La Tumba de la Isla Maldita (Crypt of the Living Dead)

Category: Films Comments: One comment

Quand on cause ciné bis espagnol, il surgit forcément les souvenirs heureux de l’âge d’or : celui de Paul Naschy et consort, du loup-garou Waldemar et des belles vampires en nuisette, d’Amando de Ossorio et de ses templiers maudits, de la Profilmes et de son chouette catalogue… Mais derrière le lustre redécouvert de l’horreur ibérique, se cachent de ces toutes petites choses, oubliées parfois dans les inventaires généraux du fantastique espagnol. La Tumba de la Isla Maldita est de ceux-là, film millésimé 1973 et inédit chez nous.

 

Une drôle de bobine en réalité, bricolée par Julio Salvador puis retotochée par l’acteur/réalisateur Ray Danton qui, d’après les sources, filma quelques séquences en plus pour sa distribution US. Deux ou trois faux raccords valident en effet l’hypothèse, de même que la proximité de Salvador et de Danton : l’Espagnol avait en effet dirigé l’Américain auparavant, dans le polar Llaman de Jamaica, Mr. Ward (1968), et il était scénariste des Mercenaires de la Violence (1968 également), dans lequel Danton tenait la vedette. Ajouter enfin que l’acteur commença sa carrière de réalisateur dans le fantastique et l’horreur, avec les tout petits Deathmaster – film de vampire d’ailleurs (1972) – et Psychic Killer (1975). Pas étonnant qu’à la même période le beau Ray donne le coup de main sur cette petite bande espagnole, tartouillée dans tous les sens puisqu’il en existe aussi une version noir et blanc, privée de ses moments les plus croustillants… Un sacré imbroglio pour résumer.
N’empêche, le titre original fera frissonner tout bon accro au cinéma d’horreur gothique, comme ses titres à l’export : pensez donc, Crypt of the Living Dead, Hannah, Queen of the Vampires… Au diapason des slogans accrochés à une affiche parfaite : « Not for people who might be shocked by ghoulish fiends !« , « Trapped on an island … Doomed to die one by one, victims of the Killer Queen ! » Tu parles… L’entrée en matière faisait pourtant chaud au cœur, qui inscrit d’emblée le film au répertoire de l’épouvante classique, soucieuse de coller à tous ses codes : la nuit, l’orage, le vent, une sépulture maudite, une église enténébrée et cet archéologue téméraire cheminant en ces lieux, lanterne à la main… Bref, nous voilà conviés dans la profondeur des caveaux et des cryptes, à explorer le mystère des tombes immémoriales. Puis surgit une espèce de maboule – façon Igor hirsute – qui tue l’aventurier en l’écrasant sous la tombe avant de le décapiter. Tout cela commençait donc fort bien.

 

 

La suite : archéologue de son état, Chris Bolton débarque sur l’île, bien décidé à faire la lumière sur la mort mystérieuse de son père et à inhumer sa dépouille dans les règles. Il est accueilli par Peter et Mary, frère et sœur résidents de l’île. Ignorant les mises en garde de la populace, Chris décide d’ouvrir le sépulcre : celui d’Hannah, princesse enterrée vivante au XIIIe siècle, et reine des vampires selon la légende. L’avertissement était pourtant clair, gravé sur la pierre tombale : ne rien toucher, et laisser les morts dormir en paix… Oui mais voilà, la curiosité de l’archéologue est plus forte que les superstitions populaires. Mal lui en prend évidemment, car dame vampire est libérée de son sommeil, avant d’aller sucer le sang à quelques cous…
La plus belle idée du film : cette malédiction de bord de mer dira-t-on, qui réfère à quelques beaux souvenirs dans la tête des amateurs, tels La Chevauchée des Morts-Vivants en 1975 (culte insane et village étrange de la côte)… Si La Tumba de la Isla Maldita n’atteint jamais le degré d’angoisse et de malaise qui sublimait le film d’Amando de Ossorio, le paysage insulaire fait beaucoup dans l’atmosphère de notre film : ici, tout est dans le cadre méditerranéen (extérieurs et intérieurs naturels tournés à Istanbul et à Barcelone, nous dit le générique), qui sied à l’ambiance particulièrement inquiétante des lieux. L’île maudite est sise hors du temps et du Monde, peuplée de pêcheurs à l’hostilité froide et mutique, dont l’excellent Frank Braña à leur tête : un acteur abonné au western européen, avant qu’il ne rejoigne l’écurie Juan Piquer Simon. On notera ces instants où l' »ancient mariner« , aveugle, joue nuitamment de l’accordéon sur l’île. Des moments presque poétiques pour le coup, qui sauvent en grande partie un film à peu près vide.

 

 

Car si l’on cause horreur, on ne retiendra pas grand-chose de cette Crypte aux Morts-Vivants : la décapitation initiale (soustraite d’ailleurs de la version noir et blanc), cette vision cauchemardesque de Chris (la tête coupée de son père qui tournoie dans son esprit enfiévré), un épieu planté dans le bidon de notre Igor, et puis l’exécution de Peter quand les habitants découvrent que le jeune romancier est un sectateur de la princesse… C’est à peu près tout oui, et ça ne fait pas lourd. Et puis la vampire elle-même, qui montre enfin les crocs après 70 mn de métrage : elle périra par le feu et par le pieu, dans une séquence qui bouge (enfin !) un peu. A cette occasion, on appréciera tout de même son maquillage de grande brûlée, avant un coup de théâtre final à peine attendu… Interprétée par la belle Teresa Gimpera (La Nuit des Diables, entre autres), la créature est ici dessinée dans une manière spectrale, qui mue en brume verte ou en loup et qui apparaît/disparaît à sa guise. Toutes les nuances de la mythologie vampirique sont ici convoquées : du cimetière embrumé aux fleurs d’ail autour de la tombe maléficiée, en passant par le pouvoir hypnotique de la créature, tout y passe, mais sans le faste et l’enthousiasme dont nous avait pourtant habitués le cinéma fantastique espagnol. En cause surtout, le rythme languide d’un film qui s’étire en dialogues interminables et en psalmodies infinies sacrifiées à la reine vampire. Dieu que c’est long parfois… L’action bégaye, et le plaisir de la péripétie est ici réduit à son minimum minimorum : on avance péniblement jusqu’au dénouement, ne sachant trop comment le récit a pu progresser jusque-là : l’enlèvement de Mary au milieu du film ? La poursuite nocturne de Chris et de l’Igor sous les frondaisons, avant que le héros ne séduise la belle ? Le meurtre de l’un des pêcheurs ? Peut-être… Nous ne compterons même pas sur quelques plans un peu chauds question fesses, car au moment où les choses deviendraient intéressantes entre Mary et Chris, l’image se trouble pudiquement… Damned ! Bref, de l’art de masquer un budget minuscule par la tentation du dialogue inutile, et de l’ellipse frustrante.

 

 

Heureusement, le casting ici réuni rédime un peu la fadeur générale, avec à sa tête le très bon Andrew Prine dans le rôle de Chris. Bonhomme à la filmographie longue comme le bras, l’acteur eut une jolie petite carrière dans le genre fantastique et horreur, et ce dès le début des années 70 : des low budgets la plupart du temps, comme le psychédélique Simon, King of the Witches (1971), Nightmare Circus (1974), le très bon Grizzly, le Monstre de la Forêt (1976), The Town that Dreaded Sundown également (1976), Le Couloir de la Mort (1978) et puis cet Amityville II : le Possédé de belle mémoire (1982). Dans la peau du « traître », Mark Damon fait le boulot comme à son habitude, qui eut aussi maille à partir avec les vampires dans Les Trois Visages de la Peur du père Bava (segment des Wurdalaks, 1963) ou dans Les Vierges de la Pleine Lune des amis Luigi Batzella et Joe D’Amato (1973). Enfin, Patty Sheppard joue les institutrices effrayées (fantasme…), qu’on surnomma parfois la Barbara Steele espagnole. On la préférera certes dans El Techo de Cristal d’Eloy de la Iglesia et surtout La Furie des Vampires de León Klimovsky, mais l’on ne boudera pas son regard toujours sublime… Passée la joie d’un générique trois étoiles, on comprend bien pourquoi La Tumba de la Isla Maldita est tombé dans les oubliettes du cinéma fantastique : film soporifique, et anecdotique. Bonne nuit à tous donc.

David Didelot

 

 

  • Réalisation : Julio Salvador, Ray Danton
  • Scénario : Julio Salvador
  • Producteur: Lou Shaw, Jorge Ferrer
  • Pays: Espagne, USA
  • Acteurs: Andrew Prine, Mark Damon, Patty Shepard, Teresa Gimpera
  • Année: 1973

One comment to La Tumba de la Isla Maldita (Crypt of the Living Dead)

  • David DIDELOT  says:

    L’affiche en jette,mais c’est bien tout…

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>