Happy Birthdead 2 You (Happy Death Day 2U)

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Lorsqu’il s’agit de prendre une part du gâteau, même d’anniversaire, Jason Blum n’oublie jamais de se resservir. Et le voilà déjà en train de rallumer une bougie pour le bien de sa nouvelle franchise Happy Death Day, croisement entre le slasher et Un Jour Sans Fin, ainsi que succès surprise pour sa firme Blumhouse. Mais si le premier apportait un vent de fraîcheur bienvenu, ce second volet déploie déjà une petite odeur de renfermé…

 

 

 

Rappel des faits : blondinette au caractère de chien, Tree (Jessica Rothe) se retrouvait enfermée dans une boucle temporelle lui permettant de revivre encore et encore le jour de son anniversaire. L’ennui c’est que c’était ce jour précis qu’avait choisi l’un de ses proches pour la faire passer de vie à trépas, un mystérieux meurtrier la zigouillant encore et encore, Tree se réveillant après chaque décès dans le lit de Carter (Israel Broussard), gentil geek dont elle tombe amoureuse au fil de ses résurrections. Ce ne sera qu’au prix de nombreuses morts supplémentaires et d’une enquête rondement menée que la mamzelle parviendra à découvrir son assassin. Devenue un meilleur être humain dans le même temps, elle parvient finalement à se sortir de cette journée maudite et peut enfin voir le tant désiré lendemain. C’est là que débute Happy Birthdead 2 You (2019), suite déboulant à peine une année et demie après le premier chapitre : Ryan (Phi Vu), colocataire de Carter, se réveille lui aussi dans une matinée déjà vécue auparavant, et surprise il se fait lui aussi trucider par un assaillant portant un masque de gros bébé hilare. Légitimement paniqué et peu ravi à l’idée de se faire planter jusqu’à plus soif, il se confie à Tree, qui comprend immédiatement que la boucle est passée de sa petite personne au meilleur copain de son nouveau mec, Carter et elle filant désormais le parfait amour. Plus sympathique que jadis, elle accepte d’aider Ryan, découvrant que le malotru prêt à lui transpercer le coeur d’un bon coup de couteau n’est autre que… Ryan lui-même. Mais un Ryan d’une autre dimension, que l’engin qu’il a fabriqué lors des cours de science pour ralentir le temps a propulsé dans notre cours du temps. On vous le donne en mille, alors qu’elle pensait avoir laissé ses ennuis derrière elle, Tree se retrouve à son tour projetée dans un flux temporel différent… et doit tout reprendre à zéro.

 

 

Happy Birthdead premier du nom était une bonne opération pour la maison du père Blum, pour lui comme pour nous. Le vieux Jason ajoutait un succès de plus et pouvait dormir l’esprit tranquille, sachant que ses comptes se portaient encore un peu mieux depuis qu’une teen agaçante périssait des dizaines de fois pour faire loler son audience. Et cette dernière se trouvait donc face à un petit slasher sans prétention aucune, si ce n’est celle de faire passer un moment agréable, but qui faisait plutôt défaut à la firme Blumhouse jusque-là, celle-ci étant plutôt connue pour ses très sérieux Insidious et American Nightmare. Tout le monde était donc content, et il ne fallut pas attendre bien longtemps pour que Christopher Landon, réalisateur du premier opus, annonce qu’il allait vite organiser une deuxième fête d’anniversaire pour la pauvre Tree. Pourquoi pas, après tout ? Le principe du saut dans le temps répété marié au cinéma horrifique, s’il n’a rien de neuf (Triangle et Timecrimes sont déjà passés par là dans les années 2000), promet suffisamment de délires pour que l’on ne trouve rien à y redire. Et on croit tout d’abord à la bonne forme de cet Happy Death Day 2U, qui mise sur la connaissance qu’à son public du précédent chapitre puisque c’est un second rôle que l’on suit au départ. Tree ne serait-elle plus le centre de l’attention et deviendrait un secour à d’autres personnages, auxquelles elle refilerait malgré elle sa malédiction ? Le principe est séduisant et pourrait être déclinable à l’infini, et bien utilisé il y a matière à torcher de beaux slasher où tout est permis, puisque personne n’y meurt jamais vraiment. En outre, c’est une belle occasion de mettre en avant les silhouettes croisées encore et encore dans le premier film, de les épaissir un peu et de faire connaissance avec des figurants souvent charmants. Manqué ! Landon étant trop attaché à sa Tree (à moins qu’il pense que les fans ne sauront s’enticher de quelqu’un d’autre?), il est décidé de la renvoyer à ses malheurs après vingt minutes de film. Si l’idée séduit au départ, avec une Jessica Rothe bien sûr de retour (comme le casting tout entier) et drôle dans sa fureur de voir les compteurs remis à zéro, le principe montre rapidement ses limites.

 

 

Tout le sel d’Happy Death Day est bien sûr dans la redondance que doit supporter son héroïne, forcée de se retaper les mêmes dialogues, les mêmes soucis, et bien sûr le même maniaque lancé à sa poursuite. C’est de la fatigue morale de Tree dont surgit l’humour, l’absurdité de la situation. Un beau concept, mais qui devient dangereux une fois étiré jusqu’à une séquelle : désormais, ce n’est plus la cocotte qui en a marre de revivre les mêmes scènes, c’est le spectateur. Et le fait que Landon décide de modifier la réalité telle que nous la connaissions – les rapports entre les personnages étant changés dans cette dimension parallèle, et le meurtrier de l’original n’a donc plus la même identité – n’y fera rien : nous sommes tout simplement fatigués de voir Tree discuter encore et encore des mêmes problématiques avec ses potes, ses parents ou ceux qu’elles suspectent de vouloir la précipiter dans la tombe. Certaines idées scénaristiques sont bien trouvées (ce n’est plus Tree que vise la face de poupin, mais le coupable du premier volet), mais elles ne suffisent pas à relancer l’intérêt durablement. On se retape donc à peu de choses près le même film, avec les mêmes retournements de situation aux mêmes moments, les mêmes gags à la minute près et les mêmes montages très clipesques (Landon garde une patine très MTV friendly). La seule différence se trouve finalement dans l’épouvante, mise en sourdine ici. Toujours très proche de la saga Scream, et plus particulièrement du deuxième opus, dans sa gestion de l’horreur, Happy Death Day 2U diminue les apparitions de son charismatique bourreau pour mieux mettre la gomme sur la comédie et les aspects SF de l’entreprise. Ca ne déplaira sans doute pas au grand public, mais les slasherophiles tireront fatalement la gueule. Pas de quoi jeter à la corbeille ce petit cake aux pommes éventuellement trop sucré, mais l’entreprise ne s’est jamais cachée de son objectif d’être le feel good movie du genre. Pari à moitié réussi, car si l’aventure n’est jamais déplaisante (si ce n’est lorsqu’elle tente de nous tirer des larmichettes au pied de biche, en vain), elle n’égale malheureusement jamais son aîné.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Christopher Landon
  • Scénario : Christopher Landon
  • Production : Jason Blum
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jessica Rothe, Israel Broussard, Phi Vu, Ruby Modine
  • Année:  2019

2 comments to Happy Birthdead 2 You (Happy Death Day 2U)

  • Roggy  says:

    Dommage que cette suite ne soit pas à la hauteur, car le premier opus reste une très bonne surprise et une réussite du genre.

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