Scream Blacula Scream

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Comme quoi, faut pas croire toutes les conneries couchées sur papier. Ainsi, selon le livre The Golden Turkey Awards, Scream Blacula Scream (1973) serait ce que la Blacksploitation aurait enfanté de pire. Le fond du tonneau, le creux de la cuvette. Alors nous n’irons pas jusqu’à prétendre que le retour du vampire aux sourcils épais comme des hérissons obèses mérite sa place sur le podium. N’empêche que ce second tour de piste dépasse d’une bonne tête le premier.

 

 

Attention, quelques spoilers à suivre, y compris sur le premier Blacula.

 

 

Nous avions quitté le poto Blacula alors qu’il subissait un fameux coup de blues. Lassé de sa condition d’immortel, dépité que sa chère et tendre ne soit plus de ce monde et que sa simili-réincarnation ne soit pas prête à passer ses samedis après-midi dans un cercueil, le black vampire opta pour la suicide solution, pour reprendre un grand penseur. Ozzy Osbourne. Bain de soleil mortel pour l’ancien prince africain, changé en goule ténébreuse plusieurs siècles auparavant par Dracula en personne, mais aussi un repos bien mérité pour un démon d’une autre époque. Sauf que dans les coulisses d’AIP, célèbre boîte branchée B connue pour avoir été le QG de Roger Corman durant de nombreuses années, il se murmure qu’il serait profitable de sortir l’ancien prince Mamuwalde de sa retraite, Blacula (1972) premier du nom ayant rapporté suffisamment de liasses pour qu’une suite soit mise en chantier. En somme, les cendres du blood sucker sont encore chaudes qu’on renverse déjà le cendrier, au détour cette fois d’un rituel. Vexé de ne pas être le successeur choisi pour prendre la relève d’une prêtresse vaudou, l’aussi vaniteux que turbulent Willis (Richard Poltergeist Lawson), écarté au profit de la plus posée et réfléchie Lisa (Pam Grier), décide de prendre sa revanche en invoquant Blacula, sans trop que l’on comprenne vraiment ses plans. Quels qu’ils soient, ils tombent de toute façon à l’eau, le vampire aux énormes rouflaquettes (William Marshall reprend le dentier) n’étant certainement pas prêt à devenir son homme de main ou l’instrument de sa haine. C’est au contraire Willis qui tombera sous l’emprise de la vile pipistrelle, l’ami Blac’ mordant le jeune homme dans la nuque pour en faire son esclave. Le premier d’une longue liste, l’ex-Mamuwalde se taillant peu à peu une petite armée dans la jeunesse afro-américaine. Une question de temps avant qu’il en arrive à Lisa, dont il s’éprend – on sait que les soi-disant princes of darkness sont avant tout des coeurs d’artichaut – tandis que le boyfriend de celle-ci, l’ancien flic Justin (Don Mitchell, de la série Ironside), commence à se poser des questions sur ce poli mais étrange Mamuwalde. Faut dire que le mecton attire l’attention, lui qui débarque avec sa cape cramoisie et son savoir encyclopédique sur l’Afrique. Et pour cause : il y a vécu, contrairement aux historiens qu’il croise, et auprès desquels il corrige quelques approximations…

 

 

Alors que William Crain, réalisateur du premier Blacula, ne tirait parti de l’arrivée dans les années 70 d’un original monster au fond très à l’ancienne qu’à des fins visuelles, puisqu’il se contentait de troquer les vieux cimetières et châteaux isolés contre des ruelles mal éclairées et des usines désaffectées, Bob Kelljan prend la franchise par le bout opposé. Déjà en bons termes avec les chauves-souris atterrissant dans le monde moderne, puisqu’on lui doit les deux Count Yorga, Bobby ne tourne jamais réellement le dos au folklore vampirique vu que l’intrigue de son film (rédigée par les scénaristes du précédent volet) ne quitte jamais les manoirs luxueux, de ceux dans lesquels pourrait se dessiner la silhouette de Christopher Lee. Ce n’est certes pas de la Hammer, mais la relative frigidité visuelle du chapitre initial, dont les couleurs évoquaient la froideur de la tôle et la grisaille du béton, laissent place à un bois plus chaleureux et évidemment plus classique dans la mythologie du vampire. La petite touche « actuelle » (de l’actuel d’il y a plus de 40 ans, on se comprend) se trouvera plutôt dans les interactions entre Blacula et la jeunesse à laquelle il s’attaque. Prostituée l’invitant à passer un quart d’heure torride en sa compagnie – le vampire ne comprend pas où elle veut en venir -, souteneurs typiques des seventies sortant des ombres pour racketter notre monstre – il usera de sa force pour les envoyer se faire foutre -, et le fameux Willis, vampire malheureux parce qu’il ne peut plus admirer son reflet dans la glace. « Un homme devrait être capable de voir son visage ! » précise-t-il, dépité et plutôt désobéissant aux ordres de son nouveau maître, pour sa part perplexe en voyant son jeune bras droit prêt à aller parader et montrer ses belles canines à ses petites copines. Les codes ont changé, et Scream Blacula Scream tire le meilleur parti possible du décalage entre la retenue et la politesse naturelle de Mamuwalde et la frivolité de certaines de ses futures goules.

 

 

Moins intéressants sont fatalement Justin, le bon héros qui se questionne à juste titre, et Lisa, habituelle demoiselle belle mais pas conne, seulement notable parce qu’elle permet à Pam Grier de s’éloigner de son rôle de badass girl pour devenir la jeune fille en péril. Une mission dont elle s’acquitte sans difficultés, prouvant qu’elle est une comédienne plus complète que ses Women in Prison, où elle s’auto-parodiait d’un séjour en zonzon à l’autre, laissaient sous-entendre. Mais il est bien difficile pour tout ce beau monde de lutter face au magnétisme de William Marshall, trop souvent oublié dans le registre des vampires on screen mais pas forcément très loin derrière les Lee et Lugosi question charisme. Outre la personnalité toujours intéressante du personnage, constamment tenaillé entre son envie de redevenir un humain aimant et sa soif de sang, et le fait qu’il combattit l’esclavage en son temps et devient un esclavagiste lui-même, on notera que Kelljan redouble d’efforts pour travailler ses entrées en scènes. Pari réussi, que ce soit lorsqu’il flotte, l’air plus diabolique que jamais, dans un couloir ou qu’il apparaît alors que des portes-fenêtres s’ouvrent d’un coup de vent. Beau suspense horrifique d’ailleurs que celui de Scream Blacula Scream, globalement plus efficace que son aîné, avec quelques séquences en vue subjective annonçant les slasher à venir, ou cette belle séquence de la victime se recoiffant devant la glace et ne voyant pas que Mamuwalde s’approche derrière elle. Et belle séquence finale, chaos lors duquel les forces de l’ordre se bastonnent à coups de pieux avec les vampirettes de Blacula, tandis que celui-ci tente de se faire exorciser à l’aide de pratiques vaudou pour faire déguerpir le mal que Dracula insuffla en lui. Un échec, et pris de colère, celui qui tentait d’empoigner à nouveau son humanité hurlera « Je ne suis pas Mamuwalde, je suis Blacula ! » Belle conclusion pour ce monstre mineur mais attachant du cinéma d’horreur, dont les méfaits sont loin d’être aussi honteux que ce que certains veulent bien dire. Le pire de la blaxploit’ ne se trouve définitivement pas ici…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Bob Kelljan
  • Scénario : Joan Torres, Raymond Koening, Maurice Jules
  • Production: Samuel Z. Arkoff, Joseph T. Naar
  • Pays: USA
  • Acteurs: William Marshall, Pam Grier, Don Mitchell, Richard Lawson
  • Année: 1973

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