L’Appel d’Azathoth

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A L’Appel d’Azathoth, le fantasticophile de base frétille de la saucisse, forcément. Et le sectateur des cultes anciens répond « Sultan des Démons« , connaisseur qu’il est de la cosmogonie lovecraftienne. Allez donc mirer la quatrième de couv’ et vous aurez belle idée de l’entité qui règne au centre de l’univers, et gouverne au destin de ce fanzine…

 

 

 

N’empêche qu’aujourd’hui, on n’est pas là pour causer Cthulhu, Nyarlathotep et Yog-Sothoth : si L’Appel d’Azathoth est placé sous l’égide du Reclus de Providence, n’allez pas croire qu’il est de ces zines sacrifiés à la tératologie lovecraftienne. Cela viendra peut-être – dans un big dossier sur la descendance ciné de l’écrivain ? – mais en attendant, Lovecraft est ici une espèce de fil conducteur, un simple marqueur, et le guide parfaitement idoine d’un fanzine qui a choisi le saint-patron de ses œuvres : ainsi l’auteur américain hante-t-il le dessous de ces pages (et l’esprit de l’ami Thomas), au point de reproduire quelques belles citations pleine page, d’afficher ici et là de jolis dessins de monstres et d’accommoder la titraille à la sauce Lovecraft : NecronomiTom, Les Chroniques Hallucinées, Les Fanzines qui Hantaient les Ténèbres… On est chez nous quoi, et on n’a plus vraiment envie de partir quand on a franchi le seuil (sans le rôdeur !) de cette nouvelle enseigne.
A l’origine, Thomas Mollon – ou Tom Phénix sur les réseaux -, que les plus informés connaissent obligatoirement puisque le gazier est l’un des big boss du bien nommé Monsters Squad : le très cool site sacrifié à « la planète bis » (mais pas que), dont vous irez découvrir les papelards signés Valentin Sannier, Matthieu Nedey, Pascal Gillon et Thomas en cliquant sur la VHS sur votre droite. Bref, le mec a le démon du stylo et l’amour du « ciné de genre » vissé au corps, chantre de la bonne parole dès qu’il a un clavier sous la main. Par un retournement ironique de l’Histoire, il était donc logique qu’il passât de l’écran au papier : cheminement presque anachronique de ceux qui ont envie de causer cinoche désormais, et qui rassure sur la bonne santé de la presse alternative. Exemplaire, même, de cette noblesse éternelle de la publication « en dur », comme si elle était un point d’aboutissement pour tous les scribouillards de la place, et la médaille durement acquise dans le petit monde de la chronique ciné. Pour résumer, le salut et la reconnaissance par le papier, après qu’on eut peur que l’écran froid avalât tout cru la feuille de chou. Valentin Sannier était l’homme de La Fraîcheur des Cafards, et Matthieu Nedey celui de Cathodic Overdose ; il urgeait donc que notre Phénix prît lui aussi son envol dans la galaxie de la fanédition, convoquant pour ce faire l’ami Pascal Gillon et le sympathique Cédric Valentin. Là encore, le Cédric n’est pas un inconnu pour qui bourlingue sur la Toile : Movie Scope, ben c’est lui, site et chaîne YouTube sur lesquels le mec nous cause de ses coups de cœur de la plus chouette des façons (https://movie-scope.com/) : simplement et sincèrement je veux dire. C’est devenu rare, et c’est encore le cas dans les colonnes qu’il rédigea pour cet Appel d’Azathoth.
Inutile de dire qu’avec une équipe pareille, le fanzine partait sur les meilleures bases possibles : le patronage fameux de Lovecraft, nos trois gaillards à la plume et les enluminures de Nick Mothra (celui de L’Île du Docteur Moreau, fascinant roman graphique dont on vous parlait il y a peu). Le ramage valait-il donc le plumage, et Chris Labarre – maquettiste qui fit ses preuves sur Médusa Fanzine et sur son propre Steadyzine – allait-il sublimer le feu dévorant de cette fine équipe ?

 

Ne tournons pas autour du pot. La forme est belle, c’est clair, au diapason d’une couverture savamment bariolée : un zine tout couleur pour commencer, ce qui devient la règle en même temps et ne surprendra plus vraiment aujourd’hui… Mais vivons avec notre temps et sachons apprécier les bigarrures du matériau, bien agencées par un Mister Labarre dont le style est repérable à mille lieues. Un gage de qualité dans un univers égalisateur et souvent moutonnier. Les lecteurs de Médusa Fanzine ne seront pas dépaysés et y retrouveront ainsi l’empreinte de l’ami Chris, faite d’un maximum d’illus. – dessins et photos – qui forment un patchwork agréable aux mirettes… sans dévorer le texte pour autant. Incise d’un vieux con qui n’y voit plus grand-chose, même avec son binocle à gros carreaux : la police eût été plus grosse que ça ne m’aurait pas dérangé… Mais c’est du détail de mec chiant et râleur. De toute manière, même avec une loupe, l’essentiel reste ce qu’on baragouine, et ce que nos z’amis baragouinent emporte justement l’adhésion car L’Appel d’Azathoth vaut surtout pour son sommaire et l’honnêteté de ses rédacteurs. En 82 pages joliment glacées, la triplette fait briller les flammes de sa passion pour le « genre », ou les genres. Pas la peine de s’étaler dans un trop long édito (il faut avoir quelque chose à dire, sinon il faut se taire), et virage liminaire vers le NecronomiTom ; comprendre un pot-pourri pas pourri de petites reviews – modèle « notules lunaires » ancestrales -, sacrifiées à tout ce qui passa sous les yeux de l’ami Tom : du plus « ancien » The Kiss au tout « nouveau » Ghostland, en passant par l’ignoble Grave (oui je sais, on n’est pas d’accord Tom, mais c’est bien la règle du jeu), le NecronomiTom aligne là dix belles pages de chroniques comme on les aime : carrées de la touffe et franches du slibard – bellement écrites autant qu’informatives.
Oui, c’est bien parti cette affaire, d’autant que Pascal Gillon enquille de suite un gros dossier sur la franchise Fright Night : que ceux qui tripent au mood eighties lèvent la main… Ils sont nombreux et Pascal est de ceux-là, rendant bel hommage au film premier de Tom Holland et à sa suite plutôt bien branlée. Quant aux Fright Night des années 2010, euh… je préfère me taire. Pascal encore, qui vient (re)chanter son amour de la glorieuse décennie en vantant les vrais mérites de la Chuck Norris Connection : au diable les pisse-froid, et vive la Cannon mode Invasion U.S.A., Delta Force ou Portés Disparus (les 3, et surtout le 3 en fait). En sus, le Gillon consacre quelques paragraphes aux bons Dent pour Dent et Sale Temps pour un Flic. Bref, comme un best of Norris fabriqué par un fan du Texas Ranger, qui remet les pendules à l’heure et cloue (un peu) le bec aux détracteurs habituels du gonz’. Merci Pascal.
Et merci Tom pour ce long papier dévolu à la Fantastic Factory : je sais que le projet te tenait à cœur, et qu’il manquait à l’horizon de nos lectures. Oubli réparé donc, d’autant que la firme du duo Brian Yuzna/Julio Fernandez le méritait bien. En un mot, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Fantastic Factory… sans jamais oser le demander. De ces articles fondateurs, qui posent la réputation d’un zine et font la preuve de son sérieux : histoire de la boîte, remise en contexte dans l’histoire du ciné fantastique ibérique, dictionnaire des figures familières de la Factory et passage en revue critique du catalogue – de Faust (2000) à La Malédiction des Profondeurs (2005). Point final… malheureusement, car le label ne vécut pas aussi longtemps qu’on eût pu l’espérer. N’empêche, rien que pour Dagon et Darkness
Puis vient le temps des Chroniques Hallucinées, fabriquées par Tom et Cédric sur le principe du NecronomiTom, mais en plus disert et en plus prolixe : au menu, du pur ciné d’exploitation (KZ9 Camp d’Extermination… très glauque), de la good série B (Jouets démoniaques), du slasher des familles (The Slumber Party Massacre) et des trucs plus hypés genre Dernier Train pour Busan (du bon) ou Hérédité (…). Toute la philosophie de L’Appel d’Azathoth pour ainsi dire, qui trouve son plaisir et le nôtre dans une manière de cinéma multiforme – faite de franches bisseries et de choses plus mainstream qui pourront néanmoins taper dans l’œil… parfois.
Enfin, la péroraison de cet Appel… résonne comme un amour du support puisque Tom Phénix décortique par le menu les zines des copains dans les deux dernières pages : l’âme toujours bienveillante, la plume toujours alerte, le style toujours simple et la passion toujours réitérée pour le cinoche qu’il/on aime. Bref, une profession de foi que ce premier Appel d’Azathoth, dont on attend désormais le volume 2… comme les mille chevreaux attendent l’infâme Shub-Niggurath !

David Didelot

(Pour commander L’Appel d’Azathoth, c’est ici que ça se passe)

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