Death Row Dinner

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On ne s’ennuie jamais dans le giron de Camp Motion Pictures, petite boîte bien des années 80 qui sent le vieux croque-monsieur et dont certaines productions flirtent dangereusement avec l’amateurisme le plus crasse. Voir le néanmoins charmant Video Violence pour s’en convaincre. N’empêche qu’on y revient toujours pour de nouveaux coups de dents. On fait bien, car tout braque soit-il, Death Row Dinner (1988) mérite bien qu’on s’enferme derrière les barreaux, car à ses côtés c’est la fête à la prison.

 

 

Il y a ceux qui ne rêvent que de quitter le milieu du porno pour se payer une petite respectabilité à coups d’invasions extra-terrestres et de cocons juteux, et il y a Dennis Wood, alias D3, qui semble s’être servi de l’ultra fauché Death Row Dinner comme d’un tremplin pour rejoindre les orgies californiennes. Difficile de lui en vouloir, toute occasion donnée de se rapprocher du joli fessier de Bree Olson étant bonne à prendre (sans mauvais jeu de mot, on ne mange pas de ce pain-là chez nous). Reste qu’il ne devait pas être désagréable de se retrouver à quelques centimètres de Michelle Bauer non plus, car même si la Queen of the B’s ne nous fait pas l’honneur de tomber la nuisette dans cette taule particulièrement Z, sa classe naturelle (nettement supérieure à celle de ses copines Brinke et Linnea, si vous nous demandez) et son sourire enchanteur font qu’on se fait volontiers prisonniers. Pas sûr que le producteur à succès de bandes tout ce qu’il y a de plus nobles Otis Wilcox (John Content) prétendra que sa visite en zonzon était aussi agréable, lui qui fut accusé dans les années 40 d’avoir assassiné son épouse, Julia (Bauer). Pour ce crime, qu’il n’aurait en vérité pas commis, il est grillé sur la chaise électrique, et ce sans avoir eu droit à son ultime plateau repas. « I’m hungryyyyyyy » (« j’ai faiiiiim » pour ceux qui ont trop séché les cours d’anglais) gueule-t-il d’ailleurs alors que de la fumée lui sort des oreilles. 40 ans plus tard, son studio est revenu entre les mains de sa petite-fille, elle aussi nommée Julia (et toujours incarnée par Michelle), mais de son mari réalisateur Bill Weston (Jay Richardson) et d’un producteur mafieux, qui ont progressivement transformé cette vertueuse maisons des films en une minable gargote, dont ne sort que des low budget tournés avec des moufles par un Weston qui n’en a pas moins la grosse tête. Pas de quoi ravir le fantôme d’Otis, ressorti d’entre les morts par on ne sait trop quel malheur (ou bonheur) pour décimer tout le casting d’une petite pelloche justement shootée dans le pénitencier qu’il hante. Et une chose est certaine : le gaillard a toujours la dalle.

 

 

Amateurs de Fellini, et amoureux devant l’éternel de Bergman, rassemblez-vous donc autour de Death Row Dinner : le premier effort de D3 a très exactement tout ce que vous recherchez dans le septième art. De la subtilité, une maîtrise technique à faire pâlir un Kubrick, des dialogues – que dis-je, des vers !- mémorables et une romance dont Shakespeare n’aurait osé rêver. On blague bien sûr, et l’amicale de Fred Olen Ray et Dave DeCoteau peut rester dans les parages, leur plat favori leur sera servi en temps et en heure : une bonne grosse fondue savoyarde. Cheesy a en crever, ce premier effort de D3 nous met dans le bain dès le logo de Camp Motion Pictures, que l’on jurerait avoir été fait en deux minutes sur le jeu de la Super Nintendo Mario Paint. C’est pas tout à fait la classe à la Universal, mais ça rassurera les franciscains du Z pour qui richesses et septième art ne font pas bon ménage, et qui pensent que c’est dans la pauvreté que se trouve la lumière. En cela, Death Row Dinner est particulièrement aveuglant. Outre une patine que l’on ne pourrait prendre pour du 4K, VHS esquintée oblige, on renoue définitivement avec cette simplicité d’esprit, cette volonté de rire de soi et de virer à la parodie pure. La mise en abyme se fait donc self conscious, et Michelle Bauer semble être la première à se coller devant son miroir pour se moquer de son reflet, tant elle incarne ici le cliché de la bimbo californienne. Celle toujours tirée à quatre épingle, arrivée en haut de l’affiche par piston, mariée à un réalisateur sans que ça l’empêche de jouer les cougars en invitant les jeunes premiers dans sa caravane privée, et surtout une très mauvaise actrice. Tout ce que Bauer n’est d’ailleurs pas, pour le coup, puisqu’elle a souvent évité les spotlights, se satisfait fort bien de sa vie d’épouse aimante et dispose de suffisamment de recul pour savoir prendre sa carrière par le bon bout. C’est-à-dire comme une simple distraction lui apportant un peu d’argent de poche. Inutile de préciser que son beau sourire et l’évident amusement qu’elle prend sur le plateau profitent à Death Row Dinner. Film qui ne manque par ailleurs pas de qualités.

 

 

Bien sûr, le tout est torché à la va-vite, et pourrait même servir d’exemple typique de shot-on-video mal branlé, mal éclairé et dont l’unique décor n’est crédible qu’à moitié (d’où l’éclairage plutôt sombre?). Mais D3 est un malin, et plutôt que de suivre le chemin fait de galets visqueux de Fred Olen Ray en tentant de nous pondre une Série B légitime, il plonge dans la mer de chocolat au lait où flottent des marshmallows d’Hannah-Barbera. Véritable cartoon live, Death Row Dinner n’hésite jamais à plaquer sur pellicule des personnages bigger than life, avec au casting un cantinier déguisé en Elvis, un producteur se baladant avec des fusils à pompe dans son coffre, un clodo-gardien de parking à la tenue scintillante, le réalisateur sadique et gueulard (Jay Richardson est plutôt hilarant dans le rôle) et un monstre qu’un gosse ne parviendrait pas à trouver digne de cauchemars. Parce que le budget général ne lui permet pas d’arborer un maquillage crédible, même s’il dispose d’un indéniable côté dégueulasse, mais aussi parce que tout est fait pour le discréditer en tant que boogeyman. Moins méchant qu’affamé, les quelques efforts auxquels il consent pour paraître dangereux (la scène dans sa tanière, avec des membres arrachés déposés partout) sont très vite écartées pour le montrer sur le trône en train de démouler des gâteaux sec en lisant Fangoria. Pas tout à fait le swag à la Michael Myers. D’ailleurs, ses meurtres ne sont pas plus sérieux, puisqu’il arrache la caboche d’un skateur lorsqu’il passe à proximité, puis donne un coup de raquette de ping pong dans un crâne, histoire de faire rouler les globes oculaires hors de leurs orbites. Fendard, pour le moins.

 

 

Bref, sérieux s’abstenir, et prétentieux se retenir, Death Row Dinner poussant l’absurdité dans ses dernier retranchements, notamment en nous montrant des protagonistes si stupides qu’ils ne se rendent même pas compte des disparitions de leurs petits copains… alors qu’Otis a placé leurs mains coupées dans les sandwichs de la cantine ! Ca délire sec quoi, et ça essaie de le faire vite puisque le tout ne dépasse pas les 65 minutes. La juste durée pour un film de ce calibre, même si l’on ressent ça et là quelques longueurs, notamment dans les dialogues, néanmoins souvent drôles. Chapeau d’ailleurs aux comédiens, loin d’être la crème de la crème c’est certain, mais toujours obligés de débiter trois pages de texte en police taille 8, si possible en une seule prise. Le respect éternel leur sera dès lors offert.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Dennis Wood
  • Scénario : James Golff, Dennis Wood, Salvatore Richichi
  • Production: James Golff
  • Pays: USA
  • Acteurs: Michelle Bauer, Jay Richardson, John Content, Salvatore Richichi
  • Année: 1988

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