Sting of Death

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Après tout, pourquoi les swinging sixties ne seraient-elles réservées qu’aux ados aux brushing impeccables et dès lors interdites aux hommes-méduses ? Pour William Grefé, spécialiste du cinoche grindhouse pensé pour les drive-in les plus sales, auxquels il offrit Death Curse of Tartu et Mako : The Jaws of Death, il est évident que les monstres doivent être invités à la fête. Même s’ils la font tourner court…

 

 

Alors que la majorité des faiseurs de Séries B des années 60 et 70 sont désormais en train de servir de Happy Meal aux asticots ou attendent qu’on leur serve leur potée aux petits pois dans une maison de retraite, le pas tout jeune William Grefé, 89 ans à cette heure, continue d’agripper sa caméra pour torcher des invasions plus ou moins monstrueuses. Ce n’est bien évidemment plus la ruée connue dans les seventies, et ses essais sont désormais espacés de plusieurs années, mais 2017 le vit par exemple participer à la série, à priori toujours en tournage, Dawn and the Dead. Pas mal pour un papy ayant déjà donné pas mal d’énergie au fantastique et qui pouvait fort logiquement aspirer à un repos bien mérité. En même temps, si tous les tournages sont comme celui de Sting of Death (1965), on peut comprendre que le bonhomme y revienne : localisé dans les Everglades, et donc sous le soleil de Floride, ce petit creature feature souvent passé sous les radars permit à Grefé de balader son objectif au bord d’une piscine où dansaient de jolies nénettes en bikini. C’est pas du travail à l’usine… mais ce n’est pas le boulot d’un chef étoilé non plus, cette piqûre de la mort étant comme on s’en doutait une tentative fauchée de garder vivace l’esprit déjà mourant de l’épouvante dansante de l’époque. Sting of Death s’inscrit donc dans le sillon des Horror at Party Beach ou The Beach Girls and the Monster, petites bobines laissant les grands scientifiques et les détectives courageux dans leurs labos et postes de police pour mieux aller planter le transat sur le sable chaud, et y boire une tequila avec les vacancières sexy. Et l’effroi de céder sa place à une certaine décontraction, à un esprit plus festif que meurtrier. De là à dire que ça bronze plus que ça hurle dans le coin de paradis que se garde le réalisateur…

 

 

Car là où Horror at Party Beach et The Beach Girls… gardaient un pied enfoncé dans le fantastique des années 50 en se gardant de toute virulence exagérée, Sting of Death frappe plus fort sur la tête d’une jeunesse punie d’avoir trop voulu faire la fête. Et surtout d’avoir refusé à un pauvre bossu de participer à leur petite sauterie en bord de fleuve, l’être difforme étant pour le même prix raillé et harcelé. Difficile de lui en vouloir d’aller se planquer dans sa caverne aquatique, où il a installé des bidules dignes des laboratoires d’Ed Wood, et où il garde des méduses particulièrement meurtrières. Et le voilà à leur contact et après quelques expériences de se transformer en grosse gelée de mer sur pattes, paré à se venger en brûlant à mort les garnements encore en train de siroter des jus d’ananas en remuant du popotin. Ne criez pas au spoiler parce que je vous révèle que le crazy killer est Egon, le pauvre homme à la gueule en biais : si le film imite un peu Scooby-Doo en jouant vaguement avec un certain suspens, celui-ci ne dure guère puisque Grefé vend déjà la mèche trente petites minutes après le début des hostilités, montrant son Egon se changer en mad jellyfish après sa deuxième attaque. L’intérêt du bidule n’étant pas scénaristique, on ne lui en tiendra certainement pas rigueur, surtout si ça peut permettre à l’entreprise de presser le pas. Ce n’est malheureusement pas le cas, et comme tout monster movie de l’époque qui se respecte, ça papote un peu trop dans ce joli bassin, les uns et les autres n’en finissant plus de se demander qui peut bien être ce fou furieux déguisé en gloumoute dont le passe-temps est de ruiner les fiestas des autres, et où est donc passé le creepy Egon. Non, ils ne sont pas très finauds dans le coin, alors que le bossu ne cesse justement de causer de méduses depuis que la pelloche a débuté…

 

 

Si l’on s’emmerde un peu lors des causeries et que l’on est parfois tenté d’enfoncer le bouton « avance rapide » de notre télécommande, force est néanmoins de constater que Grefé fait du reste le boulot. Sting of Death est plutôt bien torché et profite de scènes aquatiques agréables à l’oeil, tandis que la plastique générale du film est supérieure à de nombreuses productions plus cossues de la même époque ; quelles couleurs ! Et même si elles sont désormais aussi ringardes – et donc hilarantes – qu’un épisode du Miel et les Abeilles, ces séquences voyant les teens s’agiter sur de vieux tubes (« Do the jella Jellyfish! Do it now! ») sont suffisamment bien montées pour être entraînantes. Mais la star du show, c’est bien sûr Egon, qu’il soit sous forme de monstre ou avec sa carapace de tous les jours, déjà « monstrueuse » puisqu’il incarne un pauvre gus que l’on pourrait croiser à lorgner sur le fion des pigeons dans le clocher de Notre-Dame. Personnage intéressant de par son côté best-of, puisqu’il est à la fois l’inévitable savant fou, l’assistant disgracieux et la créature assassine. Ses attaques sont par ailleurs plutôt efficaces, Grefé ne montrant au départ que quelques bouts de son anatomie comme une main ou les pieds, utilisant des plans en vue subjectives lorsqu’il s’approche des donzelles, et reprenant même la célèbre scène de la douche de Psychose. Du bon travail, et plutôt méchant qui plus est puisque les victimes ne périssent pas de leur belle mort : méchamment brûlés, ils agonisent un sacré moment avant de retrouver Saint Pierre sur son nuage. On tire d’ailleurs un certain plaisir à voir ces sales gosses (pour rappel, ils ont sérieusement chahuté le pauvre Egon, so fuck them) boire la tasse, le monstre faisant couler leur bateau pour ensuite leur envoyer sur la tronche des méduses extrêmement venimeuses. Enfin, dans le script, car à l’écran on se retrouve avec quatre ou cinq sachets en plastique flottant à la surface…

 

 

Si vous avez déjà entendu causer de Sting of Death, c’est d’ailleurs parce que le streum a un look disons… particulier. Fringué d’une tenue de plongée moulante et sombre, il est décoré d’espèces de guirlandes ou algues en papier, tandis que sa tête est un sac poubelle rempli d’air. Et n’allez pas croire que c’est une manière sarcastique de le décrire : sa tronche, c’est vraiment un sac poubelle dans lequel on aurait fait péter un cheval. Inutile de préciser que ses apparitions en full body, reportée à la toute fin du bazar, valent le détour, surtout lorsqu’il se bat avec une mollesse rare contre le jeune premier du film dans sa caverne secrète. Si c’est de la bestiole mal foutue que vous désirez pêcher, pas la peine de faire tous les étangs de la région, c’est dans celui de Grefé que se trouve le gros morceau de la semaine. Et un B-Movie finalement très correct si l’on sait faire autre-chose à côté lorsque ça blablate dans le vide. Un seul regret : que le vice ne soit pas poussé jusqu’à utiliser la seule méthode efficace pour soigner une brûlure de méduse, c’est-à-dire en pissant sur la plaie. C’était l’occasion de se marrer encore un peu plus…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : William Grefé
  • Scénario :  William Kermin
  • Production : Richard S. Flink, Joseph Fink, Juan Hidalgo-Gato
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Vella, Valerie Hawkins, Joe Morrison, Jack Nagle
  • Année: 1965

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