Al Filo del Hacha (Edge of the Axe)

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Nous parlions il y a peu de Repose en Paix, l’un des derniers films d’horreur de José Ramon Larraz (1987). L’année suivante, le réalisateur espagnol remettait le couvert avec Al Filo del HachaEdge of the Axe (1988) à l’export -, film encore plus exemplaire des volontés du producteur José Frade : pas très étonnant d’ailleurs que le gars soit crédité coscénariste, et qu’il apparaisse même à l’écran…

 

 

Le film est d’ailleurs le dernier de la collaboration Larraz/Frade, et plus encore que Repose en Paix, Al Filo del Hacha est un film de producteur, qui marche franchement sur les plates-bandes du cinéma d’horreur américain. Il faut dire que cette fois, José Frade a le slasher en point de mire, genre hyper codé s’il en est, et proprement identitaire pour le coup. Bien sûr, les Espagnols ouvrirent parfois la boîte du filon : qu’on pense au plutôt chouette La Lune de Sang du père Franco (1981), au très cool Sadique à la Tronçonneuse de Juan Piquer Simon (1982) ou au très moyen El Cepo de Francisco Rodriguez Gordillo (1982 également) – alias The Icebox Murders dans une manière de titre ultra référentiel… et mensonger. Le slasher ibérique existe donc, même petitement, auquel reviendra d’ailleurs José Ramon Larraz dans son dernier film d’horreur, Deadly Manor (1990). N’empêche que les modèles de toutes ces belles choses sont étasuniens, comme ceux d’Al Filo del Hacha : film tourné sur les terres californiennes (les extérieurs au moins), et coproduction hispano-américaine, ce qui explique une affiche partagée entre acteurs du cru et vieilles gloires du ciné bis espagnol. On retrouvera donc le vétéran Jack Taylor (suspect parmi un camion de tueurs potentiels, et flirtant déjà avec le genre dans El Cepo), la jolie Patty Shepard (dans un rôle très secondaire ici) et la blondinette Alicia Moro (dans la peau d’une prostituée flinguée vite fait bien fait). Hasard des castings et des opportunités : la même année, Patty et Alicia se retrouvaient à l’affiche d’un autre hit espagnol de l’horreur, le fameux Slugs de Juan Piquer Simon… Ces dames ont bien du goût décidément.

 

 

Si l’âge d’or du slasher est passé en 1988, qui brilla comme une étoile filante dans la première moitié des années 80 surtout, Larraz et Frade s’accrochent tout de même aux branches, bien conscients qu’un slasher ne coûte pas grand-chose à fabriquer et que ça peut rapporter gros. Résultat : un scénario cuisiné dans la pâte la plus convenue, qui enquille tout ce dont raffole l’amateur. Le décor ? Une petite ville de la Californie-Nord, Paddock, perdue au milieu des forêts. Les personnages ? Des djeuns sympatoches et dragueurs, des filles jolies et (plutôt) faciles, et un tueur à la hache qui sillonne la contrée, dézinguant consciencieusement le casting. L’intrigue ? Euh… Un policier qui mène l’enquête et ne sait plus trop où donner de la tête. Le dénouement ? Inattendu pour le coup, qui rappelle un peu l’épilogue du très bon The Dorm that Dripped Blood en 1982… Les intégristes comprendront. Voilà pour l’histoire, vaguement désunie dans l’arborescence de ses sous-intrigues, mais carrément acceptable si l’on aime les conventions du slasher, et si l’on passe outre l’insuffisance narrative du film. De toute façon, nous ne sommes pas là pour ça, et les meilleurs titres du rayon n’ont jamais brillé pour leur génie du récit. Al Filo del Hacha ne déroge pas à la règle, sans que le film ne soit désagréable, bien au contraire. Larraz a parfaitement intégré la grammaire du filon et l’applique ici avec zèle : le cadre d’abord, parfait terrain de jeu pour un psychokiller masqué quand tombe la nuit ; rural et sylvestre, avec un lac dans le paysage et le ponton afférent. Toute ressemblance avec un autre film serait bien involontaire… Et puis les codes primordiaux de la forme – caméra subjective qui traque la victime esseulée, bande son métronomique à l’approche du tueur et dégaine théâtrale du psychopathe : le gars (?) est ici affublé d’un masque blanc inexpressif, d’un trench-coat tout gris, de gants en cuir noir et il porte une hache bien aiguisée. En d’autres termes, l’enfant légitime de Michael et de Jason, qui mélange froideur anxiogène de la posture et brutalité fruste des meurtres.

 

 

Enfin, Larraz et Frade ont bien compris que le slasher était d’abord un jeu, dont les règles étaient celles du whodunit (le prêtre de la communauté ? Le flic lui-même ? Le copain du héros ? L’organiste de la paroisse ?), puis une scansion dramatique, une respiration régulière par le crime répété : tel est bien le sel du slasher et d’Al Filo del Hacha, ces moments de bravoure dans le sang et l’angoisse de la future victime. En l’espèce, notre film compte son lot de belles séquences : meurtre pré-générique dans une station de lavage automatique, nana tuée à coups de hache dans la soue à cochons, massacre de Patty Shepard à l’issue d’une course poursuite en forêt… Au point que le body count est plutôt généreux mine de rien : en comptant un porc, un chien et deux cadavres (ou morceau de) retrouvés en sale état : dix victimes au total. Oui, le tueur s’en prend aussi bien aux humains qu’aux animaux dans Edge of the Axe. Les antispécistes renâcleront sûrement – tuer un ado ça passe, mais un clebs, vous n’y pensez pas ! – et les autres en rigoleront franchement… Ajouter enfin quelques fugues un peu gore (doigts coupés à la hache par exemple), et l’on tient là bon slasher de la période, sans génie ni audace certes, mais soigneusement empaqueté par la paire Larraz/Frade. Nous n’attendions pas mieux.

 

 

Bien sûr, il faudra aussi s’enfiler ces jeux d’amour et de dragouille entre des ados un peu chiants (mais l’on a vu bien pire), et supporter quelques portions dialoguées largement inutiles (les déboires domestiques d’un tel ou d’un autre) : les scories du slasher en un mot, inévitables quelque part puisqu’il faut bien patienter jusqu’au prochain meurtre… Quelques seins et quelques culs n’auraient pas été de trop d’ailleurs, mais Larraz semble avoir complètement oublié les attendus de sa prime carrière… Etrange quand même. Pour terminer, mention spéciale au héros, petit génie en informatique et gamer patenté, qui invente presque internet et l’émail pour séduire sa douce… On imagine la fascination du spectateur à l’époque, car nous sommes encore à l’MS-DOS dans les chaumières équipées. Tout cela paraîtra donc exotique aux plus jeunes, qui pénétreront vraiment dans la décennie 80 : celle des jeux d’arcade, des fringues tape à l’œil, des posters à l’effigie de Platoon ou de Max Headroom, et des portraits de Ronald Reagan dans le décor. En somme, tout ce qui fait triper les spectateurs de Netflix aujourd’hui, avant qu’ils ne passent à autre chose suivant les commandements de la hype… Les plaisirs du nouveau Monde paraît-il.

David Didelot

 

 

  • Réalisation : José Ramón Larraz
  • Scénario : Joaquín Amichatis, José Frade, Javier Elorrieta
  • Production: José Frade
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Barton Faulks, Page Mosely, Jack Taylor, Patty Shepard
  • Année: 1988

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