The Return of the Vampire

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C’est bien connu, l’âge n’a pas d’emprise sur les vampires. Sur Bela Lugosi non plus, et c’est toujours avec ce même sourire, celui qui était scotché sur nos trombines lorsque nous découvrions nos premiers Universal Monsters, que l’on retrouve le vrai prince des ténèbres. Même lorsqu’il quitte la maison-mère des monstres classiques pour une Columbia venue créer la surprise, avec un The Return of the Vampire (1943) loin de se liquéfier face à la concurrence.

 

 

Comment décliner l’invitation lancée par l’éternel Bela à aller hurler avec les loups, aux confins de minuit ? Impossible, tout simplement. A plus forte raison lorsque le blood sucker retrouve l’un des rares artisans à l’avoir véritablement mis en valeur, à savoir un Lew Landers dont nous fleurissons toujours la tombe en remerciement pour son terrible Le Corbeau (1935). Nous y apporterons de nouvelles couronnes d’orchidées, ne serait-ce que pour rendre grâce à la splendide intro de The Return of the Vampire, assemblage de ce que le cinéma gothique de l’époque offrait de meilleur. C’est ainsi dans un cimetière brumeux que l’on nous présente Andreas (Matt Willis), loup-garou à la solde d’un vampire caché dans sa crypte, tel un commandant retranché dans son bunker. Et préparant de nouveaux mauvais coups, comme celui d’aller mordiller les veines des enfants de Lady Jane Aisley (Frieda Inescort). Pas de quoi ravir la scientifique qui, aidée du savant Walter Saunders (Gilbert Emery), s’en va affronter le démon aux dents longues sur son propre terrain. Une réussite, puisque le vampire se retrouve avec un pieu planté dans le torse, tandis qu’Andreas retrouve ses esprits en plus d’une apparence normale. Landers n’a de toute évidence pas l’intention de traîner de la patte, et il paraît clair que le but premier de l’opération Return of the Vampire est de passer à tabac la Universal sur son propre ring. Landers et Lugosi – peut-être vexé que ses anciens employeurs ne lui refilent que des miettes de troisième rôles depuis quelques années déjà – visent clairement le K.O. et prouvent dans les dix premières minutes qu’ils maîtrisent les crochets et uppercuts de leur colossal adversaire : en dix minutes, nous avons l’impression, loin d’être déplaisante, d’avoir déjà avalé trois ou quatre Universal Monsters d’une cuillerée. Champ de tombes englouti par la brume, homme-loup solitaire passant entre les griffes d’arbres anémiques, vampire tapi dans l’ombre et donnant ses ordres en sa qualité de maître du Mal, visites nocturnes rendues à une riche famille, qui rendra la politesse en s’invitant dans le caveau fait de vieilles pierres pour y transpercer le palpitant de la sombre pipistrelle… Toutes les pièces du puzzles sont parfaitement alignées, et le tableau, magnifique, hurle un amour sans fin au lugubre du meilleur goût.

 

 

Mais Landers ne risque-t-il pas d’abattre ses cartes trop vite et de manquer de tours à nous jouer en gonflant ainsi son entame ? Si l’on peut effectivement reprocher à la suite des évènements de se perdre légèrement en de moins passionnantes mondanités, où ça théorise et rumine au sujet des suceurs de sang autour d’un bon vin blanc ou dans de jolies bibliothèques, on ne pourra guère réprimander le metteur en scène sur sa gestion du suspense. Certes, le vampire est liquidé à peine la ligne de départ quittée, mais comme le suggère le titre, il n’en est ni à son dernier mot, ni à son dernier souffle. La question sera donc de savoir comment s’organisera son retour, et sous quelle apparence se présentera-t-il à une Lady Jane qu’il n’est pas prêt de pardonner de l’avoir forcé au repos. A notre époque, la surprise de découvrir que le père Lugosi a repris la cape ne porte bien évidemment pas, et son effet devait déjà être rendu moindre dans les années 40 de par la présence du comédien au générique et son faciès hypnotiseur sur toutes les affiches. Pas de quoi pester contre le dieu de l’épouvante surannée pour autant, car ses apparitions en tant que simple silhouette noircie font joliment monter la sauce, et présente efficacement un dark master plus redoutable que Dracula lui-même. Parce que le bad guy de ce cimetière, Armand Tesla, se garde bien de se montrer trop vite et préfère au contraire se laisser désirer, laissant imaginer le danger qu’il représente. Ensuite parce que ce Tesla bénéficie d’un background appréciable et, pour tout dire, nettement plus evil que celui du prince des ténèbres. Alors que Dracula passe de peines de coeur en mélancolies nocturnes, et souffre dès lors plus de sa condition d’immortel qu’il en profite, Armand se félicite pour sa part de sa nature, qu’il a choisie. Ancien chercheur s’étant un jour penché un peu trop sur le précipice du surnaturel, au point d’avoir basculé dans le gouffre de la plus noirâtre des éternités, Tesla clame sa supériorité et pourrait presque être perçu comme un Van Helsing qui aurait mal tourné. Comme un ancien chasseur de vampires – après tout, il a écrit plusieurs thèses sur le sujet, preuve qu’il l’a combattu – ayant un jour préféré les chemins ombreux d’une nuit sans aube à la morale mortalité. Un beau personnage, un de plus pour un Lugosi comme toujours très à son aise dans le rôles de la goule rembrunie.

 

 

Intéressant aussi cet Andreas, loup-garou au final très éloigné de la bête sauvage déchirant son chemisier avant de galoper dans les bosquets pour y lacérer de jeunes innocentes. Ici, il garde la parole et une certaine intelligence, même si ses neurones sont sous le contrôle de Tesla, qui s’en sert comme d’un banal valet tout juste bon à aller récupérer de la paperasse chez ses ennemis ou espionner ceux-ci pour connaître leurs allées et venues. Si Dracula n’était pas un poussin de trois semaines partant au front avec les yeux bandés, Tesla est carrément le roi de la manigance, qui assassine de nobles médecins pour prendre leur identité et se rapprocher sournoisement de la famille de Lady Jane. Et c’est donc au pauvre Andreas de lui servir de bras armé de la vengeance, le louveteau dérobant, traquant et tuant pour son général. A son plus grand désarroi, car après la première mise à mort de Tesla, Andreas retrouva ses esprits et déprima fort logiquement d’avoir prêté ses crocs à une immortelle crapule… Heureusement pour lui que Lady Jane a un grand coeur et a bien suivi ses cours de catéchisme, puisque la foi permettra au poilu de retrouver son humanité lorsque Tesla reviendra frapper à la porte de sa niche. Mais malheureusement pour nous, car si la dualité entre un Andreas bon le jour et mauvais la nuit ne manque pas d’intérêt, et que son duel mental contre Lugosi vaut mieux que la sempiternelle arrivée d’un spécialiste des chauves-souris venu avec des gousses d’ail plein les valises, on frôle parfois l’excès de bondieuseries. Mais telle était la loi du genre à l’époque… Pas grave de toute façons, et on retiendra avant tout de Return of the Vampire sa faculté à bomber le torse sur le propre terrain de la Universal – qui menaça d’attaquer la production en justice, le film étant à la base prévu pour être un véritable Dracula – et ses bonnes idées, comme celle de mélanger l’épouvante au film de guerre, la menace germanique planant sur ces Londoniens, ébranlés par les obus en plus des créatures à leurs trousses. Osons le dire : Landers, dont la réalisation se veut sans trébuchements, tient joyeusement tête à la Universal, et lui coupe même l’herbe sous le pied, utilisant avant eux le principe du crossover entre les plus viles bestioles, ainsi que l’ajout d’un peu d’humour, via deux fossoyeurs nigauds pas loin d’évoquer Abbott et Costello. Et il ne nous faudrait sans doute pas plus d’un verre pour aller plus loin et assurer que le réalisateur dame le pion à ses adversaires…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Lew Landers
  • Scénario : Griffin Jay
  • Producteur: Sam White
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bela Lugosi, Frieda Inescort, Mat Willis, Nina Foch
  • Année: 1943

2 comments to The Return of the Vampire

  • David DIDELOT  says:

    Très bon et très beau.

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