The Boogens

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Tous les joueurs de Minecraft vous le diront : à creuser trop profond, on finit par déterrer des saletés. Pareil dans The Boogens (1981), délicieuse Série B par trop méconnue dans laquelle quelques mineurs cassent leurs pioches sur de petites créatures tentaculaires, du genre à servir d’animal de compagnie au père Lovecraft.

 

 

De toute évidence, The Boogens fut une bonne opération pour James L. Conway. Non pas parce que cette petite production changea le cours de sa carrière, déjà bien lancée à la télévision, où le réalisateur continuera d’officier, mais parce que sa vie privée prit un tournant sur le plateau de ce monster movie souvent oublié. C’est en effet sur place qu’il rencontrera sa femme, Rebecca Balding, avec laquelle il fera un bout de chemin aussi bien dans le privé que sur les écrans, les tourtereaux bossant par exemple main dans la main dans la série Charmed. Comme quoi, on peut trouver de belles histoires dans les contes les plus sombres… Ici celui d’une mine cachée dans des montagnes enneigées, jadis le théâtre d’un triste coup du sort, des dizaines de mineurs se retrouvant enfermés dans une caverne, où il périront. Plus de trente ans plus tard, quatre hommes sont payés pour aller y faire des prélèvements et rouvrir la mine, ignorants qu’ils sont que leur arrivée et la dynamite qu’ils utilisent va réveiller une horreur cachée dans les tunnels… Et qui payera les pots cassés ? Roger et Mark, les deux plus jeunes de l’équipe, qui ont loué un chalet non loin des lieux pour pouvoir profiter de leurs flirts, Jessica et Trish. Niveau trame – rédigée par le futur scénariste de Rush Hour – on nage en plein creature feature, avec ses vilaines bêtes lancées à la poursuite de la faune habituelle du genre : les petites mignonnes que l’on scrute sous la douche, leurs copains aux falzars enflammés, le chien de la famille et les vétérans (ici Med Flory et John Crawford), venus finir doucement leur longue filmographie en affrontant des bestioles que le zoo de Vincennes ne proposera jamais à ses visiteurs. Sur le papier, pas de raison de s’extasier outre mesure, en somme. Mais à l’écran, c’est différent. Très différent.

 

 

Ce qui empêche The Boogens – titre relativement mal choisi puisqu’il laisse imaginer une comédie horrifique pour les bambins à la The Willies – d’être classé avec le tout-venant du genre, et donc d’être rangé aux côtés des films de monstres « sympas sans plus » comme l’époque en pondait treize à la douzaine, c’est le savoir-faire de son auteur. Car Conway n’est pas l’un de ces artisans interchangeables et dénués de style comme les Charles Band et Roger Corman se plaisaient à les embaucher dans leurs Empire ou les faire monter dans leur Concorde, et The Boogens n’est pas un carnaval rigolard balançant des gloumoutes toutes les cinq minutes à l’écran pour mieux enchaîner les gags cartoonesques (même si on a rien contre ça par ici, vous le savez). Loin de l’épouvante fast-food où l’on vous sert un streum sur un plateau en espérant que vous déguerpirez vite fait bien fait une fois votre rototo envoyé, l’entreprise prend le parti de traîner en cuisine, de faire durer l’attente et monter les espoirs d’avoir un buffet de roi dans l’assiette. Les créatures ne pointeront donc le bout de leur museau que lors du final, se contentant avant cela d’apparitions éclaires, la caméra se substituant a leur vue tandis que des bouts de tentacules ou quelques griffes viendront déchirer de la chair humaine. Frustrant ? Jamais, car Conway n’est pas un manchot et sait y faire lorsqu’il s’agit de créer une atmosphère creepy et jongler avec un suspens particulièrement efficace, la vieille tactique du less is more semblant taillée pour lui. Longues, les séquences visant à créer la peur n’hésitent jamais à traîner en chemin, à coller aux basques des personnages dans tous leurs mouvements, les suivant d’une pièce à l’autre. Quitte à ne rien montrer pendant plusieurs minutes, et certains pesteront sans doute que le film met une bonne demi-heure à se lancer véritablement. Mais c’est le temps qu’il faut pour prendre par surprise, et nous attaquer par derrière alors que l’on ne s’y attendait plus…

 

 

Rendons tout de même à César ce qui lui appartient : tout bien troussés soient-ils, les passages horrifiques n’auraient pas la même puissance si les protagonistes sur lesquels lorgnent les monstruosités des caves n’étaient pas aussi attachants. Bien que simples – après tout ils ne sont que des braves jeunes gens dont le but est de se rouler dans les draps de lit pour y faire la bête à deux dos – ils sont parfaitement campés par des comédiens à l’aise (et pour certains échappés du slasher, Balding se retrouvant dans le très bon The Silent Scream et Anne-Marie Martin ayant dansé au Bal de l’Horreur) et joliment croqués. Les filles sont pétillantes et ont du faire rêver quelques ados dans les années 80, les mectons sont de braves gars qui évitent de se comporter comme des demeurés, et les vétérans esquivent les rôles des vieux emmerdeurs. Et surtout, ils sonnent tous naturel. C’est peu dire que l’on ne souhaite aucun mal à cette petite troupe, pas plus qu’à leur petit chien, étonnamment mis en avant. Pour sûr que Conway savait que son audience allait s’attacher à la boule de poil, dont on craint évidemment pour la vie… à raison. D’ailleurs, sans avoir recours à du gore trashos à l’allemande, The Boogens fait plutôt mal lorsqu’il se décide à taper, égorgeant ou défigurant de pauvres gens qui n’en méritaient pas tant. Alors on pourra éventuellement regretter que les monstres ne tiennent pas toutes leurs promesses, ceux-ci semblant presque trop mignons pour un environnement aussi inquiétant que celui de cette mine perdue dans la poudreuse, mais c’est bien là le seul et maigre reproche que l’on adressera à The Boogens, pépite 80’s jusqu’ici trop profondément enfouie pour obtenir un statut culte. Espérons que cela change avec le temps… En attendant, creusez, ça vaut le coup.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : James L. Conway
  • Scénario : Jim Kouf, David O’Malley
  • Production : Charles E. Sellier Jr.
  • Pays: USA
  • Acteurs: Rebecca Balding, Anne-Marie Martin, Fred McCarren, Jeff Harlan
  • Année: 1981
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