Upgrade

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« Je suis un grand fan du mélange entre la SF et le film noir. Terminator, Blade Runner, ces films qui utilisent la science-fiction et le futur pour raconter des histoires sombres sur des détectives. C’est juste le genre de films que j’aime… » Logique finalement de voir Leigh Whannell lâcher les draps blancs de ses spectres hurleurs et les costumes aux poches pleines de pièges d’un certain Jigsaw pour enfiler la veste de Rick Deckard. Mais sans pour autant tourner le dos au gore, et par extension à une certaine imagerie horrifique. Parce qu’au fond, on ne se refait jamais vraiment…

 

 

Resté caché dans l’ombre d’un James Wan recevant tous les lauriers, Leigh Whannell finit par danser sous les projecteurs au détour d’un Insidious 3 contenant son lot de bons moments, mais qui prouvait surtout que la franchise tenait sur ses deux pattes grâce aux talents de Wan. La donne change-t-elle avec Upgrade (2018) ? Deuxième rejeton du réalisateur/acteur/scénariste, et plongée dans un univers éloigné des maisons hantées et vieux hangars crasseux dans lesquels le jeune homme (42 ans à cette heure, il a donc encore quelques kilomètres devant lui) passait son temps via les Insidious et Saw, cette énième production Blumhouse a le mérite de défricher des territoires nouveaux pour son auteur, ravi comme on l’a vu de s’adonner au crime movie futuriste. Mais ce qui est neuf pour lui ne l’est pas nécessairement pour nous et Upgrade, dans les faits, ressemble surtout à un best-of des blockbusters les plus charbonneux des années 80 et 90. Outre Blade Runner, influence évidente du bouzin comme l’avoue Leigh, nous passerons ainsi sur le trottoir de la renaissance par la vengeance de The Crow, et dans les ruelles de la surpuissance acquise à l’aide d’une technologie de pointe à la Robocop. L’histoire ? Celle de Grey (Logan Marshall-Green, Prometheus et Spider-Man Homecoming), bonhomme à l’ancienne aimant plonger les mains dans le cambouis de ses bagnoles des années 70, et sa copine Asha (insipide Melanie Vallejo, ancienne Power Rangers) largement portée sur les intelligence artificielles et les chasses d’eau qui se tirent toutes seules, victimes d’un accident de la route dans une zone malfamée. C’est d’ailleurs peu dire que nous n’organiserions pas la communion du petit dernier sur place, puisque quatre hommes sortent de nulle-part, abattent Asha et brisent la colonne vertébrale de Grey. Cloué a un fauteuil roulant et incapable de se gratter le nez sans avoir recours aux bijoux de technologies installés dans sa maisonnée, le veuf broie du noir et songe au suicide, sans pouvoir passer à l’acte. Résigné à passer sa vie à fixer le plafond, il revit en voyant arriver son ami Eron Keen (Harrison Gilbertson, vu dans le très « t’as vu mes gros bolides ? » Need for Speed), sorte de Bill Gates puissance 1000 venu lui proposer les services de Stem. Soit une puce électronique qu’il brancherait sur les vertèbres brisée de Grey pour lui permettre de remarcher… et plus si affinités. Comme par exemple toucher du bout des doigt la revanche désirée.

 

 

C’est que depuis qu’il a Stem sous la peau, Grey peut décider de refiler les commandes à son nouvel ami, capable de tirer parti de toutes les capacités de l’être humain, jusqu’à le changer en véritable machine à tuer. Pratique pour aller briser les mâchoires des malpolis venus dégommer sa femme, même si la police, symbolisée par la détective Cortez (Betty Gabriel de Get Out), commence à se questionner sur l’état physique de notre héros, qui continue de se faire passer pour paraplégique pour ne pas mouiller son poto Eron, désireux que ses trouvailles restent secrètes. Vaste jeu du chat et de la souris entre la fine équipe Grey/Stem (capable de parler à son hôte et de le guider dans sa traque), la flic et les méchants pas beaux, Upgrade a pour lui un rythme ne tolérant jamais les pauses-pipis : ça file joliment, il n’y a aucun gras dans la côte de porc, et le risque de mordre dans un nerf est proche du zéro, le film étant tout ce qu’il y a de plus confortable. La recette Blumhouse, rarement prise en défaut : le budget ne crève pas le plafond mais ne se fait jamais miséreux non plus, le tournage est bref (30 jours) et le casting évite les stars coûteuses, mais l’efficacité est le plus souvent au rendez-vous et la technique professionnelle. Whannell semble d’ailleurs avoir à coeur de montrer ce qu’il sait faire, au point parfois de faire d’Upgrade une démonstration de ses talents dans des domaines parfois opposés. Et le voilà de se caler dans un calme Blade Runnerien au détour des passages tout en ambiances dans la bâtisse souterraine de l’étrange Eron, avant de virer à l’échange de politesses façon John Wick, bastons supersoniques et caméra tourbillonnante à la clé. Des changements de vitesses plutôt désarçonnants, en tout cas plus que ces pointes de gore, mais moins que ce recours à l’humour, franchement maladroit. Alors que nous nous habituions à un climat pesant et volontiers dépressif – le futur immédiat ici présenté n’est de toute évidence pas des plus chaleureux – le récit vire lors des affrontements au comique de situation via les mimiques et commentaires d’un Grey peu préparé aux agissements, parfaitement brutaux, d’un Stem sadique. Logique que l’homme soit surpris par ce que la machine lui permet d’accomplir, mais le bouchon est parfois poussé un peu trop loin : on n’attendait pas forcément des mimiques à la De Funès dans notre dose de SF d’ébène…

 

 

Indécis sur le ton à adopter, et peut-être pas courageux au point de mettre la gomme question vigilante hargneux (Grey refuse de tuer ses ennemis, à Stem de s’en charger malgré lui : ouf, la morale est sauve), Whannell nous rappelle surtout que s’il est capable de dégraisser un scénario au point que celui-ci file comme un seul homme, il a aussi tous les problèmes du monde à surprendre son audience. Ainsi, vingt petites minutes suffiront pour deviner la conclusion d’Upgrade, trop concentré sur sa vitesse de croisière pour penser à soigner sa trajectoire. Dommage, avec un peu plus d’audace et en concentrant ses efforts sur les aspects les plus froids du décorum proposé, et en mettant un peu en sourdine ces échauffourées trop bruyantes et ces idées qui colleraient mieux dans la japanimation des années 90 que dans un film live (l’un des mecs éternue un virus mortel pour l’homme alors que d’autres ont des flingues insérés dans les bras), l’auteur aurait pu fournir l’un des meilleurs Blumhouse. A la place, il situe son Upgrade dans la bonne moyenne du studio, mais ne fournit aussi qu’un film de plus dans son déjà large catalogue…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Leigh Whannell
  • Scénario : Leigh Whannell
  • Production: Jason Blum, Brian Kavanaugh-Jones et Kylie du Fresne
  • Pays: USA
  • Acteurs: Logan Marshall-Green, Betty Gabriel, Harrison Gilbertson, Benedict Hardie
  • Année: 2018

2 comments to Upgrade

  • Roggy  says:

    Certes pas la série B du siècle mais une vraie bonne surprise et de bonnes séquences d’action au sein d’un univers plutôt cohérent. C’est vrai, on aurait pu en attendre mieux, au risque peut-être de tomber dans le pensum justificatif à mon sens. Au final, le film reste fun et sympa, pas si mal quoi :).

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