Cellar Dweller

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Certes, on ne rigole jamais à gorge déployée lorsque la Faucheuse vient labourer dans les champs du fantastique. Reste que certains coups de serpe nous font plus de mal que d’autres. Le départ pour le paradis des monsters makers prit plus tôt dans l’année par le sympathique John Carl Buechler fait partie de ceux-là, de ces blessures pas tout à fait cicatrisées et rendues plus douloureuses par le fait que le bonhomme avait encore quelques beaux projets dans ses tiroirs. Comme son John Carl Buechler’s Frankenstein avec Kane Hodder dans le rôle de la créature, ou ce Wizardream avec Malcolm McDowell et le génial Ernie Hudson. Heureusement qu’il nous reste ses efforts passés, dont Cellar Dweller (1988) est peut-être le plus réussi.

 

 

« Cellar Dweller était fun à faire. Nous l’avons tourné à Rome dans les studios de Dino De Laurentiis, et c’était un hommage aux vieux EC Comics. C’était essentiellement un comic-book qui prenait vie, et des gens se faisaient tuer par un monstre horrible. » De toute évidence, le bonhomme derrière le septième Vendredi 13 n’était pas du genre à se lancer dans des délires analytiques lorsqu’il s’agissait d’évoquer ses souvenirs de guerre. Malgré une apparence un peu bourrue, c’était le plus souvent avec humour et recul qu’il revenait sur ses travaux passés. Il en fallait d’ailleurs pour passer outre le fait qu’un certain petit magicien étudiant à Poudlard était parti se servir en baguettes magiques dans son Troll (1986)… A l’entendre, John Carl Buechler faisait le boulot, ni plus ni moins. Et c’était surtout la perspective de créer de jolies bestioles à l’ancienne, sentant fort le caoutchouc mou, qui lui permettait de sortir de sa couette chaque matin avec le sourire. Rien d’illogique dès lors à le retrouver plus qu’à son tour aux génériques des productions Empire de la grande époque, pour lesquelles il façonne quelques monstruosités planquées dans les chiottes et toute une gamme de poupées maléfiques. Et en rien surprenant de le retrouver aux manettes d’un Cellar Dweller à la fiche technique intéressante : outre quelques fidèles de l’écurie Charles Band comme Jeffrey Combs, présent dans un petit rôle qui lance le hostilités, on notera la compagnie du directeur de la photographie Sergio Salvati, connu pour ses bons soins prodigués aux cauchemars de Lucio Fulci comme L’Enfer des Zombies, Frayeurs et L’Au-Delà. Au script, c’est un Don Mancini caché – puisque crédité sous le nom Kit Dubois – et que l’on pensait incapable de pondre autre-chose que les sanglantes parties de dînette de son bon gars Chucky que l’on retrouve. Enfin, l’ancienne gloire du cinéma classique tombée dans la Série B Yvonne de Carlo, passée des Dix Commandements à American Gothic et Silent Scream, vient apporter un soupçon de respectabilité à ce qui reste majoritairement une entreprise de démembrement de jeunes glands.

 

 

1955. Le génie de la bande-dessinée horrifique Colin Childress (Combs) s’enferme dans sa cave pour y gribouiller les nouveaux numéros de Cellar Dweller, série à l’origine de son succès. Mais peut-être pour y puiser un peu d’inspiration, le dessinateur sort de sa bibliothèque un livre occulte, dont il récite quelques vers qui ont pour effet de rendre vivants ses coups de crayons. Et alors qu’il dessine une pauvre demoiselle en train de se faire déchiqueter par un démon, la scène se matérialise sous ses yeux, à son plus grand effroi. Sans tarder, il décide de foutre le feu à ses planches, mettant un terme à l’existence du monstre sorti de sa mine… mais aussi à la sienne puisqu’il meurt dans l’incendie. 30 ans plus tard, Whitney (Debrah Farentino, mercenaire des séries tv), fan absolue du boulot fait par Childress, revient sur les lieux, changés en une maison d’artistes où ceux-ci pourront déployer leurs talents et se ressourcer, les lieux étant coupés du monde. Si Whitney serre les dents en découvrant que son ennemie de toujours Amanda (Pamela Bellwood, autre habituée de la petite lucarne) vit sur place, elle se réconforte en découvrant les effets personnels de son idole. Y compris le fameux bouquin infernal… Et lorsque la brune entreprend de donner suite à Cellar Dweller pour rendre hommage à son influence principale, le monstre ressort de son papier aquarelle pour faire trinquer les blondes. Le vieux Buechler ne mentait donc pas dans sa courte phrase résumant Cellar Dweller : il sera en effet question d’une vilaine bête sorties des crayonnés et fermement décidée à faire passer un week-end de merde à quelques prétentieux se pensant les nouveaux Picasso. Ce que ne précise pas le réalisateur, c’est que plutôt que de se fendre d’un banal creature feature bien posé sur ses rails, il nous pond une œuvre douce amère assortie d’un franc cri d’amour à la culture pop.

 

 

D’ailleurs, si le film est largement imputé à Buechler, en sa qualité de réalisateur mais aussi de grand chef des effets spéciaux, il serait malavisé de taire l’importance de Mancini sur le projet. C’est qu’on retrouve les ruptures de ton chères au scénariste, qui semble expérimenter sur Cellar Dweller la formule du fun and fears qu’il ne lâchera plus jamais vraiment à partir de Jeux d’Enfant. Sauf que dans le magasin de jouets de Chucky, le mélange se veut autrement plus naturel que dans cette cave poussiéreuse aux contours bipolaires. Ses sautes d’humeur étonnent donc plus que dans le monde tout en plastoc du Good Guy, les meurtres pensés par Buechler s’autorisant des gags très Titi et Grosminet, comme l’apparition d’une banane sur le chemin d’une nana poursuivie par la demonic beast, avec renforts d’onomatopées sonores cartonnesques, pour ensuite virer au gore cradingue. A la fois une Série B assumée et amusante, avec tout ce que cela comporte d’humour noir, de nudité féminine et d’effets à l’ancienne aussi charmants que cheapos, et un film choc vicieux et méchant (ouch, ce final pessimiste au possible…). Le meilleur des deux mondes pour tout dire, aussi déconcertant que cela puisse paraître. Et de quoi faire oublier que Buechler n’est pas le meilleur des réalisateurs, auquel on reprochera surtout de ne pas assez soigner les entrées en scène de son monstre, catapulté un peu platement à l’écran.

 

 

On ne parlera donc pas de boulot particulièrement fin, et certains hurleront devant la vision du monde des arts que Cellar Dweller peint, avec d’un côté la gentille fan de comics à la Tales from the Crypt, volontaire, honnête et intelligente, et de l’autre les peintres, vidéastes et compagnie, prétentieux au possible et dont les travaux sont au mieux ridicules. Un peu simpliste, mais on ne va certainement pas cracher sur une bonne petite videotape faisant tout son possible pour mettre sur un piédestal ces bandes-dessinées à l’ancienne, ici bien utilisées, le meilleur du film étant sans doute ces allers-retours entre une Whitney imaginant des sévices, et leur concrétisation dans le monde réel. Alors non, Cellar Dweller n’est pas un joyau oublié – bien que trop peu commémoré – de la galaxie B-Movie. Mais oui, 666 fois oui, il prouve que l’on a perdu un talent, aussi modeste soit-il, avec la mort de John Carl Buechler. So long, dude

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : John Carl Buechler
  • Scénario :  Don Mancini
  • Production : Charles Band, Bob Wynn
  • Pays: USA
  • Acteurs: Debrah Farentino, Pamela Bellwood, Yvonne de Carlo, Brian Robbins
  • Année: 1988

 

 

7 comments to Cellar Dweller

  • Nazku Nazku  says:

    Oooh ça donne bien envie dis donc, je vais le mettre sur ma liste de films à voir!

  • Mighty Matt  says:

    RIO John !
    Perso je préfère Troll mais à part ça on est d’accord sur l’ensemble de ce Cellar Dweller assez fun et un brin cynique (la scene du happening théâtral quoi…) et puïs cette bestiole bordel ! On dirait JCB avec des poils, des pecs et un Pentagramme sur la bedaine… Tu as vu cette interview oú il dit que tout le monde se fout de lui parce que ses monstres lui ressemblent ?!
    Good chro en tout cas buddy qui synthétise parfaitement le film.

  • Roggy  says:

    Tu m’as donné envie de le revoir ! Bravo mec 🙂

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