Flesh for the Beast

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A croire que certains étaient des couteaux suisses dans une autre vie. Terry M. West est de ceux-là, lui qui gagne surtout sa vie de petits romans horrifiques mais se fait aussi à l’occasion producteur, scénariste, monteur, photographe, réalisateur et acteur (de ses propres œuvres, mais tout de même…). Plus connu pour ses Séries B, pour ne pas dire Z, pleines de zolies fifilles en string et la poitrine à l’air, le bonhomme décida un jour de quitter les draps de satin de l’érotisme saphique pour voir s’il n’y a pas de jolies cicatrices à se faire dans l’abattoir du splatter movie. Mais comme on ne se refait pas, Flesh for the Beast (2003) ne manquera jamais de retourner se glisser dans les couchettes de fantômettes dénudées…

 

 

C’est difficile à croire, mais il semblerait que l’on puisse se lasser des plateaux de tournage où flottent les plus jolies comédiennes de la production sexy du début des années 2000. Vous avez bien lu, Terry West semblait en avoir ras la casquette de croiser la divine Misty Mundae dans le plus simple appareil, ou de converser avec une Darian Caine venue du hardcore et dès lors pas farouche lorsqu’il s’agit de faire déchirer son string. Faut dire que le West n’avait pas compté ses efforts question softcore fantastique, puisqu’il enchaîna en trois petites années six productions surtout constituées de caresses intimes. Des titres explicites comme The Sexy Sixth Sense (2001), avec moins de gosses qui voit des gens morts partout mais plus de strip-teases de grosses coquines, Witchbabe: The Erotic Witch Project 3 (2001) qui surfe plus ou moins adroitement sur le succès d’un certain found-footage avec une sorcière des bois, ou son bien connu (des cinéphiles déviants, du moins) The Lord of the G-Strings: The Femaleship of the String (2003), version cheap, cuir et nibard des gros bottins elfiques de Tolkien. Tout un programme que souhaite délaisser le wild wild West pour de l’épouvante plus sérieuse, qu’il touche du doigt avec Flesh for the Beast, film situé dans une maison hantée dans laquelle six chercheurs en paranormal sont invités pour y découvrir qu’un trio de succubes meurtrières y séjourne. Une sorte de multiplication par trois du principe des Demon House, avec trois evil bitch from hell qui arpentent les couloirs délabrés d’une bâtisse gothique, usant de leurs charmes pour attirer dans leurs griffes les mâles en rut, qu’elles décortiqueront de manière particulièrement gore : gaillard crucifié au plafond puis éventré, pénis arraché à la main, pauvre mec vomissant ses boyaux… Terry West ne plaisante pas en la matière, et échange effectivement les éjacs faciales contre des douches sanglantes que n’auraient probablement pas reniées le Sam Raimi des débuts. De là à dire que le metteur en scène quitte définitivement les salles de massage avec finition à la main pour celles de torture…

 

 

Car étrangement, alors que le but premier de Flesh for the Beast est de démarrer une carrière purement horrifique – une mission échouée, puisque West ne tournera plus de films après celui-ci, s’en tenant dès lors à l’écriture – Terry épice son gory movie d’une large dose de cul. Comme s’il ne pouvait décidément pas se retenir de prendre sa trique en main, notre auteur situe son joyeux carnage dans une ancienne maison close, où le maître des lieux, un peu trop versé dans l’occulte, sacrifiait à Satan ses filles de joie. Dix plombes plus tard, les putains du diable sont toujours sur place et utilisent bien évidemment leur plastique impeccable pour tirer les chasseurs de fantômes au plumard, les tringler un bon coup puis les liquider salement. Sur le papier, pas de problèmes pour le bisseux moyen, connu pour ne pas détourner le regard lorsqu’un joli fessier traverse l’écran. Mais une fois plantés devant le produit fini, force est de constater qu’on ne ressent jamais l’expérience d’un réalisateur déjà passé par bien des galipettes : les ébats de Flesh for the Beast semblent avoir été shootés par un gamin de maternelle tant ils sonnent fake, avec ces dames qui se frottent sur ces messieurs sans même prendre la peine de leur retirer leurs pantalons. Et comme le tout est aussi émoustillant que de voir Christine Boutin manger langoureusement un banana-split, ces séquences classées X ne font jamais que ralentir encore un peu plus un récit déjà pas très enlevé à la base. Passée une introduction assez sanglante, avec bras coupé et pauvre bonhomme tombant la tête la première dans un corps déchiqueté, cela traînasse plus que de raison, la première partie du bouzin s’en tenant à des errances dans le fameux manoir maudit. C’est long, très long, et surtout peu justifié puisque la caractérisation des personnages n’en profite pas spécialement, chacun étant résumé à un trait de caractère : le vieux gars à la cool, le chef de la bande protecteur, le petit jeune venu voler des bijoux, le type sans personnalité auquel on refile un bonnet Slayer et un t-shirt de manga pour le changer en geek, le barbu secrètement amoureux de l’héroïne, pour sa part une medium un peu timide. Ca ne pisse pas bien loin, et ce ne serait pas grave si l’ensemble était fun. Ce que Flesh for the Beast n’est jamais vraiment.

 

 

Ce n’est pourtant pas faute d’essayer et de séduire un public jeune en faisant appel à un métalleux pour se charger de la bande-originale. A savoir Buckethead, mystérieux gaillard connu pour rester cloîtré chez lui, et qui donne tous ses concert avec un masque et un seau en carton de chez KFC sur le crâne. Du gros riff dans les esgourdes à l’arrivée donc, et sur lequel le montage tente de s’aligner, accélérant le tempo lors des meurtres, avec gros plans tremblants passant par packs de dix à la seconde. De quoi trancher avec le rythme quasi somnolent du départ, et pas forcément en bien tant ces poussées de violence semblent factices, en plus d’être inesthétiques. Coincé quelque part entre des vieux clips de Cradle of Filth (ceux où des gothopoufs se lèchent et se lacèrent dans des batcaves) et une pelloche extrême venue d’Allemagne à la Nikos the Impaler, Flesh for the Beast ne séduira pas grand monde par ses seules courbes, sa patine du début de l’ère digitale ne plaidant en outre jamais en sa faveur. Ne parlons même pas des acteurs, tant ceux-ci ne délivrent rien, encastrés qu’ils sont dans des personnages de toute façon antipathiques pour la plupart (mention spéciale au boss de la troupe qui, pour traquer du spectre, débarque en marcel comme s’il allait participer à Ninja Warrior). Même Caroline Munro et Aldo Sambrell, vétérans venus prêter main-forte à West contre un petit chèque, ne parviennent à élever le niveau, Sambrell se perdant dans des airs méphistophéliques peu convaincants tandis que Munro semble carrément à deux doigts de piquer du nez.

 

 

Constat amer donc pour cette ultime tentative de Terry West, qui ne semble valoir que pour ses effets gore, cheapos mais généreux et fermement décidés à en foutre partout. C’est la femme de ménage qui a du rire, tiens. Reste que l’on est peut-être pas passé loin d’une vraie belle curiosité, West balançant par mégarde une séquence véritablement réussie à mi-parcours. Celle, plus posée et à l’abri des coups de guitares du metalhead à tête de seau, voyant les trois succubes déchiqueter un corps et se badigeonner la poitrine de son sang, le tout dans un fin brouillard, dans la pénombre et avec un pentagramme dessiné au sol pour tout décors. Minimaliste, avançant au ralenti et garnie d’une bande-son posée et portée sur les ambiances flottantes, cette petite scènette psychédélique laisse imaginer ce qu’aurait pu être Flesh for the Beast. Soit une œuvre à quelques encablures de celle de Jess Franco, cotonneuse, et par instants putride comme du Fulci de la belle époque, et non pas cette bouillie indigeste qui tente maladroitement d’additionner les promenades gothiques de la Hammer à la foire au boudin noir juteux du cinoche gore moderne. Une double déception en somme, que vous pourrez trouver, si le coeur vous en dit quand même, chez Neo Publishing dans un DVD voué à se raréfier années après années.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Terry M. West
  • Scénario : Terry M. West
  • Production: Carl Morano
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jane Scarlett, Sergio Jones, Jim Coope, Ruby Larocca
  • Année: 2003

2 comments to Flesh for the Beast

  • Ghoulish  says:

    J’aime bien ce ‘Flesh for the beast’, même s’il est vrai qu’il manque quelque chose. Le rythme est trop lent et les vraies scènes intéressantes trop rares. Les déambulations des personnages sont interminables. Dommage car il y avait du potentiel avec ce superbe manoir situé du côté de New-York. Sinon, les effets gores sont excellents, avec un gros clin d’oeil à ‘Frayeurs’.
    Belle chronique sinon !

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