Pacific Rim

Category: Films Comments: One comment

pacificrimteaser

Avouez, vous les collectionneurs, que ça vous démange. Oui, vous en crevez d’envie. Mais vous ne pouvez pas le faire. Ce serait pourtant si amusant. Mais c’est ainsi, si vous sortez vos figurines de collection de leurs boîtes, elles perdront toute leur valeur… Heureusement, Guillermo del Toro vous venge en jouant avec les siennes, nettement plus grosses…

S’il y a bien un réalisateur qui ne prend pas le temps d’enfiler un bermuda pour aller se tremper les doigts de pied dans sa piscine, c’est bien Guillermo del Toro. Bien sûr, quand on regarde sa filmographie, on se rend compte qu’il lui a fallu cinq longues années pour nous balancer un nouveau long-métrage au geekisme avéré. Mais il serait bien naïf de penser que le mexicain s’est tourné les doigts pendant cette demi-décennie… Tout le monde sait qu’il était censé réaliser Le Hobbit avant de jeter l’éponge et refiler le gnome aux pieds poilus à Peter Jackson et son implication dans l’adaptation des Montagnes Hallucinées de Lovecraft est bien connue elle aussi, mais ces projets n’en sont que deux parmi la malle pleine qu’il trimballe sur son dos. Car le second père d’Hellboy a aussi bossé sur un Tarzan, un Frankenstein, un Docteur Strange, un remake de L’étrange créature du lac noir et s’est lancé dans la production avec Mama, Don’t Be Afraid of the Dark et développe actuellement une série live adaptée de Monster, le génial manga de Naoki Urasawa. Et ce ne sont là que quelques exemples parmi une dizaine d’autres, bien entendu. Un bourreau de travail qui ne semble jamais s’arrêter et trouve même le temps, entre tout ça, de ressortir du placard ses vieux jouets Goldorak pour les faire se bastonner avec Godzilla, King Ghidorah, Gigan et le reste du bestiaire du Kaijū-Eiga. Sans oublier de filmer le tout et d’en faire l’un des blockbusters les plus apprécié de ces dernières années, bien entendu, sinon quel intérêt ?

 

pacificrim2

 

Pacific Rim est un film qui te prend et te balance dans un bain bouillant d’emblée, sans attendre que tu te sois déshabillé. Là où la plupart des scénaristes auraient débuté avec l’arrivée des monstres, qui pour le coup sont des gloumoutes provenant d’une autre dimension et sortant de l’océan Pacifique, pour continuer sur la création de gros robots par les humains pour foutre une grosse torgnole aux envahisseurs, del Toro et son comparse Travis Beacham préfèrent commencer avec un monde déjà bien ravagé. Les fameux robots géants, appelés Jaegers, existent déjà et font du dégât depuis quelques années quand le héros, Raleigh Becket (Charlie Hunnam), commence à devenir l’une des stars du pilotage de Goldorak, avec son équipier de frère. Car il faut être deux pour faire bouger pareil engin, relié aux cerveaux des humains qui doivent mimer ses actions dans la tête de la montagne de ferraille, qui sert de cockpit. Excellant particulièrement à cet art qui demande une synchronisation parfaite, les frères Becket partent confiants à la rencontre d’un nouveau monstre, prêts à lui coller la branlée de sa vie. Mais trop sûrs d’eux, ce sont finalement nos deux pilotes qui dérouillent, Raleigh perdant même son frère dans la bataille, emporté par le démon qui surgit des flots. Déprime, retrait du monde des Jaegers et construction d’une muraille censée protéger les humains des monstres devient le quotidien de Raleigh durant quelques années, avant qu’il reçoive la visite de son ancien colonel, Stacker (Idris Elba, qui était déguisé en chevalier du zodiaque dans Thor et est un habitué de l’horreur puisqu’on l’a vu dans Le Bal de l’Horreur version 2008 et dans 28 Semaines plus tard). Ce dernier vient lui proposer de reprendre du service, le bonhomme manquant cruellement de pilotes puisque la majorité a été bouffée par les monstres. Raleigh redevient donc le pilote de son Jaeger, rafistolé, et, en plus des monstruosités qui débarquent sur Terre, devra affronter ses peurs, des coéquipiers qui ne lui font pas confiance et tenter de se synchroniser avec sa nouvelle partenaire, Mako Mori (Rinko Kikuchi).

 

pacificrim1

 

Avec Pacific Rim, on a très clairement l’impression d’être catapulté dans un gigantesque hommage à la culture pop japonaise. Car pour peu que vous êtes un minimum intéressés à celle-ci, vous reconnaîtrez bien vite du Neon Genesis Evangelion, du Goldorak ou encore du Patlabor dans le camp des gentils et du Godzilla et du Gamera dans le camp des méchants. Des terreurs qui sont d’ailleurs appelées les Kaijus, référence évidente au genre Kaijū-Eiga, littéralement « cinéma de monstres ». Toutes ces références ne surprendront pas grand-monde, le Benicio étant connu pour être l’un des plus gros geeks de la planète, et je ne parle bien évidemment pas de sa corpulence. Un type très cultivé qui va se faire un plaisir de prendre toutes ses influences, de les mixer en petits morceaux pour en faire un cocktail dont lui seul semble avoir le secret. Oubliez les Transformers de Michael Bay, del Toro est bien plus généreux, la comparaison avec Optimus Prime et Mégatron ne tenant d’ailleurs pas, le réalisateur de Blade II portant clairement ses robots géants dans son cœur alors que celui de Bad Boys II semble se contre-foutre des siens. De l’amour, Benicio en donne aussi beaucoup à ses Kaijus, certes les méchants du film, mais de bien belles créatures dont les designs semblent être faits pour que leurs figurines puissent être déposées à coté de celles de Godzilla sans que cela ne soit visuellement choquant. Un bestiaire parfaitement pensé, étudié, doté d’une personnalité, d’une âme, qui semble terriblement vivant et dont on peut deviner le passif. Et ce soin est également amené aux Jaegers, tout aussi beaux et majestueux et dotés d’armes planquées dans leurs carcasses qui ne seront pas sans rappeler les Fulguro-poing et autres Astéro-hache. Car del Toro semble avoir puisé dans ses rêves de jeunesse et ses premiers amours de cinéphage, pour reproduire ici un spectacle qui nous renvoie à la douce époque où nous imaginions des guerres intergalactiques et cataclysmiques, figurines en main.

 

pacificrim3

 

Sans vouloir à tout prix établir une comparaison avec les robots qui se transforment en véhicule (en même temps, vous avouerez qu’il est difficile de ne pas penser à Transformers en matant Pacific Rim puisque ce sont les deux films de robots géants du moment), il faut tout de même remarquer qu’une fois encore del Toro a décidé de partir dans la direction opposée de celle de Bay. Optimus, Bumblebee et le reste de la troupe des bagnoles bougent à toute vitesse, se foutant sur la tronche tout aussi rapidement dans des scènes certes impressionnantes et explosives mais qui ne sont pas toujours lisibles (il faut avouer que le fait que la plupart des robots soient gris n’aident pas à les différencier). Tout l’inverse de chez l’ami Benicio, dont les robots se meuvent lentement (c’est que c’est lourd ces choses-là) et combattent dans des scènes toujours très claires et compréhensibles, à l’exception d’un plan ou deux. Et attention, la relative lenteur de l’action n’empêche nullement les séquences de castagne de décoller et d’avoir un bel impact, celles-ci faisant sans l’ombre d’un doute partie des plus belles vues ces dernières années, le réalisateur rendant palpable la puissance de ses énormes jouets, les rendant plus imposants via des plans mettant bien en valeur les échelles. Mais le plus impressionnant reste clairement le rendu visuel de l’ensemble, d’une beauté à couper le souffle. Difficile de trouver des couleurs aussi chatoyantes ailleurs, Pacific Rim étant un déluge coloré, un véritable manga live, jouissant bien entendu d’effets spéciaux tout simplement parfaits.

 

pacificrim4

 

Mon dieu, aurions-nous en face de nous le blockbuster suprême ? Celui pour lequel nous monterons sectes et orgies, que nous honorerons jusqu’à la fin des temps ? Non, mais ça a failli. Qu’est-ce qui empêche Pacific Rim d’atteindre le statut de chef-d’œuvre absolu ? Son scénario, ma bonne dame, qui est un tantinet trop simple et ne dévie pas des masses du reste de la production de films à gros budgets. On retrouve la plupart des poncifs du genre, notamment dans les personnages constitués du héros déchu, de son rival arrogant, du duo de comique et du colonel sévère. Des personnages bien interprétés mais qui ont un sérieux goût de prémâché, la seule à s’en sortir à peu près étant Mako Mori, qui n’est en rien inédite pour qui a lu quelques mangas, mais qui change un peu par rapport à la production hollywoodienne. Mais l’un dans l’autre, le script ne réserve pas plus de surprises qu’un Battleship par exemple. C’est là que le bas blesse donc un peu, une petite déception d’autant plus étonnante que del Toro n’hésite pas à montrer un monde bien rude, où l’on se fait décimer par les Kaijus tous les quinze jours, quand on ne meurt pas sur la muraille, dangereuse à construire. On s’attend donc à un film visuellement lumineux mais aux thématiques sombres, qui ne se concrétisent jamais vraiment malgré les sacrifices (passage obligé) de quelques personnages. Benicio del Toro nous donne donc un peu l’impression de ne pas oser assez, sans doute emmerdé par des producteurs qui tiennent tout de même à garder un produit vendable, qui ne donnera pas le spleen à ses spectateurs. Ce qui explique sans doute l’ajout d’un humour pas toujours très heureux. Si le duo de scientifique peut faire son effet, Ron Perlman est plutôt embarrassant dans les frusques d’un trafiquant d’organes aliens bling-bling…

 

pacificrim5

 

Attention, malgré cette petite réserve qui ne permet peut-être pas au film d’atteindre les étoiles, Pacific Rim reste tout de même ce qui se fait de mieux en matière d’énorme budget. Le film de del Toro transpire l’amour et est un véritable rêve pour les fantasticophiles, qui n’avaient plus assisté à pareils bastons depuis un bon moment. Et quand on voit la bienveillance que saint Benicio porte à ses monstres, on ne peut que regretter que ce ne soit pas lui qui s’occupe du nouveau Godzilla. Loin de moi l’idée de douter de Gareth Edwards, qui va peut-être faire de l’excellent boulot, disons juste qu’avec le mexicain aux commandes on serait sûrs d’en avoir pour notre argent. Vous imaginez Godzilla et King Ghidorah s’envoyer des souffles atomiques et autres rayons électriques dans un Tokyo en feu filmé par del Toro ? Moi oui et je peux vous dire qu’il y a de quoi bander à s’en déchirer le pantalon ! Allez Benicio, parmi ton petit millier de projets, tu peux bien nous caler un nouveau film de monstres géants, non ? Merci d’avance, l’ami !

Rigs Mordo

 

pacificrimposter

 

  • Réalisation: Guillermo del Toro
  • Scénario: Guillermo del Toro, Travis Beacham
  • Producteur: Legendary Pictures
  • Pays: USA
  • Acteurs: Charlie Hunnam, Idris Elba, Rinko Kikuchi, Ron Perlman
  • Année: 2013

 

One comment to Pacific Rim

  • Roggy  says:

    D’accord avec toi le scénario n’est qu’un prétexte à montrer des robots géants et des monstres sous toutes les coutures. Formellement, le film est réussi et généreux à l’image de son auteur.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>