Repose en Paix

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De José Ramon Larraz, on connaît généralement les belles œuvres 70’s (Deviation, Symptoms, Vampyres…) ou celles de son retour à l’épouvante au début des eighties (Black Candles et Estigma). Autant de films marqués par un fantastique ambiancé et des donzelles peu farouches, qui font de Larraz (ou de Joseph Braunstein, si l’on préfère son pseudonyme) l’un des réalisateurs les plus intéressants de la période, partagé entre son Espagne natale et l’Angleterre de son cœur. Voilà bien un cas à part dans la bisserie internationale, qui sut varier les plaisirs et les tons dans une filmographie plus riche qu’on ne le dit généralement. Un drôle d’oiseau quoi qu’il en soit, indépendant et inclassable en réalité, lequel refusait d’ailleurs d’être assimilé aux autres artisans de l’épouvante espagnole quand on l’interrogeait sur la cinématographie de son pays…

 

Mais avec Repose en Paix, nous sommes à la fin d’une carrière, au moment critique des reformatages et des recyclages : à l’instant cruel des conclusions tristes et des épilogues pitoyables, parfois. Sorti en VHS par chez nous (chez Unicorn Studios, avec une belle jaquette signée Melki), Descanse en Piezas est de ces films de fin de parcours (1987), inscrit dans le dernier wagon de la liste : première pierre d’un re-retour à l’horreur (avec les petits slashers Al Filo del Hacha en 1988 et Deadly Manor en 1990), après une période plus « sérieuse » sacrifiée à la biographie du peintre Francisco de Goya pour la télévision espagnole. En d’autres termes, le moment où le réalisateur défie les Amerlocs sur leur propre terrain, de manière à pénétrer leur marché… C’est l’époque en même temps, et si comparaison n’est pas raison, la fin de carrière de Larraz ressemble un peu à ces films américanisants de Juan Piquer Simon, cuisinés dans la même marmite dira-t-on et respectueux des impératifs de l’horreur moderne : plus sanglants, plus stéréotypés aussi, et marchant sur les mêmes plates-bandes thématiques que leurs homologues étasuniens. Rest in Pieces – titre à l’export – semble d’ailleurs avoir été tourné en partie aux Amériques, ce qui est un signe. Plus qu’un film de Larraz, on peut même dire que Repose en Paix est un film de producteur, soumis à l’air du temps. Quel producteur ? Son ami José Frade, grand Manitou du cinéma espagnol (encore en activité aujourd’hui) et grand ordonnateur de ces coproductions européennes particulièrement rentables au début des années 70, dont une petite pelletée de giallos. Dans les années 80, le nom de Frade est définitivement attaché à celui de Larraz, qui finance ses comédies La Momia Nacional et Juana la Loca… De Vez en Cuando. L’idée de Rest in Pieces sent donc à plein nez l’opportunisme du marché, comme les deux films suivants de Larraz, et gageons qu’un tel projet fut soufflé au réalisateur par le producteur.

 

 

Soufflé aussi au scénariste, Santiago Moncada de son nom, et ça ferait presque mal aux yeux quand on avise le CV du bonhomme : Une Hache pour la Lune de Miel du père Bava (1970), Toutes les Couleurs du Vice de Sergio Martino (1972), La Corruption de Chris Miller de Juan Antonio Bardem (1973), La Cloche de L’Enfer de Claudio Guerin (1973 également)… N’en jetez plus, le contraste avec Repose en Paix est assez terrible, voire cruel, même si l’ami Santiago sait encore cuisiner dans les vieux pots. En effet, les bases générales du film reprennent le canevas déjà éprouvé dans Black Candles ou Deviation, des films paranoïaques fabriqués d’après la logique du complot, moulés eux-mêmes dans le patron Rosemary’s Baby : une héroïne dont la santé mentale chancelle sous les coups d’une réalité de plus en plus inquiétante et hostile… La nana a-t-elle basculé dans la folie, ou le monde entier lui en veut-il vraiment ? On connaît la chanson, toujours agréable aux esgourdes ceci dit. Moncada imagine donc une histoire plutôt simple dans son synopsis, et presque banale dans l’univers du cinéma fantastique : petit couple tout mignon, Bob et Helen débarquent à Los Angeles pour une histoire d’héritage faramineux. Catherine Boyle, La tante de la jeune femme, s’est en effet suicidée et dans son testament vidéo, elle déclare léguer toute sa fortune à sa nièce : des propriétés foncières et un pactole de huit millions de dollars. Tout en joie, nos héros rejoignent leur demeure nouvellement acquise, sise dans un lotissement habité par les amis de feu Catherine. Mais bientôt, les phénomènes surnaturels se multiplient dans la maison – fantôme de la défunte compris – et la communauté des habitants se comporte bizarrement avec Bob et Helen, menée par l’étrange docteur Anderson… Nos héros apprendront que ces drôles d’oiseaux sont en réalité des spectres/zombies, dont le dessein est de pousser Helen au suicide : tous ces joyeux drilles étaient les patients d’un hôpital psychiatrique, qui se sont suicidés avec leur docteur ! Ne me demandez pas pourquoi, c’est ainsi. Tout au plus sait-on qu' »Ils ne sont morts que… pour mieux tuer ! » Dixit l’accroche de la jaquette en tout cas. Et ce n’est pas le final – désuni au possible – qui éclairera notre lanterne : tout s’emballe autour de la belle Helen, avant que Bob ne passe l’arme à gauche et que l’héroïne ne s’envole vers d’autres cieux, poursuivie néanmoins par la petite meute de morts-vivants…

 

 

N’empêche, dès le générique on a compris où l’on mettait les pieds : zique typiquement 80’s et montage photo de nos héros, dont la blondasse permanentée et le beau gosse débile. Faites votre deuil d’Helga Liné et oubliez ces fugues érotico-morbides ou ces audaces formelles du temps jadis : la mise en scène sera au diapason des personnages, fonctionnelle et mécanique, machinale et VHSisée pourrait-on dire. Il est bien loin notre Larraz passé… Place nette est faite ici à la banalité du shocker US, prude et timide question cul (deux ou trois plans topless, une gentille étreinte entre Bob et Helen), et très ordinaire question horreur : un lieu maudit pour un film marqué par la tradition de la maison hantée dans sa première moitié, avec attaques spectrales (en piscine et en salle de bain notamment), poltergeists turbulents, hallucinations auditives, soupirs étranges, et chiens de l’enfer même… Ici, le danger sourd de l’ombre domestique et des objets soudain agressifs (les voitures dans le garage de la maison) : Rats in the Cellar comme dirait l’autre, et beau suspense parfois, quand les personnages déambulent nuitamment dans la bâtisse silencieuse. On sent alors les familiarités du réalisateur avec le motif de l’huis dangereux. Souvenirs, en particulier d’Estigma.

 

 

Mais l’idée la plus intéressante est peut-être bien cette communauté de locataires, parasites absolus qui vivent en autarcie et dont on découvrira plus tard la véritable nature. Luxe artificiel et ostentatoire, avarice et religiosité dégénérée, et puis cet anachronisme bizarre d’un domestique qui arbore tranquillos un uniforme d’officier nazi lors d’une soirée habillée… Cette petite bande nous vaut d’ailleurs une séquence un peu folle, lorsque ses membres massacrent à l’arme blanche les musiciens d’un quartette au violon : ça saigne un peu pour le coup, et la scène « tranche » alors sur le ronron général du film. Les gaziers dépècent ensuite les corps pour les incinérer dans le four crématoire du lieu, et avec notre majordome grimé en nazi, ça fait tout drôle… Plus simplement, l’idée fait penser au Réincarnations de Gary Sherman dans cette manière de vivants déjà morts, ou à Rosemary’s Baby dans cette façon de secte qui rend maboule la frêle héroïne. Pas mal finalement, d’autant que l’amateur reconnaîtra quelques vétérans du ciné bis espagnol dans le paysage, qui cachetonnaient alors pour pas grand-chose : Patty Shepard par exemple, qui a pris quelques rides et joue ici les troisièmes couteaux (sans mauvais jeu de mots) ; Jack Taylor également, parfait en dandy aveugle et meurtrier ; Tony Isbert aussi, dont l’air chafouin et inquiétant sied parfaitement à l’uniforme allemand. Ajouter enfin Dorothy Malone dans son avant-dernier rôle – le spectre de la vieille Catherine… avant l’Hazel Dobkins de Basic Instinct. Tout cela n’est donc pas déshonorant, et bien moins nul qu’on ne l’a dit, mais Repose en Paix ne supporte pas la comparaison avec les premiers forfaits de son réalisateur, film qui part dans tous les sens et ne sait plus où donner de la tête dans son dernier tiers. Résultat : c’est la nôtre qui tourne un peu à la fin, étourdie par une histoire dont on ne saisit pas toujours les enjeux. Un brouillon de bon film pour ainsi dire.

David Didelot

 

 

  • Réalisation : José Ramón Larraz
  • Scénario : Santiago Moncada
  • Producteur: José Frade
  • Titre Original : Descanse en piezas
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Scott Thompson Baker, Lorin Jean Vail, Jack Taylor, Dorothy Malone
  • Année: 1987

4 comments to Repose en Paix

  • joss82160  says:

    Salut , merci pour tout ces bnos films B…Lourd , y’a t il un lien pour en avoir quelqueuns svp ?

  • Ghoulish  says:

    Je viens de me rendre compte que je possède la VHS Unicorn studios au sommet d’une armoire. Jamais visionné, mais ta chronique me donne envie, même si ça n’a pas non plus l’air d’un grand chef-d’oeuvre.

  • Ghoulish  says:

    Et bien le bonjour David au passage !

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