The Basement

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Les voies de l’horreur homemade en provenance des saintes 80’s sont impénétrables. Quelquefois, leurs obligatoires tares et bévues transforment un banal film de vacances tapissé de ketchup en une charmante curiosité, éventuellement capable de dépasser de plusieurs têtes bien des Séries B autrement plus fortunées. Et à d’autres occasions, ces petits films budgétés à dix dollars flirtent avec le calvaire le plus total, sans que le résultat final collé à nos écrans soit véritablement plus foireux que celui des bandes du même tonneau sur lesquelles on écrase pourtant une larmichette de tendresse. Allez comprendre… Vous nous voyez probablement venir : The Basement tient plus du seau de gerbe que l’on peine à renifler plutôt que du délicieux ballotin de pralines faites maison.

 

 

De toute évidence, le choix d’un nom de baptême pour une structure cinématographique n’est jamais anodin, et on peut bien souvent déceler les intentions des nababs derrières tel ou tel studio d’un seul coup d’oeil à leurs logos. La MGM et son lion rugissant ? La preuve que la major a l’intention de planter ses griffes dans la concurrence et la bouffer tout cru. La Universal et son globe tournant sur lui-même ? Un indice quant à sa volonté d’être, justement, universel et de se hisser à tous les domiciles, qu’ils soient ricains ou tibétains. Concernant Camp Motion Pictures, décoré d’un dessin d’une fusée plutôt infantile virevoltant non loin de notre bonne vieille Terre, il paraît évident que c’est un aspect campy et une certaine naïveté qui seront mis en avant. Et que ce ne seront jamais les « vrais » productions qu’ils placeront dans les rayons des quelques vidéoclubs toujours en activité, ces zigotos esquivant joliment les B-Movies bien formés pour mieux enlacer les méfaits des apprentis cinéastes partis se badigeonner de sirop de cerise dans des bosquets isolés. Pas étonnant finalement de les voir jeter leur dévolu sur The Basement, minuscule production shootée en Super 8 et datée 89 mais jamais terminée par son auteur, Timothy O’Rawe (le Ghoul School de 1990). Et en rien surprenant de les voir surfer sur la petite vague de nostalgie envers la VHS qui touchait alors le microcosme horrifique des Etats-Unis, Camp Motion Pictures offrant à The Basement un traitement de roi puisqu’il bénéficiera en 2010 d’une sortie en K7. Et d’un gros coffret DVD, puisque l’accompagneront les tout aussi miséreux Video Violence 1 et 2, Cannibal Campout et Captives. De quoi se faire une soirée mémorable et sacrément cheesy… mais dont The Basement ne sera certainement pas le moment fort.

 

 

Tourné en 22 jours mais abandonné à l’approche de la ligne d’arrivée, son montage ne survenant qu’en 2010 à l’occasion de son exhumation par Camp Motion Pictures, cette visite de la cave d’O’Rawe fait son marché dans Le Jardin des Tortures de la Amicus. Est donc repris le principe du film omnibus, mais aussi ce segment reliant tous les autres, et voyant quatre personnes qui ne se sont jamais rencontrées auparavant se retrouver dans un sous-sol où flotte « la sentinelle ». Soit une sorte de moine spectral et inquiétant, et dont le rôle est de leur montrer quels crimes ses invités commettront dans un futur plus ou moins proches. Ca débute d’ailleurs fort mal avec l’histoire de cette femme de riche, très BCBG dans l’esprit, et dont la piscine est occupée par une créature tentaculaire. Découvrant qu’elle peut se débarrasser de tous ceux qu’elle ne porte pas dans son coeur, la blonde convie ses proches les uns après les autres et leur propose d’aller barboter dans son bassin privé, sachant fort bien que famille et amis serviront de repas au vilain poulpe caché dans sa pièce d’eau. La douche froide ne sera pas que pour eux, puisqu’à cet instant le spectateur comprend immédiatement dans quelles eaux boueuses il est parti faire trempette : les acteurs n’en sont bien évidemment pas, la post-synchronisation est atroce, la réalisation ne fait preuve d’aucun idée et, pire que tout, le maigre scénario de ce premier chapitre tiendrait sur le bâtonnet d’un coton tige. Répétitif à en crever, cette version sea, sex and sun du sketch de la boîte avec son fauve velu coincé dedans de Creepshow ne propose rien, si ce n’est les allées et venues des voisins et connaissances de la vilaine bimbo, qui les envoie à la flotte avant de faire appel au suivant. Elle sera bien évidemment prise à son propre jeu dans une conclusion à la Tales from the Crypt, mais dans une version si fainéante et dénuée d’ambition qu’on ne peut que sortir nos bics rouges pour tracer un zéro pointé.

 

 

The Basement s’améliore un brin avec sa deuxième histoire, celle d’un instituteur ne supportant plus les gosses dont il a la charge, et redoutant plus que tout la nuit d’Halloween, soir maudit où ils viennent tous sonner à sa porte. Aigri, il renversera du café dans leurs sacs à bonbons ou leur jettera des œufs pourris à la tronche, quand il ne fantasme pas sur leur trépas, s’imaginant devenir un terroriste mitraillant des torses ou tranchant des gorges dans les couloirs de l’école. Mais une fois le 31 octobre en approche, le bonhomme recevra la visite de plusieurs fantômes, qui tous viennent lui reprocher de ne pas faire honneur à l’esprit d’Halloween. Une version Scrooge où les citrouilles et potirons remplacent les sapins et flocons, pas nécessairement terrible, mais au moins O’Rawe fait-il ici preuve d’un peu d’inventivité. Et puis, ils ne sont pas mal ces ectoplasmes venus le torturer pour le remettre dans le droit chemin, ces momies, revenante (la propre femme, décédée donc, du héros), sorcière et autre monstre relativement indescriptible apportant quelques effets bien fichus. Et même une poignée d’effets gore corrects. On en espérait plus tant… Le niveau retombe cependant assez vite avec le troisième épisode, récit du tournage d’un film de zombies par un réalisateur prétentieux et prenant le genre de haut, au point qu’il prétend faire mieux que George Romero, qu’il n’hésite pas à insulter. On vous le donne en mille, de véritables morts-vivants vont bientôt sortir de terre et rappeler au metteur en scène qu’on ne blague pas avec les résidents des cimetières. Classique et trop souvent plongé dans la pénombre pour générer autre chose que l’ennui…

 

 

Rebelote pour l’ultime historiette : un prétendu romancier s’installe dans une bicoque réputée hantée pour y trouver l’inspiration pour son prochain bouquin, voulu terrifiant. Le gaillard va donc poser son matelas sur place, pas impressionné à l’idée que quelques années plus tôt un psychopathe avait torturé et démembré plus d’une vingtaine de jeunes sur place. On vous le donne en mille, le mauvais esprit du gredin est toujours sur place et va peu à peu faire son nid dans les neurones du scribouillard, qui ouvrira le bide de son meilleur ami ou de sa petite copine peu après. Un Amityville du pauvre, si mal éclairé que vous pourriez couper toutes les lumières et fixer un mur dans le noir que vous pourriez considérer avoir vu ce dernier sketch. Reste une ambiance assez malsaine, mais à ce stade, ça ne suffit plus… The Basement serait resté dans sa tombe creusée en 1989 que nous n’aurions finalement rien eu à y redire : si ce n’est la belle idée de transposer le mythe de Scrooge dans les festivités automnales, il n’y a rien de bon à extirper de ces cartons poussiéreux. On ne pourra même pas rire du boulot ici fait par O’Rawe, si ce n’est peut-être lorsque les personnages sont invités à faire un saut en enfer, et que le manque de moyens de la production pousse le monteur à insérer des plans de volcans en éruption probablement chipés chez National Geographic. Du reste, la fadeur prime autant que la paresse artistique, et nous sommes en pénurie de bonnes raisons pour vous pousser à tenter l’expérience…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Timothy O’Rawe
  • Scénario : Timothy O’Rawe
  • Producteur: Timothy O’Rawe, Kathleen Heidinger, Michael Raso
  • Pays: USA
  • Acteurs: Dennis Driscoll, Kathleen Heidinger, David Webber
  • Année: 1989/2010

2 comments to The Basement

  • David DIDELOT  says:

    Bon OK… Je te le demanderai peut-être quand même, les pitchs me branchent malgré tout 🙂

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