Killing Spree

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Mariage pluvieux mariage heureux, nous dit le proverbe. Avec Killing Spree (1987), ce sera d’ailleurs raining blood puisque le pauvre Tom, sorte de Vercingétorix sous acide, sortira sa boîte à outils à chaque fois qu’il suspectera sa chère et tendre d’écarter les cuisses pour d’autres poilus. De là à dire qu’il en sera plus heureux pour autant…

 

 

Si Mindhunter – meilleure série du moment, faut-il le rappeler ? – et toutes les études se focalisant sur les agissements des tueurs en série ne manquent jamais de nous rappeler que si Ed Kemper et compagnie s’offraient des fellations avec des têtes décapitées, c’était surtout parce qu’ils attiraient autant la gent féminine qu’un verre d’eau fait envie à Gégé Depardieu, il ne faut pas oublier que la plupart des malheureux en amour ne traquent pas l’auto-stoppeuse isolée parce qu’on leur a posé un lapin. Certains utilisent même leur absence de sex-appeal comme base pour leur art. Tim Ritter est de ces romantiques tristounets, de ceux que Cupidon vise en plein coeur lorsqu’une serveuse plus jolie que la moyenne lui apporte ses œufs au bacon, et qui se fait gentiment jeter par celle-ci et ses copines, pas encore prêtes en ces années 80 à laisser leur chance aux jeunes geeks. Alors plutôt que d’aller enterrer les demoiselles dans son jardin après les avoir présentées à sa scie sauteuse, Ritter embrasse sa frustration et l’injecte dans ses œuvres, des Séries B tournées avec les moyens du bord. C’est-à-dire sans moyens, ou presque. Pas de quoi l’empêcher de se réserver une place dans les rayonnages des vidéoclubs, cependant : né en 1967 et donc devenu jeune adulte dans les glorieuses eighties, Tim est arrivé au bon moment. Celui voyant le bon peuple réclamer toujours plus de VHS à ramener à la maison pour le week-end, poussant les vidéoclubs à accepter de plus en plus de micro-budgets, histoire de gonfler des stocks que les majors ne parviennent pas à grossir. Un boulevard inespéré pour les premiers efforts de Ritter, parmi lesquels Truth or Dare ? A Critical Madness (1986) et son pauvre type devenu meurtrier après avoir découvert que sa légitime le trompe gaiement. Petit succès locatif, ce jeu du action ou vérité fera penser au réalisateur que la foudre peut éventuellement tomber deux fois au même endroit, et imagine dès l’année suivante Killing Spree, où les infidélités continuent de transformer les époux honnêtes en de véritables machines de guerre. Problème : le film met cinq années à sortir, la période dorée où tout et n’importe-quoi peut se vendre en plusieurs centaines d’exemplaires touchant à sa fin, les petits vidéoclubs indépendants étant progressivement balayés par ce temple de l’aseptisé qu’est Blockbuster Video, comme son nom l’indique plutôt dédié aux productions cossues. « Les beaux jours où il était possible d’avoir une belle avance de 75 000 dollars pour des petits films comme Killing Spree était terminés, même si nous avions shooté le film en 16mm avec un très bon directeur photo », explique Ritter, forcé de gérer la distribution lui-même. Cinq années de dur labeur, à la maigre récompense économique. Heureusement, Killing Spree est très vite devenu culte dans les milieux autorisés – soit les caves humides où se réunissent les traqueurs de cassettes en fin de vie pour échanger leurs perles – et a même bénéficié d’un nombre impressionnant de sorties pour un film de ce calibre, jusqu’à une sortie au format Blu-Ray. Comme pour rattraper le temps perdu… Faut dire que cette zéderie est un sacré morceau qu’il serait criminel de louper.

 

 

Il y a des jours comme ça où on ferait mieux de rester au plumard, le reste de la journée n’étant qu’une gigantesque tornade d’emmerdes venues vous tacher des pieds à la crinière. Il en sera ainsi de Tom, grand blond de plus de 30 ans donnant une certaine idée d’à quoi ressemblerait Astérix après dix années passées dans un squat envahi par les cafards : à peine rentré chez lui, le pauvre est attaqué par son agaçante voisine, une vioque venue lui tenir la jambe alors qu’il ne rêve que d’un dîner en tête-à-tête avec sa belle Leeza (Courtney Lercara, éternelle victime des années 80, slashée dans Slaughterhouse et Night Ripper!). Pas de bol encore puisque celle-ci, en plus de lui avoir cuit une côtelette de porc, plat que Tom déteste, a invité le soi-disant meilleur ami de son mari à venir passer la soirée en leur compagnie. Sauf que le bonhomme est un vieux pervers ravi de raconter avec force détails comment il fait mouiller une midinette entrée dans la majorité depuis quelques jours à peine. Pas de quoi faire rire Tom, qui devra en prime aller donner du laxatif à sa voisine, venue lui expliquer qu’elle doit chier une brique… et profite que le barbu lui tourne le dos pour voler l’un de ses Fangoria ! De retour à table, Tom découvre que Leeza et le papy obsédé ricanent en douce, comme si le vieux draguait la jeune. C’en est trop, et Tommy fout à la porte le libidineux, pensant fort légitimement qu’il est temps de passer à un jour meilleur. Raté, car le suivant sera tout aussi détestable, l’aéroport dans lequel travaille notre héros se retrouvant avec les comptes dans le rouge, ce qui s’accompagne d’une baisse des salaires chez tout le monde. Moralement épuisé, Tom trouve le coup de grâce une fois chez lui : Leeza a noté dans son journal intime qu’elle s’est envoyée en l’air avec le vieux pédophile, et que tromper son mari avec celui qui fut son témoin de mariage était un vieux fantasme. A bout, Tom, après avoir été distribuer quelques coups de poings sur la plage, profite de l’absence de sa cocotte à la maison et le fait que le pépé débarque pour s’expliquer et lui présenter sa jeune punkette pour prendre sa revanche sur la vie : il décapite la fan des Ramones et frappe encore et encore son ex-best friend avec la caboche tranchée de la gosse.

 

 

Un coup de sang et puis retour à une vie normale ? Ce serait trop beau, et c’est ensuite l’électricien, coupable d’avoir tiré Leeza sous la couette, que Tom doit punir. Et après cela le réparateur de la télévision, puis le facteur, puis le jeune hardos venu tondre la pelouse. Leeza a de l’appétit, on ne peut pas lui retirer. Et puisque Tom en est à faire le ménage dans le patelin, il en profite pour se débarrasser de son envahissante voisine, dont la mâchoire virevolte après un bon coup de marteau. C’est que particulièrement fâché, notre maniaque n’a pas peur de se salir : coup de tondeuse sur le crâne et les mains, bide ouvert à la tronçonneuse, blondinet scalpé avec les pâles trafiquées d’un ventilo, tournevis planté dans le crâne… Ritter cite le beau Pieces espagnol comme l’une de ses plus grosses influences, et ce n’est pas pour rien puisque l’on retrouve cette même volonté d’en foutre plein les murs que celle trouvable dans le slasher de Juan Piquer Simon. La comparaison s’arrête néanmoins là, Ritter n’ayant de toute évidence pas les mêmes moyens que son modèle espagnol, et la rythmique n’a que peu à voir avec celle d’un slasher banal, genre auquel Killing Spree ne se raccroche que très superficiellement. Ici, c’est le psychokiller movie en plein, et c’est aux basques de Tom que nous collerons tout du long, le vieil hippie cradingue étant à l’écran 97 % du temps au bas mot. Pas un problème lorsque l’on a comme premier rôle un Joe Spinnel qui bouffe l’écran, plus compliqué pour le sérieux de l’entreprise lorsque c’est le tout sauf sobre Asbestos Felt que l’on envoie ricaner et grimacer comme un diable devant des mannequins aspergés de sauce cocktail. Difficile dans ces conditions de devenir le nouveau Maniac, même si sur le papier tout y est : la frustration d’un Monsieur-tout-le-monde se sentant incapable de séduire autrui, y compris sa propre femme, les sentiments refoulés, et les explosions de violence particulièrement trash. Mais Ritter n’est pas Lustig, et le jardinet où il tourne toutes ses séquences n’est pas New York…

 

 

Heureusement, les DTV sans thunes peuvent toujours jouer une carte plus compliquée à dégainer pour les productions légitimes : celle du délire absolu. Ainsi, alors que le climat général était déjà sacrément dingo de par le jeu très « autre » de Felt, Ritter fait virer son spectacle vers le zombie flick, les victimes de Tom sortant de terre pour se venger de leur bourreau. Fallait oser. Tout comme il fallait oser cette scène de rêve, jamais vue ailleurs, où la tête de Leeza devient une paire de lèvres géants suçant un crâne, qui se met à éjaculer encore et encore. Pas commun, faut avouer. Le plus drôle dans l’affaire ? Sans doute sa conclusion (et attention, ça va spoiler) : alors que les revenant viennent frapper à la porte de Tom pour obtenir des explications musclées, Leeza annonce à son homme qu’elle ne l’a jamais trompé, et que toutes ces notes dans son calepin étaient des brouillons pour des nouvelles érotiques pour lesquelles elle sera payée grassement. Morale de l’histoire : avant de faire les jaloux et donner des coups de pelle dans le rectum du livreur de pizza pour ensuite l’embrocher dans le salon en lançant un air de reproche à votre petite-amie, vérifiez que celle-ci n’essaie pas d’écrire le prochain succès érotico-prout-prout à la 50 Nuances de Grey pour que vous n’ayez plus à prendre le métro chaque matin. Et plutôt que de passer vos nerfs sur le plombier parce qu’il a reluqué le cul de bobonne en débouchant l’évier, envoyez-vous le divertissant et mieux foutu que prévu (musique ringarde mais entêtante, expérimentations dans le filmage) Killing Spree dans les gencives : c’est pas de l’elevated horror capable de vous faire briller en société, mais c’est de la came cheesy as fuck qui vous lessivera les neurones à coup sûr.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Tim Ritter
  • Scénario :  Tim Ritter
  • Production : Tim Ritter, Al Nicolosi, Joel Wynkoop
  • Pays: USA
  • Acteurs: Asbestos Felt, Courtney Lercara, Raymond Carbone
  • Année: 1987

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