Shark Week

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Au vu des températures actuelles, plutôt proches de celles trouvables dans le caleçon de Rocco Siffredi, il est bien naturel de songer à partir piquer une tête dans les Séries B d’été et siroter un jus d’ananas bien frais au bord de la piscine de la sharksploitation. Problème : le genre tire la gueule depuis quelques années, et pas sûr que Chris Olen Ray, fils du grand Fred, parvienne à redresser son aileron avec Shark Week (2012).

 

 

Si un bref coup d’oeil au premier magazine animalier venu vous ensevelira sous les listings d’espèces en voie de disparition, et que vous ne manquerez pas d’y remarquer la présence de quelques requins tirant peu à peu leur révérence, une œillade en direction des chaînes câblées vous rassurera par contre quant à la forme des squales du DTV. Ce qui ne cessera jamais de nous étonner dans la crypte toxique, car on ne peut pas dire que le genre offre une large variétés de tons, et l’originalité s’y fait aussi rare que le talent et l’élocution chez Christine Angot. Néanmoins, ça n’en finit plus depuis quelques années, et les squales à trois, quatre ou cinq têtes envahissent toujours plus de plages, avec à leurs côtés les requins fantômes, croisés avec des poulpes ou capables de se faufiler sous le sable. Bref, il y a du shark pour tous les goûts – et surtout du shark mal foutu et constitué de pixels dégueulasses pour être honnête – mais la recette reste généralement la même d’un film à l’autre : on pique le script des Dents de la Mer, on change les noms et deux ou trois détails, et roulez jeunesse. Une critique que l’on peut faire au genre du animal attack dans sa quasi-intégralité, en passant. Mais ne jetons pas à la mer tous les faiseurs sortant un jour leur planche de surf pour shooter de la jolie nana servie telle un petit déj’ aux grands blancs, certains se creusant un tantinet les méninges pour sortir plus qu’un bête rip-off de Jaws. Comme Chris Olen Ray, qui avec Shark Week évite de nous ressortir les coins paradisiaques où une fiesta gronde, et sera bientôt ruinée par une vile rangée de quenottes, sans que les autorités n’en avertissent les petits baigneurs, par peur de ne pas vendre assez de parasols et de paquets de chouchous. Pas de ça ici, cette semaine du requin allant plutôt puiser son inspiration du côté de Saw.

 

 

Tiburon – Patrick Bergin continue de cultiver sa bonté envers les démunis, puisqu’après avoir pris aux riches pour donner aux pauvres en incarnant le rôle-titre dans le Robin des Bois de 91 avec Uma Thurman, il se retrouve désormais dans des pelloches fauchées – a tout pour être heureux : il a une belle villa, une femme plutôt bien conservée (Yancy Butler, la copine de JCVD dans Chasse à l’Homme) et son trafic de substances illicites font que les comptes se tiennent plus que bien. Seulement voilà, son fiston s’est pris la bastos qu’il ne fallait pas lors d’un piège tendu par les flics, et depuis Tiburon voit rouge et cherche vengeance. Et pas seulement contre les keufs, tous ceux ayant un lien avec la mort de son gosse méritant selon lui une mort douloureuse. Du coup, il fait kidnapper un ambulancier arrivé trop tard, l’indic’ de la police, l’officier ayant appuyé sur la gâchette, une journaliste trop zélée, son ancien homme de main, la juge et le procureur, pour ensuite les isoler sur une île déserte pleine de cavernes, toutes habitées par des requins d’espèces différentes. Le but est simple : si les prisonniers veulent retrouver leur liberté, ils vont devoir tuer chacun des monstres aquatiques dans des combats de gladiateurs sous les eaux. Plus facile à dire qu’à faire, évidemment… Pas trop mal comme point de départ, car si ça va piller sans rougir dans les hangars abandonnés du vieux Jigsaw, dont le baron de la drogue tente d’être le pendant de la sharksploit’, tout cela vaut toujours mieux que la sempiternelle reprise des Dents de la Mer. De là à dire que Chris Olen Ray tire le meilleur parti du script que lui ont écrit Liz Addams (Super Cyclone) et Perry Horton (Mega Shark vs Mecha Shark), il n’y a qu’un plongeon…

 

 

A dire vrai, ce n’est pas totalement de la faute du réalisateur, qui ne pouvait de toute évidence prétendre à la même carrière que son illustre papounet. L’époque n’est plus la même, et il était sans doute plus facile d’enchaîner des bandes peut-être bancales, mais toujours charmantes, comme le fun Star Slammer, le joliment raw Scalps ou le très « woopsie, ma soirée pyjama vire au cartoon lubrique» Evil Toons. C’était les années 80 : même un film mauvais de la première à la dernière minute profitait d’un certain cachet. Dans nos années 2010, la donne n’est plus tout à fait la même, et qui est pourri le restera. A Shark Week d’en souffrir, malheureusement pour lui. Ainsi, malgré quelques effets spéciaux inaptes à se retrouver dans les premiers jeux Tomb Raider (ces explosions de mines, absolument dégueulasses), des séquences super connes (deux gus décident de boxer un requin), un montage qui réutilise cinq ou six fois les mêmes plans des bêtes ou se fait fréquemment incompréhensible, les écrans typés vieux jeu de baston pour présenter les protagonistes et des incrustations indignes, on a pas trop envie de rire. Car c’est du Asylum, et qu’on sait par avance que l’on va s’avaler un produit de consommation courante, pas très juteux, mais qui ne devrait pas nous pousser à sprinter jusqu’au trône non plus. Et c’est bien là le problème au fond : oui, c’est nul et parfois rigolo, mais comment se prendre de tendresse pour un tel bidule alors qu’on sait qu’il y a en a 500 derrière sur la chaîne de montage, sortis d’un moule similaire et attendant sur le même tapis roulant dans l’usine Asylum ? Shark Week, malgré son synopsis un peu plus ambitieux que la moyenne, n’en ressemble pas moins à tous les autres téléfilms pensés pour finir leur route sur Syfy. Comprendre que ça va jouer mal mais que l’on ne tombe jamais non plus dans du cabotinage à la Troll 2 (encore que Bergin…), et que s’il y a parfois des passages dialogués un peu longs prévus pour que l’Américain moyen ait le temps d’aller s’en décapsuler une bien fraîche, le tout bénéficie tout de même d’un rythme à peu près satisfaisant. Bref, tout cela est plat, et aurait ironiquement gagné à être plus mauvais… Olen Ray ne semble d’ailleurs pas se faire d’illusions sur le travail qu’il abat, preuve en est ce dialogue clairvoyant : « J’ai raté quelque-chose ? » demande l’épouse de Tiburon à son vengeur. « Oh, pas grand-chose » répond-il d’une voix lassée. Tout est dit.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Chris Olen Ray
  • Scénario : Liz Adams, H. Perry Horton
  • Producteur: David Michael Latt
  • Pays: USA
  • Acteurs: Erin Coker, Yancy Butler, Patrick Bergin, Bart Bagget
  • Année: 2012

2 comments to Shark Week

  • Roggy  says:

    Si le film n’a pas l’air bien fun (tiens, j’étais passé à côté du fils de Fred Olen Ray), ta chro est fort sympathique et réussie comme une nuit dans le caleçon de Rocco Siffredi… ou pas :).

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