L’Empreinte de Dracula

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Gitanes satanistes, sorcières envoyées au bûcher ou à la pendaison, chevalier inquisiteur en guerre contre le Malin, maniaque échappé de son asile hantant les bois et ce bon vieux Waldemar Daninsky, toujours en proie à la terrible malédiction du pentagramme. Yep, on est bien en train de camper dans la sylve de l’ami Paul Naschy, encore une fois parti se coller de la moquette sur les pommettes pour ajouter un chapitre aux aventures du Wolvie Waldy. Et sa recette pas si secrète ne changera guère avec L’Empreinte de Dracula (1973), la bête ne renonçant toujours pas à labourer les jolis minois des vierges paysannes. C’est ce qu’on appelle un relou-garou…

 

 

Eternel recommencement, et donc infini tourment, que la vie du pauvre Waldemar, condamné à renaître et revivre les mêmes maléfices encore et encore, son créateur et interprète Paul Naschy n’en finissant plus, à partir de la fin des sixties, de le rebooter de films en films. Un cas rare de série particulièrement longue, débutée en 68 et conclue en 2004, mais totalement dénuée de séquelles, les différents épisodes pouvant fort bien être visionnés dans le désordre le plus total sans que cela soit gênant. Pratique pour le fantasticophile francophone, pas particulièrement bien servi en la matière, le loup-garou le plus prolifique de toute l’histoire du cinéma étant fréquent dans les bacs VHS, mais nettement plus rare en DVD. Artus s’y est essayé avec le fondateur et superbe Les Vampires du Dr. Dracula (1968) et le moins convaincant (mais rigolo quand même) Dracula Contre Frankenstein (1970), et c’était avant eux les courageux de Seven 7 qui avaient passé une tête dans la niche de l’homme-loup pour en revenir avec La Furie des Vampires (1971) et le présent L’Empreinte de Dracula. En parlant d’eux, il est conseillé de ne pas se laisser avoir par leurs titres plus portés sur les dents longues que sur les poils longs : si une comtesse vampirique fait effectivement son apparition dans La Furie, nulle roussette ne tournoie dans cette plus qu’aimable bisserie de Carlos Aured qu’est L’Empreinte. Aured ou l’une des plus belles forces de la Série B espagnole de l’époque, et un homme auquel on doit d’autres beaux cauchemars Naschiens. Comme le méchant et très slasheresque La Vengenza de la Momia (1973) ou un Horror Rise from the Tomb (1973) à vous décoller la tête. Comprendra qui l’a vu. Dans un cas comme dans l’autre, la méthode est la même : on reprend les grands thèmes de l’épouvante gothique classique, et on tente d’en émuler le style tout en s’autorisant une véhémence accrue. Comme si la laisse de la Hammer cassait et que les momies et autres creatures of the night écrasaient des caboches à la force du poing, gros plans gore à l’appui. L’Empreinte de Dracula ne déroge pas à la règle, et s’il est moins virulent que La Vengenza de la Momia, il confirme tout de même la volonté du copain Jacinto Molina (véritable nom de Naschy, pour les mauvais élèves) de se poser en version extrême de la Universal et de la Hammer.

 

 

Fougueux comme un gamin enfermé de nuit dans un magasin de jouets, Naschy, comme de coutume aux manettes question scénar’, s’adonne à son plaisir premier : mixer les thématiques dans un bordel plus ou moins maîtrisé. Si l’effet était en partie loupé dans le boxon fauché Dracula contre Frankenstein, gros monster mash où se croisaient Vlad Tepes, le vieux Frankie, le tas de bandelettes poussiéreuses, des extra-terrestres et l’inévitable werewolf Daninsky, la donne change heureusement dans L’Empreinte, alias El Retorno de Walpurgis. Plutôt que de mélanger des saveurs trop opposées pour se marier naturellement, le vieux Paulo concentre ses efforts sur une thématique placée sous le signe du bouc. Que de diableries dans la campagne espagnole que parcourt le chevalier Irineus Daninsky, parti faire la bagarre avec un seigneur rival, être cruel parvenu à corrompre des nonnes et en faire des suppôts de Satan. Vous pourrez d’ailleurs faire un jeu à boire des premières scènes de notre affaire, avec à la clé l’obligation de vider un godet chaque fois que le mot « Satan » est prononcé. Coma éthylique assuré après cinq minutes. Reste qu’après une rixe à cheval et en armure proprement ridicule, où les deux adversaires semblent surtout combattre leurs montures, le preux Irineus parvient à décapiter son sulfureux ennemi. Et ne s’arrêtant pas en si bon chemin, il prend quelques hommes avec lui et s’en va attraper ceux et celles qui étaient à ses côtés, brûlant sa sorcière de femme sur le bûcher et tuant par pendaison d’autres demoiselles sous un pont. Une image magnifique captée par un Aured inspiré, mais aussi le début des emmerdes pour la famille Daninsky, qui en ressort avec une malédiction dont ils ne pourront se défaire.

 

 

Les siècles passent et le descendant d’Irineus, Waldemar, profite d’une vie paisible sur son domaine forestier, chassant les loups entre deux repas dans sa luxueuse demeure. Mais un après-midi, alors qu’il pensait plomber le cul d’un lupus, il se rend compte qu’il vient en fait de tuer un homme. Et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agissait de l’un des jeunes garçons d’une tribu de gens du voyage, pas tout à fait ravis que le seigneur des lieux vide des cartouches sur l’un des leurs et pense pouvoir s’en tirer en leur proposant quelques pièces d’or. Eux-mêmes acoquinés avec le Démon, les gitans décident d’invoquer Satan (hop, on vide un godet!) pour lui demander conseil, comme s’il était un simple Julien Courbet auquel on téléphone parce que le prunier du voisin dépasse de son jardin. Reste qu’après être apparu sous forme d’une ombre, s’être fait taillé une pipe et avoir culbuté une ou deux brunes pour s’échauffer, Satan décide que c’est à Ilona, pas la plus moche de la troupe vous vous en doutez, qu’incombera la tâche de séduire Waldemar. Pour mieux l’arnaquer bien entendu : une fois le costaud endormi, elle sort de ses affaires un crâne de loup et lui arrache un morceau de poitrine avec. La justice céleste lui tombera néanmoins sur le coin de la gueule lorsqu’elle tombera nez à hache avec un maniaque échappé d’un asile, le crasseux la découpant en morceaux sans même prendre le temps de se présenter. Pendant ce temps, Waldemar broie du noir : non seulement il ne comprend pas pourquoi Ilona l’a quitté, mais en plus la cicatrice sur son torse prend la forme d’un pentagramme, ce qui fait de lui une pochette d’album de Venom vivante. Son moral remontera lorsqu’il rencontrera deux jolies sœurs dans la forêt. Si la cadette, désireuse de perdre sa virginité avec lui, ne l’intéresse guère, il se verrait bien finir ses jours avec l’aînée. Mais l’idylle sera-t-elle possible maintenant qu’il est marqué par Satan (on s’en ressert un p’tit ?) et se transforme en bête féroce lors des nuits de pleine lune ?

 

 

La réponse est dans la question, mais soyons honnêtes et avouons que l’on ne file pas vers un werewolf movie dans l’espoir d’y puiser des surprises par seaux entiers : on sait que le genre a pour habitude de se finir assez mal. L’arrivée compte moins que le chemin parcouru, et la beauté des paysages traversés. De froides garennes, que la photographie, souvent belle mais à l’occasion un peu terne, transforme en lieux frigorifiés, les feuillages étant quelquefois bleutés. De beaux moments d’un sombre apaisement, avec un Naschy incarnant un Daninsky attachant en noble solitaire, passant le plus clair de son temps à arpenter ses terres boisées, ou s’asseyant sur des rochers attaqués par la mousse. Comme s’il était déjà plus à son aise dans la nature la plus sauvage que parmi des hommes qui lui serviront bientôt de gibier… Aured fait dans tous les cas des merveilles, aussi efficace dans les instants de calme où il laisse l’ambiance, automnale, s’imposer d’elle-même, que dans les excès de fureur de sa bête, plutôt sanglants. Ca ne fait jamais de mal, surtout lorsque ça vire carrément au gore putride, lorsque deux bambins retrouvent dans une grange un cadavre dont quelques vers se font un festin. Certains regretteront éventuellement que l’ensemble ne se distingue pas assez des grandes heures de la lycanthropie, ici reconstruites à la brique près, et la volonté de Naschy a essayer coûte que coûte de devenir le Lon Chaney Jr. du vieux continent joue des tours à L’Empreinte de Dracula, qui se finit moins bien qu’il avait commencé. La faute à des attaques de loup-garou énergiques mais attendues, avec tout ce que cela comporte de villageois de mauvaise humeur et de face à face entre Daninsky et l’être aimé. Rien de déplaisant bien sûr, car Aured sait y faire et nous balance une dernière image bien sentie (on ne vendra pas la mèche). Mais on préférait ces prémices concentrée sur le monde entourant Waldemar que sur le personnage principal lui-même, occasion rare d’en découvrir plus sur les protagonistes généralement mal développés du genre, à savoir des gitans vénérant Satan (un dernier pour la route?) et des suzerains par qui viendra le vice.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Carlos Aured
  • Scénario :  Paul Naschy
  • Production : Luís Gómez et Ramiro Meléndez
  • Titres : El Retorno de Walpurgis, Le Retour des Loups Garous
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Paul Naschy, Fabiola Falcon, Maritza Olivares, Eduardo Calvo
  • Année: 1973

2 comments to L’Empreinte de Dracula

  • freudstein  says:

    Viva espana!!!
    j’ai toujours adoré ce bon vieux paulo (paix à son âme…).
    La plupart de ses films sont des plaisirs coupables que je me regarde de temps en temps.
    Bien sur c’est bien daté,mais la naïveté et le respect que Naschy avait pour les monstres de la UNIVERSAL,fait plaisir.
    Quelques séquences gore et un peu d’érotisme amenant du piquant à ces productions ibériques des années 70.
    en tout cas l’Espagne avait Jacinto Molina et autres Amando de Ossorio,
    par contre en France…pas grand chose.

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