Feast

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Si par chez nous la télé-réalité reste principalement l’occasion de sortir de l’anonymat des bimbos plus ou moins stupides, les Américains ont pour leur part bien vite compris qu’il était possible d’utiliser la petite lucarne pour mettre en avant des talents artistiques autre que le marathon de blowjobs dans un jacuzzi. On se souvient ainsi du Battle for Ozzfest de MTV, dans lequel de jeunes metalheads s’affrontaient pour décrocher un contrat discographique. Côté septième art, c’est le Project Greenlight chapeauté par Matt Damon et Ben Affleck qui tire le gros lot en mettant le pied à l’étrier à trois petites personnalités de l’horreur moderne : Patrick Melton, Marcus Dunstan et John Gulager, réunis autour du mal élevé Feast (2005).

 

 

Tout de même, il y a de quoi se poser des questions : alors que chez nous la télé-poubelle – comme on l’appelait il y a une quinzaine d’années, soit avant qu’elle ne rentre dans les habitudes – nous permet principalement de voir des crêpages de chignon entre des narcissiques aux sourires Colgate, aux States c’était un Ozzy Osbourne aviné et sa tribu déjantée ou des concours de scream queens (avec à l’arrivée des rôles dans les Saw VI et 3D pour les winneuses) sur lesquels pouvait zapper l’Américain moyen. Alors certes, ils ont aussi là-bas leur lot de programmes où ça s’engueule dans la love room et baise dans la cuisine – l’inverse est aussi vrai – comme Jersey Shore, mais on sait aussi que ce n’est pas demain la veille que TF1 enverra des apprenties hurleuses devant un jury constitué de Xavier Gens, Julien Maury et Eric Valette pour ensuite leur permettre d’aller se faire couper les orteils à la scie sauteuse dans Frontière(s) 2. Remarquez, le mélange entre horreur et telloche n’a pas toujours donné que des œuvres philosophiques où ça disserte sur le sens de la vie et le goût du thé au jasmin, et si Project Greenlight semble avoir extirpé de l’inexistence des projets tout ce qu’il y a de plus respectables (comprendre des drames), la donne change sacrément avec Feast. Oeuvre de jeunesse d’un trio bientôt impossible à éviter pour qui arpente les rayons de la Série B contemporaine, constitué de John Culager (Piranha 3DD et Children of the Corn : Runaway), Marcu Dunstan (fier réalisateur de l’excellent The Collector et sa suite The Collection) et Patrick Melton (scénariste des Saw 4 à 7 et des travaux de ses deux amis, le plus souvent en équipe avec Dunstan), ce festin n’a rien de la salade vegan, et balance même en guise de sauce plusieurs litres de foutre. Celui de gros mutants aux dents parfaitement limées, partis faire leurs courses dans un bar crasseux et isolé où des rednecks dignes d’un clip de Nashville Pussy et des blondasses aux gros seins sirotent leur bibine, sans savoir qu’ils vont à la fois servir de rumsteak et de poupées gonflables à leurs nouveaux amis…

 

 

On pensera ce que l’on veut de Matt Damon et Ben Affleck, mais on ne pourra sur ce coup pas leur retirer un certain sens de l’humour. Car il en faut pour produire un splatter de sale gosse, dans lequel le sang gicle à coups de geysers et où les monstruosités sortent leurs zobs pour forcer les ploucs à leur faire des pipes très graphiques (la madame recrache ensuite l’équivalent d’un bidon de lait demi-écrémé). On ne voyait pas tout ça dans Will Hunting… Même Wes Craven, pourtant habitué à être crédité producteur sur tout et surtout n’importe-quoi, n’avait pas pour coutume de s’acoquiner avec des délires que n’auraient pas reniés la Troma. Moins d’étonnement par contre à voir les Weinstein au générique, après tout Feast et son attaque de gloumoutes prédatrices sexuelles n’est-elle pas la parfaite biographie du vieux Harvey ? Quoiqu’il en soit, que l’équipe de producteurs soit ravie de l’opération ou non, elle participa à lancer les petites carrières de Melton, Dunstan et Gulager, faites de DTV rarement géniaux (The Collector étant l’évidente exception) mais le plus souvent comestibles. Ce qu’est d’ailleurs Feast, version bis – comprendre plus fauchée et in your face – d’Une Nuit en Enfer : des bestioles qui s’attaquent à un bar isolé, des hillbillies avec le chapeau de cowboy vissé sur le crâne, des cocottes prêtes à sortir la pétoire, de l’action gorasse et un casting de gueules reconnaissables. Qu’on se rassure, la sale trogne de Tarantino ne traîne pas dans le coin, et à la place on croisera un Henry Rollins moins insupportable que d’ordinaire, Jason Jay and Silent Bob Mewes, Balthazar Lost Highway Getty, la petite B-Movies Queen Diane Ayala Goldner de Halloween II version Rob Zombie et Hatchet III, Duane Hobgoblins Whitaker et enfin Clu Le Retour des Morts-Vivants Gulager, père du réalisateur John Gulager. Qui devait sans doute être très fier de son rejeton, celui-ci mettant son papa dans des situations, disons… cocasses. Comme par exemple celle de refermer une porte sur le gros zgeg de l’un des streums (« La bite du monstre est coincée dans la porte ! », meilleure ligne de dialogue des années 2000), la trancher d’un coup de machette et puis shooter dedans d’un coup de pied bien placé. Et on vous le donne en mille, les roupettes gigoteront encore après cela, jusqu’à ce qu’une paire de godasses s’abattent dessus et en fassent de la purée. On vous avait prévenu : Feast est la vilaine farce de garnements ricaneurs.

 

 

Et elle fonctionne, cette farce, en dépit de choix visuels pas toujours très judicieux. A priori soucieux que son premier effort jouisse d’un rythme d’enfer, Gulager fait des dribbles avec son objectif et nous donne la sensation d’être dans un grand huit dès que les monstres déboulent. Pas l’idéal pour profiter de leur joli look, tantôt semblable à un amas de carcasses d’animaux, tantôt plus proche d’humanoïdes luisants dignes des jeux Resident Evil. Mais l’intérêt n’est pas dans la plastique, pas plus que dans un scénario qui serait convenu s’il ne s’amusait pas à éliminer les personnages les plus héroïques (et même un gosse) dès l’entame ; il est dans l’état d’esprit. Dans cette volonté de balancer un maximum de plans dégueulasses (tête éclatée, asticots dans le globe oculaire et autres joyeusetés) et d’être aussi incorrect que faire se peut. Feast est finalement à l’image de sa bande-son, très punk-rock : pas grave si ça joue mal et que quelques pains se font sentir ici et là, c’est l’attitude qui compte. Celle de Gulager and friends nous donne en tout cas envie de jeter un œil par le trou de la serrure pour voir si les Feast 2 et 3, nés peu après ce premier chapitre, conservent cette belle énergie…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : John Gulager
  • Scénario :  Patrick Melton, Marcus Dunstan
  • Production : Michael Leahy, Joel Soisson, Ben Affleck, Matt Damon, Wes Craven
  • Pays: USA
  • Acteurs: Balthazar Getty, Duane Whitaker, Clu Gulager, Henry Rollins
  • Année: 2005

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