Killdozer

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Téléfilm plutôt modeste, Killdozer (1974) est devenu avec le temps, et au fil des citations sur des médias plus modernes comme Beavis and Butt-Head, un petit objet de culte pour les amis des véhicules meurtriers. Mais est-ce qu’en 2019 ce bulldozer rendu fou par sa rencontre avec une météorite mérite toujours que l’on bande pour sa carrosserie ? Disons pour faire simple qu’il ne sera pas nécessaire de s’enfiler une tablette de pilules bleutées, mais qu’on ne triquera pas trop dur non plus.

 

 

S’ils sont souvent vus d’un œil tendre par des nostalgiques des années 70 et 80, qui se sont peut-être installés devant eux lors d’un samedi après-midi, les TV Movies n’ont pas forcément bonne presse dans ma crypte. Non pas que je les flingue par principe, et il m’arrive de prendre mon pied devant ceux-ci, Dan Curtis étant par exemple de ces talents télévisuels capables de me faire grimper aux rideaux. Mais le reste des troupes ne m’aura que trop rarement donné le tournis, la faute à des œuvres interminables souvent découpées en deux ou trois parties, ou rendues trop timorées par les impératifs liés aux chaînes de télévision. C’est qu’il ne faudrait pas que la ménagère de moins de cinquante ans loupe les publicités parce qu’elle a couru aux chiottes y remettre ses lasagnes après avoir assisté à une scène gore… En bref, par chez nous on a toujours un peu les miquettes de se retrouver devant des trucs à la Tarantulas, le cargo de la mort, c’est-à-dire aseptisés, dénués de réels instants de frousses et surtout pensés comme des films catastrophes. Qu’on se rassure, si le Killdozer que pilote le pro du petit écran Jerry London (Kojak, L’Homme qui valait trois milliards, Shogun, Docteur Quinn femme médecin…) ne plongera jamais la tête la première dans la mare aux boyaux pourris et ne fera aucune tache sur ses chenilles neuves, il évite aussi la crise de hoquet.

 

 

Merci à un casting bien assemblé, où se croisent Clint Walker (Les Douze Salopards, Les Dix Commandements), Neville Brand (Le Crocodile de la Mort) ou Robert Urich (Magnum Force). A eux, avec deux autres camarades, de faire face à la défonceuse de fer, rendue meurtrière depuis qu’une force maléfique, échappée d’un galet tombé de l’espace, s’est emparée d’elle. Coincés sur une île déserte où ils étaient embauchés pour faire quelques travaux, nos ouvriers n’ont nulle part où fuir et comprennent rapidement que leur salut se trouvera dans le travail d’équipe. Problème : ils ne s’entendent pas vraiment… Quelques mois avant que Steven Spielberg vide les plages à l’aide d’un simple aileron et de deux rangées de quenottes acérées, London avait déjà compris que c’était dans la simplicité que se trouvait l’efficacité. Et qu’un pitch que l’on peut résumer en deux lignes et quinze mots est souvent le signe que l’on tient là un concept fort. Inutile d’en faire trop dès lors : Killdozer ne durera que 70 petites minutes, et si sa menace n’a rien d’un bolide lancé à toute berzingue au cul de pauvres travailleurs sous-payés, son métrage pas si long que ça ne se refusera pas un rythme enlevé pour autant. Pas de gras, pas de papotages inutiles, pas de longue exposition pour planter le décor et ses personnages ; c’est dans l’action que chacun se définira, et c’est face à une mort certaine et d’acier, avançant avec la ferme intention de broyer quiconque aura le malheur de lui passer devant, que chacun révélera sa personnalité. La tactique scénaristique est vieille comme le monde évidemment, et il ne s’agit jamais que de pousser des caractères opposés à s’allier, le chef froid et mal-aimé se retrouvant forcé de réunir des troupes dissipées si tout ce beau monde veut un jour embrasser femme et chien à nouveau. Un script de film de guerre, où les hordes ennemies sont remplacées par un tas de ferraille à la lame épaisse et indestructible. C’est pas le script dernier cri, mais ça fonctionne sans grincer.

 

 

Là où le bas blesse éventuellement, c’est dans une mise-en-scène datée, avare en money shots et incapable d’iconiser son monstre de fer, et dans ce recours à des bruitages malheureux, échappés de Star Trek ou d’une Série B de SF des années 50. Le bulldozer se retrouve donc à faire des « bip bop bip » comme si quelqu’un venait de tirer la chasse de l’Enterprise, et il faut bien dire que ça éloigne un peu l’ensemble de la plausibilité. Rien de bien grave cependant, Killdozer ayant suffisamment de muscles par ailleurs pour pouvoir bomber le torse et continuer de parader aux côtés de ses cousins montés sur roues, comme Enfer Mécanique ou Christine. Il ne les dépassera pas, mais il foutra son petit boxon sur les pistes tout de même.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jerry London
  • Scénario : Theodore Sturgeon, Ed MacKillop
  • Production : Herbert F. Solow
  • Pays: USA
  • Acteurs: Clint Walker, Carl Betz, Neville Brand, James Wainwright
  • Année:  1974

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