Shock-O-Rama

Category: Films Comments: One comment

C’est peu dire que sur Toxic Crypt on a plutôt tendance à considérer que le sous-genre du film à sketchs tire la langue depuis quelques années déjà… Et que bien des essais considérés comme cultes dans cette catégorie sont plus surestimés qu’autre-chose. Mais lorsque l’on tombe sur un beau porte-manteau, on le dit aussi, à plus forte raison lorsque c’est le vieux copain Brett Piper qui l’a sculpté…

 

 

La langue de bois, Brett Piper il ne connaît pas. Tendez-lui le crachoir et il y a de grandes chances pour que le gazier vous fasse visiter le fond de sa pensée, pas franchement fait de jardins de tulipes où virevoltent les papillons multicolores. Faire un film ? Tout sauf un moment agréable, et lorsque le réalisateur causaille de ses expériences, il les présente comme « d’interminables migraines, du premier au dernier jour ». D’ailleurs, s’il agrippe stylos et caméras, ce n’est pas par envie de marquer le septième art de son empreinte, mais plutôt parce que ce grand amoureux des monstres n’a d’autres choix que de s’y coller s’il veut pouvoir créer de nouvelles créatures. Le plus souvent en stop-motion les bestioles, histoire de rendre hommage au dieu qu’il prie chaque soir, un certain Ray Harryhausen. Quoi de mieux d’ailleurs qu’un film à sketchs comme excuse pour modeler un maximum de monstruosités différentes, qui ne se seraient jamais croisées dans des circonstances plus « classiques » ? Ainsi naquit Shock-O-Rama (2005), selon Imdb un joyeux mélange entre plusieurs projets avortés du bon Brett, et dans tous les cas un joyeux cocktail, aux saveurs variées. Et l’occasion pour Piper de retrouver Misty Mundae, starlette du Z coquin qu’il avait déjà poussée à affronter des spectres sadiques et une nuée d’insectes mutants (pour Screaming Dead et Bite Me!). Pas forcément pour le plus grand plaisir du metteur en scène, car si il s’entendait plutôt bien avec la mamzelle, il reconnaît aussi qu’elle en était à une période de sa carrière où les désillusions poussaient comme les bolets autour des chênes. Facilement irritable (Piper avoue qu’il ne voudrait plus bosser avec elle, de peur de l’étrangler sur un plateau) et déçue de n’être qu’une actrice à visée masturbatoire, perdue dans des softcore rarement fameux, celle qui utilisa peu après Erin Brown comme nom de scène – ça fait moins strip-teaseuse que Misty Mundae, faut bien l’admettre – a une dent très aiguisée contre ses producteurs de l’époque. C’est-à-dire Michael Raso et E.I. Independent Cinema (société produisant aussi du Don Glut, via The Mummy’s Kiss, et du Wynorski, via The Witches of Breastwick), qui l’ont employée dans des DTV visant sous la ceinture comme The Erotic Diary of Misty Mundae ou The Seduction of Misty Mundae. Une situation difficile pour cette éternelle girl next door de la Série B cochonne, mais qui inspire tellement Piper qu’il décide d’en faire le point de départ de son Shock-O-Rama.

 

 

On retrouve donc la Misty dans ce que l’on peut considérer comme son propre rôle, celui de Rebecca Raven, comédienne coincée dans des direct-to-video fétides, shootés en trois jours, sept lorsqu’elle a de la chance. Comme de juste, la cocotte en a ras le derche de n’être embauchée que pour trimballer ses petits seins dans des cimetières aux zombies mal maquillés, tout comme elle n’en peut plus de ces slasher torchés les yeux bandés. Le dernier en date, dans lequel elle est confrontée à une sorte de Leatherface low cost ayant troqué la tronçonneuse contre le taille-haie, est celui de trop : c’est d’un pas décidé qu’elle va retrouver son producteur pour lui annoncer qu’elle ne tombera plus la chemise pour quelques dollars froissés. Faut dire que le nabab n’est pas des plus délicat, lui qui balance sans sourciller que si « un film n’a pas deux filles les seins à l’air dès sa première scène, il ne m’intéresse pas. » Ca a le mérite d’être clair. Sauf que maintenant que la Raven s’en est allée se ressourcer à la campagne dans une bicoque isolée, le producteur manque justement de tétons à filmer. Heureusement que son associé a sous le coude quelques VHS de bandes pas trop mal foutues, dans lesquelles le duo pourra peut-être trouver leur nouvelle beauté. Ils visionnent donc Mecharachnia, qui fera office de premier sketch, récit de la chute dans une décharge d’un petit vaisseau spatial dans lequel vit un alien modèle réduit. Pas tout à fait le visiteur qu’espérait le gérant des lieux (Rob Monkiewicz, habitué du cinoche à Piper), déjà ensevelis sous les emmerdes, surtout celles que lui jette sur la tronche son ex-femme (Caitlin Ross, aussi à l’écran dans Bite Me !), et qui se retrouve face à un envahisseur petit mais costaud. Du pur Brett Piper pour tout dire, car jamais contraire à la comédie (les échanges aigre-doux entre les anciens tourtereaux), fier comme Artaban de balancer de la stop-mo’ des familles (chouette araignée mécanique faite de vieilles bagnoles, tout comme le petit salopiaud from outer space) et pétri de bons sentiments. On l’a déjà vu au travers des autres essais du bonhomme, Piper n’aime pas trop zigouiller son casting, encore moins de façon gore, et a plutôt tendance à miser sur la détente. En la matière, Mecarachnia remplit parfaitement son office.

 

 

Après ce jeu de cache-cache entre les carlingues rouillées, on retrouve la jolie Rebecca en train de profiter de la vie au vert. Pas pour longtemps, car le deuxième sketch est pour sa pomme, et elle y fera la rencontre d’un mort-vivant, l’ancien maître des lieux étant un nécromancien qu’elle ressuscite par mégarde en versant de son sang sur son squelette. Un peu de Hellraiser en entame, le tribut qui va bien à l’oeuvre de Romero pour la suite, et un gros clin d’oeil à Evil Dead pour conclure, Piper mélangeant joyeusement les ingrédients habituels de l’horreur telle qu’elle est connue depuis les années 80. Pas le meilleur de Shock-O-Rama à dire vrai, car trop juché sur des rails menant à une destination connue d’avance, mais Misty Mundae semble bien s’amuser et profite de l’occasion qui lui est donnée d’être autre-chose qu’une petite brune emportée par une tornade saphique. Presque badass, elle fait ici des merveilles et confirme, après ses poussées militaristes à la Rambo de Bite Me !, que la demoiselle était plus qu’une paire de miches. La bonne humeur s’estompe néanmoins pour le dernier chapitre, Lonely Are the Brain, nouvelle vidéo que se matte le producteur de Raven dans l’espoir d’y trouver de la chair fraîche pour ses films érotiques. On l’avait vu via Screaming Dead, voire au travers de Drainiac, Piper peut à l’occasion épouser des points de vue plus sérieux, pour ne pas dire glauques. Rebelote dans cet institut de recherches sur le sommeil, où ne sont bien sûr conviées que des jeunes femmes parfaitement épilées, auxquelles on offre le gîte et le couvert à condition de pouvoir étudier leurs rêves. Mauvais, les rêves en question, sinon c’est pas drôle…

 

 

Mené par la charismatique A.J. Khan (qui connaît bien la Miss Misty pour l’avoir croisée dans Lords of the G-Strings, entre autres soirées chaudes), cet ultime sketch est pour Piper l’occasion de plus de mêler des idées d’ordinaire difficiles à marier. Ainsi, de cauchemars en sombres songes, il nous trimballe tantôt dans un univers cartoonesque, tantôt dans un monde gothique que n’aurait pas renié le Roger Corman de la période Poe. Pendule tailladant une pauvre cocotte, forêt aux arbres morts, brume épaisse, démone fantomatique évoquant Barbara Steele… Brett Piper connaît ses bases et les récite fort bien au fil d’une intrigue pas si éloignée que ça des Griffes de la Nuit, la zoulie Khan finissant par se dire que les cauchemars qui ruinent son repos et celui de ses copines pourrait venir de la doctoresse chargée de les surveiller. Bingo (et spoiler inside), l’infirmière étant à la solde d’un cerveau géant, sorte de mutant ne pouvant s’offrir des sensations qu’au travers des rêvasseries des autres. De toutes les petites intrigues que cache Shock-O-Rama, celle-ci est probablement celle qui aurait le plus mérité de profiter d’un long-métrage tout entier sacrifié à sa cause, tant le principe est original, la créature intrigante et le soin apporté par Piper supérieur aux autres chapitres. En prime, il brise ses habitudes en nous offrant quelques plans gore appréciables (un coeur retiré de sa cage thoracique, une démone fondant à même le sol) et en misant ça et là sur un érotisme lugubre. Pour preuve l’arrivée de cette espèce de succube utilisant sa langue de deux ou trois mètres pour faire un cunnilingus à Khan. Du bon boulot donc, et un nouveau signe que Piper est bien l’un des artisans les plus valeureux du circuit, car ils sont finalement peu à parvenir à s’en tirer avec l’exercice délicat du film à sketchs, dont il signe ici l’un des meilleurs avatars. Ni plus ni moins.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Brett Piper
  • Scénario :  Brett Piper
  • Production: Michael Raso, Michael A. Weiss
  • Pays: USA
  • Acteurs: Misty Mundae, A.J. Khan, Rob Monkiewicz, Caitlin Ross
  • Année: 2005

One comment to Shock-O-Rama

  • Mighty Matt  says:

    L’affiche et le texte dans le book de Damien m’avaient déjà bien motivé mais ta chro et tes trois photos (avec une préfèrence pour celle que tu sais) finissent de me convaincre…
    Je sens que je vais fouiller à droite à gauche pour le trouver celui là…

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