Night Ripper !

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Enfermez vos filles à double-tour, les tordus sont de sortie. Et qui pointe le bout de sa lame aujourd’hui ? Le désaxé arpentant les rues sombres de Night Ripper ! (oui, avec un point d’exclamation), petit shot-on-video du milieu des eighties qui ne paye pas de mine mais devrait satisfaire quelques fans hardcore du slasher. Voire du giallo…

 

 

Le slasher est de ces puits sans fond dans lesquels il est toujours plaisant de se salir les mains. Certes, on remonte quelquefois une scie sans dents qui ne couperait même pas du beurre fondu, mais les tournevis correctement limés sont moins rares qu’il n’y paraît et restent prêts transpercer quelques tempes. Underground is still hot, les enfants. Et si le Night Ripper ! (1986) de Jeff Hathcock (Victims ! une année plus tôt) rebutera 99 % de la population de la planète Bis, trop occupée à revoir pour la 150 000ème fois Halloween pour adresser ne serait-ce qu’un regard à cet éventreur nocturne, il est vrai un peu dépareillé, les cinéphiles de goût, ceux pour qui Bloody Moon et Nail Gun Massacre font office de Tables de la Loi, devraient trouver les taillades espérées. Par contre, pas la peine d’espérer croiser de l’adolescente volage ou du footballeur bêta dans ce coin sombre, Hathcock laissant les teenagers à leurs études pour se concentrer sur des adultes avec du poil au torse. Les cheerleaders sont donc à l’abri, mais la misogynie frappera tout de même quelques top-models, que l’assassin méprise parce que, selon lui, la passion qu’elles ont pour leur propre image les empêche d’aimer autrui. Comme toutes les victimes ont un jour été faire leurs photos dans une petite entreprise proposant de faire les shootings puis le développement de la pellicule, la police se penche fort logiquement sur le cas des deux gérants, Dave et Mitch, et de Janet, la jeunette qu’ils emploient. Faut dire qu’en plus du fait que toutes les victimes sont un jour passées par leur boutique, Mitch et Janet ont de quoi intriguer. Lui, ancien boucher, semble déjà avoir connu le dérapage incontrôlé en laissant ses mains se balader sur des courbes qui lui étaient interdites, et n’a de cesse de prendre son air le plus pervers pour discuter des meurtres. Elle, bien que souriante le jour, semble particulièrement inquiète la nuit, se remémorant une difficile rupture avec une certaine Angela…

 

 

Au milieu de ces deux wackos, le pauvre Dave tire la gueule. Parce qu’il est tombé amoureux de Jill, cliente jolie comme tout mais déjà casée. Pas de bol, d’autant que le beau brun aurait bien besoin de quelques câlins, lui qui ne daigne plus retourner au domicile conjugal, sa femme ne l’attirant plus comme aux premiers jours. Elle a d’ailleurs trouvé de quoi s’occuper en l’attendant, puisqu’elle invite son boss à aller jouer au gynécologiste pendant que son époux s’enferme dans des chambres noirs pour gagner sa croûte. Evidemment, lorsqu’il apprend que sa régulière lui a fait pousser une belle paire de cornes sur le front, David voit rouge et la quitte sans ménagement, mais voit aussi là sa chance d’avoir une idylle avec Jill, qui ne semble pas contraire à une partie de Twister à oilpé avec le bonhomme. Quelques dialogues à la con plus tard (« Je t’aime, Jill » lance Dave avec courage, « Oh, c’est la plus gentille chose qu’on m’ait dite ! » répond bêtement l’intéressée), les deux voient la vie en rose. Le spectateur aurait sans doute préféré la voir en rouge, et il se demande probablement où il est tombé, Night Ripper ! semblant plus intéressé par sa romance ridicule et digne des docu-fictions d’AB3 que par les coups de sang de sa silhouette meurtrière, presque devenue une intrigue parallèle au sein même de sa propre histoire. Un drôle de choix, mais si Hathcock saisit l’occasion qui lui est donnée de montrer que des nuées de papillons virevoltent dans son petit coeur, il n’oublie pas pour autant que si un gredin saisit un jour la VHS de son deuxième film dans un vidéoclub crasseux du Texas, ce sera dans l’espoir d’y voir une pluie de coups de canifs. Il les aura, le bodycount affichant le score, honorable, de huit victimes.

 

 

Ca ne sera par contre jamais pour verser dans le gore qui ne part pas avec du St Marc, Harthcock étant forcé de jongler avec un budget si dérisoire qu’il ne permettra jamais à l’assassin d’arracher des colonnes vertébrales pour faire de la corde à sauter avec. Du coup on vise la gorge ou le torse, que l’on poignarde avec une certaine fureur, et en s’assurant bien que ces obligatoires gros plans sur une lame scintillant dans la nuit sont dans la boîte. Pas très salissant mais efficace, et on ne pourra pas reprocher au réalisateur de bâcler ses ambiances. Il y a même quelque-chose de glauque dans ces assauts après minuit, tous situés dans des parkings mal éclairés ou des ruelles désertées, et finalement pas très loin de se rapprocher des meurtres trouvables dans l’Italie la plus giallesque. En plus cru, et avec moins de savoir-faire que dans un Sergio Martino, Hathcock étant plutôt à rapprocher du Fred Olen Ray des premières années, mais avec une mentalité finalement assez proche. Voir pour s’en convaincre ce suspense plutôt bien tenu, l’identité du meurtrier, si on sait qu’on doit la chercher du côté de Mitch et de Janet, étant plutôt bien cachée. Belle idée d’ailleurs que de les envoyer tous les deux, comme pour un face à face, dans un entrepôt désaffecté plein de mannequins : on sait que l’un va tuer l’autre, mais allez savoir qui portera les coups et qui y succombera… N’allez néanmoins pas croire que Night Ripper ! pourrait avoisiner vos DVD d’Argento sur vos étagères : il mérite à peine de se retrouver collé à un Toolbox Murders. La faute à une tenue formelle à revoir, de trop nombreuses scènes étant à peine éclairées, à de gros coups de mou (elles étaient vraiment nécessaires, ces longues balades en voiture?) et a des acteurs qui semblent tombés du lit. Mention spéciale à la final girl Jill, robotique et inexpressive au possible. Comme s’il s’en était rendu compte, Hathcock ne la filme d’ailleurs que de dos ou de côté, histoire que sa longue chevelure masque son air morne de poisson asséché sur sa plage. En bref, Night Ripper ! ne parlera qu’aux férus du slasher, qui trouveront là un Direct-to-Video décent pour son budget et moins creux qu’il n’y paraît. There is more than meet the eye, comme ils disent aux States !

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jeff Hathcock
  • Scénario : Jeff Hathcock
  • Producteur: Tom Tomlinson, Jeff Hathcock
  • Pays: USA
  • Acteurs: James Hansen, Larry Thomas, April Anne, Dannielle Louis
  • Année: 1986

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