President’s Day

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A moins de s’appeler Jason Blum, difficile en ces années 2010 de se faire des couilles en or avec le slasher. C’est d’autant plus vrai concernant President’s Day (visiblement tourné en 2010, sorti vers 2013), Série Z qui fait passer l’expression « tourné à l’économie » à un tout autre niveau puisque personne ne fut payé sur ce massacre on ne peut plus campy. Est-ce que les beaux yeux du réalisateur sans le sou Chris LaMartina valaient ces séances de bénévolat ?

 

 

Si par chez nous se retrouver avec des responsabilités avant la majorité a tout du supplice, l’ado moyen préférant comme de juste passer ses récréations à rouler des patins derrière les buissons plutôt que de devenir délégué de classe, la donne n’est pas tout à fait la même chez nos amis Américains. De l’autre côté du globe, être chargé du menu de la cantine, s’assurer que le bal de promo ne manquera pas de ponch et que les bancs de la cour seront décrottés de leurs chewing-gum en temps et en heure, c’est le summum de la coolitude. Et comme le dit fort justement l’une des mamzelles de President’s Day, « être président du conseil n’est pas une question de politique, mais de popularité ». Autant dire que Barry, semi-geek débarquant à l’école en skate et n’en foutant pas une rame lors des cours, qu’il passe à ronfler, ne risque pas de se faire élire. Ce qui ne l’empêche pas de se présenter, bien que ce ne soit pas dans le but de suivre les traces d’Obama, son objectif étant plutôt de se rapprocher de la jolie Joanna, nouvelle arrivante du lycée, elle aussi en course pour les élections. Mauvais timing pour se lancer dans une campagne cela dit : un maniaque déguisé en Abraham Lincoln tue le temps, et pas que, en démembrant les divers candidats à la hache… La routine du slasher scolaire en somme, avec son assassin parcourant les couloirs où s’alignent les casiers bleus pour abattre les mauvais élèves, pour leur part un pur concentré de stéréotypes comme nous n’en croisons que dans le genre. Gothic girl en guerre contre le monde entier, gamin obèse que les cocottes draguent pour qu’il fasse leurs devoirs à leur place, blondasse obnubilée par sa plastique parfaite, le sportif dragueur qui se tape sa prof, le concierge louche incapable de s’exprimer autrement que par des grognements, et l’inévitable pimbêche persuadée que l’élection est déjà dans la poche. Inutile de dire que tout ce beau monde va pleurer après maman une fois sorti de la salle d’études, le vieux Lincoln, s’il connaît ses classiques et fera bon usage de sa hache pour démembrer du p’tit con, variant les méthodes de torture. Nez cramé au fer à lisser, trophée enfoncé dans la gorge, jumelles zigouillées dans les gogues avec des dizaines de badges et pin’s (!!!), crâne d’un mec fendu alors qu’il offrait un petit cuni à sa nana, manche de guitare encastré dans la bouche, asphyxie au sac plastique et même une tête broyée dans une essoreuse pour serpillière. Une diversité dans le sadisme plutôt bienvenue, alliée à une bonne humeur communicative. Il faut d’ailleurs bien ça pour passer outre un aspect technique à revoir.

 

 

Et oui, en la matière, President’s Day a plutôt tendance à craindre du boudin. La mise en scène est quasiment inexistante, le scénario n’a pas tout à fait la même carrure que celui de Chinatown (mais bon, on ne demandait pas non plus à Graduation Day de tutoyer les grands films noirs à son époque, alors…) et les acteurs méritent globalement leur salaire. Qui pour rappel était de zéro dollars. On s’y attendait un peu vu que les seules petites vedettes sont déjà issues de B-Movies sans lingots d’or planqués dans le coffre-fort, comme le sympathique George Stover (dénominateur commun entre les œuvres du regretté Don Dohler), la peu farouche Ruby LaRocca (Flesh for the Beast, Mummy Raider, Satan’s School for Lust) et Shawn C. Phillips. Soit un vieux pote de David Sterling, par conséquent passé dans une tripotées de Z qui puent souvent du bec (Ghostquake avec Danny Trejo, Ghost Shark, Aliens VS. Titanic, Things 4, Witchcraft 16: Hollywood Coven, Camp Blood 4 et 5), mais surtout connu pour sa chaîne Youtube (Coolduder pour les curieux) où il cause de ses derniers achats de DVD. Pas tout à fait des Jack Nicholson en puissance, même si Stover, si bien dirigé, peut s’en tirer honorablement. Carton rouge par contre à Bennie Mack McCoy IV (ça ne s’invente pas), interprète de Barry, charismatique comme un vieux sparadrap et qui ferait passer le père Seagal pour un tragédien de génie paré à réciter du Shakespeare à Broadway. Heureusement que sa piaule est décorée de quelques posters de Séries B (ya du Brett Piper par ici, ça fait toujours grimper la cote de popularité sur Toxic Crypt), parce que sinon le bonhomme recevrait la médaille du pire final boy/girl jamais passé sur nos écrans. Et celui-ci n’a pas vu que des Jamie Lee Curtis, je peux vous l’assurer…

 

 

C’est donc pas brillant-brillant tout ça, mais conscient des limites de son President’s Day dès les prémices du projet, le réalisateur/scénariste Chris LaMartina dégaine la carte de l’auto-dérision, pour ne pas dire de la parodie. Sachant qu’il ne lui servira à rien d’aller renifler le caleçon de John Carpenter, dont il ne pourra décalquer le style avec de sa petite monnaie et un tournage éclair, et que le côté cru du premier Vendredi 13 n’est plus aussi vendeur qu’à la grande époque, il opte plutôt le nez rouge. C’est pas du Scary Movie, ni même du Club Dread puisque l’on ressent ici une tendresse sincère pour le genre, mais ça ricane doucement tout de même et n’oublie pas que le gus prêt à débourser quelques piècettes le fait dans l’espoir d’avoir un petit spectacle cheesy plein de boobs, de carnages sponsorisés par les sauces Williams et que l’ensemble soit garni d’une ambiance festive. Pari gagné pour le coup, car la bande-son très punk-rock, l’environnement plutôt solaire (le tout fut shooté lors d’un été particulièrement chaud, paraît-il), son rythme enlevé (20 meurtres sur 80 minutes, pas le temps de penser aux impôts !) et le côté rustique des effets gore finit de rendre l’entreprise, inédite chez nous, franchement charmante. President’s Day n’est pas un grand cru du genre, et tient plutôt du soda bon marché. N’empêche qu’il pétille bien en bouche.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Chris LaMartina
  • Scénario :  Chris LaMartina, Jimmy George
  • Production : Chris LaMartina, Jimmy George
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bennie Mack McCoy IV, Lizzy Denning, Nicolette Le Faye, George Stover, Ruby Larocca, Shawn C. Phillips
  • Année: 2010

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