâtre bienvenue et étonnante (Spoiler : la final girl y passe et se sacrifie inutilement Fin du Spoil) et une atmosphère générale peut-être plus old-school que la plupart des sorties de l’époque. Pas très surprenant de découvrir que la production voulait offrir le rôle du patron de la colonie de vacances bientôt noyée dans le sang à Vincent Price, tant on ressent un feeling hérité d’une horreur à l’ancienne, attachée à ses mythes antiques et avec des persos moins cons que la moyenne (ils n’ont pas énormément de personnalité, mais ils sont aussi plus que des vilains clichés ambulants).

 

 

Un peu vieux jeu le Madman, et finalement à l’image de son killer on the lose : assez gauche (c’est à l’occasion très cheesy, mais qui en doutait ?) mais attachant, brut de décoffrage et pas doué pour les longs discours, mais allant droit au but et capable de balancer une bonne idée à l’occasion. Comme ce petit moment de la hache plantée dans un tronc et impossible à retirer du bois, telle une Excalibur que l’on ne saurait brandir, et que même deux hommes ne parviennent à délivrer. Une arme que Marz récupérera sans mal quelques minutes plus tard… Rien d’exceptionnel à l’arrivée (encore que la scène de la pendaison, sacrément bien troussée, vaut le détour), et pas plus gore qu’un autre malgré quelques plans sentant bon la côtelette avariée, mais un bel exemple de slashouze au tranchant toujours intact malgré le poids des années. On en connaît des plus frais qui semblent pourtant déjà bien plus poussiéreux…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Joe Giannone
  • Scénario : Joe Giannone
  • Production : Gary Sales
  • Pays: USA
  • Acteurs: Gaylen Ross, Tony Fish, Harriet Bass, Seth Jones
  • Année:  1981
Tags:  , ,

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