Scarecrows

Category: Films Comments: One comment

Qu’on se le dise, sans l’éditeur so english 88 Films, le fanatique du slasher – meilleur sous-genre du monde, faut-il le rappeler – en serait encore à regarder les pissenlits pousser aux alentours de Crystal Lake. Est-ce à dire que les Anglais ne nous offrent que des plats de rois ? Scarecrows, s’il ne fait honte à personne, tend néanmoins à prouver le contraire…

 

 

Visage méconnu du cinoche horrifique, Ted Vernon est pourtant une personnalité notable de cette galaxie forte en goules vomissant de l’acide et en maniaques limant leur hache sur des ossements de nouveaux nés. Avec ses faux airs de Kerry King (guitariste des thrasheux de Slayer, pour ceux qui n’ont pas révisé leur Petit Heavy Metal Illustré), ce chauve à la grosse barbe trimballe sa bosse dans le milieux depuis un moment maintenant, s’essayant tour à tour à l’art de la comédie (Deadly Rivals, Silent Hunter, Tumors, Zombie Infection) et à celui de la production (Village of the Damned version Carpenter, Bikini Swamp Girl Massacre, Hammerhead Jones). Il y tient d’ailleurs, à son rôle de producteur exécutif : ayant filé 600 000 dollars à William Wesley (Route 666 en 2001) pour qu’il shoote Scarecrows (1988), un budget largement dépassé par le jeune réalisateur, Vernon pique une crise lorsque celui-ci vient lui annoncer que le père de sa petite-amie accepte de mettre quelques billets dans l’affaire et qu’il devra donc lui aussi recevoir un crédit de producteur. Plutôt sanguin et fidèle à son physique de gros bras, le Ted empoignera Wesley et s’assurera par l’intimidation que son blase sera bel et bien au générique, et pas seulement au poste d’acteur. Bonjour l’ambiance… D’un autre côté, vu la tronche du reste de la filmographie de notre virulente boule à zéro, on peut comprendre qu’il se soit accroché à Scarecrows, toujours à cette heure-ci l’une de ses productions les plus présentables, les autres semblant extrêmement Z. Si le budget de cette petite bande sentant bon le vieux ballot ne crève pas le plafond, au moins peut-elle prétendre au statut de petit B correctement troussé. Wesley, s’il ne semble avoir ni le feu ni une inventivité spécialement vivace, emballe en effet son affaire efficacement. Une affaire qui a d’ailleurs bien besoin d’une certaine tenue visuelle pour tenir sur ses deux jambes. Car niveau scénar’, c’est le zéro pointé.

 

 

Ecrit à dix mains – deux scénaristes (Wesley lui-même et Richard Organizm Jefferies) et trois dialoguistes – Scarecrows ne demandait pas un tel bataillon derrière le clavier, et on en vient à se demander ce que tout ce beau monde faisait durant leurs heures de travail. Une partie de Pac-man sans doute. Pas l’écriture d’un vrai script en tout cas, puisque celui couché à l’écran se passe de toute présentation, et ne s’embarrasse jamais à planter le décor, sans trop que l’on sache si c’est par souci d’économie ou parce que le temps pressait. Reste que nous sommes catapultés sans crier gare dans un avion pris en otage par des militaires ayant volé un paquet de fric, et que tout cela nous sera expliqué par la narration d’un présentateur radio. Un peu facile. Et pour la caractérisation on repassera, les deux pilotes (un père et son adolescente de fille) comme les cinq bidasses tentant de s’envoler avec leur magot n’étant que de vagues silhouettes, dénuées de toute personnalité. Au point qu’à côté de ces inertes mannequins d’un magasin de vêtements, les soldats pourtant pas très finauds de Robowar ressemblent aux flics charismatiques de True Detective saison 1. Quoiqu’il en soit, l’un des agités de la mitraillette décide de faire un coup de pute à ses compagnons en sautant du coucou d’acier avec le flouze, leur laissant pour tout cadeau la grenade la plus longue à exploser du monde. Tout le monde survit, mais pas pour longtemps puisque c’est dans un champ d’épouvantails diaboliques qu’ils atterrissent. Direction le slasher fantastique toute, mais qui en aura quelque-chose à cirer ? Les différents protagonistes étant aussi attachants que des noyaux de cerises, il peut bien leur arriver quoique ce soit, ça ne dépassera jamais le stade de la tuerie au mieux pas désagréable à reluquer…

 

 

Heureusement donc que Wesley, s’il n’est pas un Argento en puissance, a quelques capacités, les agissements de ses épouvantails disposant d’un petit côté creepy bienvenu : en plus de vous zigouiller plus ou moins salement, ils récupèrent vos membres pour se refaire une beauté et vous fourre de la paille dans le bide pour que vous deveniez l’un des leurs. Le principe a de quoi séduire, faut avouer. Mais au risque de se répéter, si les potentielles victimes sont inintéressantes, aucun risque que l’on se mette à stresser pour leurs beaux yeux, et si Wesley tente par instants de retrouver l’instinct guerrier de Predator (sorti une année auparavant et influence évidente de Scarecrows), il n’en a pas assez étudié la structure et ne peut donc en récupérer la puissance. Et a la place du bel effet de groupe mis en place par McT, on se retrouve avec d’interminables échanges par talkie-walkie, aucun personnage ne parlant face à la caméra durant les vingt premières minutes. De quoi donner la dérangeante impression que tout cela manque terriblement de vie et d’énergie… Reste les scarecrows en titre, bien mis en valeur, quelques scènes un peu gore et une atmosphère bien rendue. Mais ça ne pisse pas bien loin quand même…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : William Wesley
  • Scénario :  William Wesley, Richard Jefferies
  • Production: Cami Winikoff, William Wesley, Ted Vernon
  • Pays: USA
  • Acteurs: Ted Vernon, Victoria Christian, Richard Vidan, Kristina Sanborn
  • Année: 1988

One comment to Scarecrows

  • Mighty Matt  says:

    L’affiche vend vraiment du rêve !! Typo, ambiance colorée, vieux streum diforme en gros plan…
    Ca donne bien envie…

    Jamais tenté les BR de 88films. C’est de la bonne came ?

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