Battlefield Baseball

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Ils ont toujours de bonnes idées au Japon. Comme par exemple celle de pimenter un sport (par définition chiant à regarder, comme tous les sports) comme le baseball en le mixant avec la comédie et la baston. D’ailleurs, tant qu’à faire, pourquoi encore mettre du sport dans un film sportif ? Pas la peine, et Battlefield Baseball (2002), en bonne dinguerie qui se respecte, bafoue ses propres règles à peine arrivé sur le terrain.

 

 

Aux yeux d’une clientèle mal informée et éduquée à coups de téléfilms ensoleillés avec Claire Keim à la recherche de sa fille disparue, d’une culotte propre ou de ce que vous voulez, Battlefield Baseball passera sans nul doute pour un sommet de crétinerie à peine bon à amuser quelques gosses de maternelle. D’ailleurs, il y a de grandes chances que le constat soit le même chez les fantasticophiles élevés aux Carpenter et compagnie, du moins s’ils n’ont pas pour habitude de s’approcher du rayon mangas. Remarquez, les fanas de bandes-dessinées à lire de droite à gauche ne trouveront pas Battlefield Baseball particulièrement intelligent et profond, eux non plus, mais au moins ne seront-ils pas si surpris de le voir régresser jusqu’au stade de la crotte de nez dans la bouche. C’est qu’à la base de la base du projet, on trouve Gatarō Man, mangaka mystérieux s’il en est, dont nul ne connaît l’identité réelle et qui n’a de cesse de brouiller les pistes à chacune de ses sorties en changeant de nom de scène. Qu’on se rassure : impossible de ne pas reconnaître le style de l’auteur, volontairement crade, toujours situé sous la ceinture (des gros bonhommes avec le zgeg en l’air, des divinités avec des cacas dorés dans la main…) et qui ne semble prendre crayons et stylos que pour mettre les personnages les plus moches de la planète dans des situations insensées. Gatarō Man, c’est un peu comme si les petits personnages de vos cartes à collectionner Les Crados – rois des prouts nucléaires, des pieds mal lavés et de la morve sur les tartines – devenaient par miracle les premiers rôles de sagas plus ou moins épiques, en lieu et place des ordinaires héros charismatiques de la production animée ou de papier. En bref, l’auteur aime faire bouger les lignes, et n’est certainement pas devenu culte pour rien : certes, le mystère qui l’entoure a dû jouer un rôle, mais faut reconnaître que son œuvre, irrévérencieuse et plus créative qu’elle en a l’air, fait de lui une valeur sûre du gag-manga, ces petits récits dépassant rarement les un ou deux tomes, voués à rester dans l’ombre des habituelles histoires de baston pour ados à la Dragon Ball, mais néanmoins une portion à ne pas négliger de l’industrie du manga.

 

 

Pas un hasard finalement si le scénariste et assistant-réalisateur du déjà bien fou Versus (2000) Yudai Yamaguchi – auquel on doit également Meatball Machine (2005) et un Dead Ball (2011) qui fait office de suite/remake au présent Battlefield Baseball – choisit de lancer sa carrière de réalisateur avec cette grosse farce fantastique. Après tout, il pourra y mixer deux des plus importantes composantes de son art, soit la bagarre et la vanne grasse. Tout débute lorsque le principal d’un petit lycée au Japon découvre avec horreur que le tournoi de base-ball qu’il rêve de remporter tourne au cauchemar : les premiers adversaires de son équipe sont des zombies si violents qu’ils tuent systématiquement ceux qu’ils affrontent. Ca ne loupe d’ailleurs pas, et les petits jeunes formés par le principal se retrouvent décortiqués aux quatre coins du terrain. Par chance, le nouvel élève Jubei (ou Jubeh en VF, mais c’est une coquille), incarné par le Tak Sakaguchi déjà héros de Versus, un loubard dont aucune école ne veut, est aussi un spécialiste du lancer de baballe, qu’il propulse avec tant de force qu’il en tua son père quelques années auparavant… Soyons francs : si vous étiez plutôt du côté de Ségolène Royale lorsque celle-ci partait en croisade contre les Goldorak et autres Ken le Survivant diffusés jadis par cette bonne vieille Dorothée, Battlefield Baseball risque de vous être aussi agréable qu’une journée entière passée chez le dentiste. A l’inverse, si vous avez toujours trouvé qu’Eurosport est la pire invention depuis atomique, et que vous êtes plus orientés Le Collège Fou Fou Fou que les soirées Coupe du Monde où l’on voit plus de pubs pour Jupiler que de tirs au but, vous avez trouvé les bonnes tribunes. Yamaguchi connaît de toute façon son sujet, et est secondé par Gatarō Man himself au scénario, en plus d’Isao Kiriyama (Godzilla Final War, Azumi, Alive, soit l’oeuvre de Ryûhei Kitamura, ici producteur). On retrouve donc le même humour concon que le manga, le même plaisir de mettre en avant des personnages de losers, les mêmes idées loufoques et ce refus de se plier aux conventions de la narration.

 

 

Battlefield Baseball, c’est la liberté à l’état pur, et si un personnage meurt à la vingtième minute, rien ne l’empêchera de faire son retour à la quarantième, sous forme de cyborg ou parce qu’il a ressuscité par miracle. Et puisque certains reviennent à la vie, autant changer de visage, juste parce que l’envie leur en a pris. Tout est permis dans ce vestiaire, et on ne s’étonnera pas de voir le héros pousser la chansonnette, façon Roch Voisine pleurnichard, ni quelques coups spéciaux typiques des mangas de sport, avec balles enflammées ou techniques tourbillonnantes. On voit de tout dans Battlefield Baseball. Tout sauf du base-ball d’ailleurs, au risque de décevoir une audience espérant se taper une version gorasse et avec des battes du très bon Shaolin Soccer. Si certains crieront que le manque de budget empêche probablement Yamaguchi de s’adonner à des séquences trop épiques ou compliquées à shooter, comme un match en bonne et due forme par exemple, on verra surtout là l’humour décalé de Gatarō Man, taquin au point d’imaginer une histoire centrée autour du base-ball… pour finalement ne jamais en montrer. C’est là tout le gag. Ca en fera rire certains, d’autres useront quelques Kleenex pour éponger leur déception. Ceux-ci reprocheront d’ailleurs à l’ensemble d’être relativement mal foutu, avec une qualité technique plutôt à la rue (mais c’est de la Série B nipponne, on sait que c’est rarement les plus chatoyantes et que le digital y règne en maître) et des acteurs qui en font des tonnes. Mais il fallait bien tomber dans le cabotinage sans ceinture de sécurité pour faire honneur à Gatarō Man, visiblement si satisfait du résultat qu’il accepta que le réalisateur adapte d’autres de ses travaux. Pas fait pour tout le monde – et il est préférable d’avoir une petit connaissance des mangas pour ados avant de tenter l’expérience, le shonen manga étant parodié du début à la fin, pour ne pas dire moqué – Battlefield Baseball demande d’être pris par le bon bout pour être apprécié. Mais une fois les conditions réunies, le plaisir, bien que particulier, est définitivement au rendez-vous.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Yudai Yamaguchi
  • Scénario : Isao Kiriyama, Yudai Yamaguchi
  • Producteur: Ryûhei Kitamura
  • Pays: Japon
  • Titre Original : Jigoku Kôshien
  • Acteurs: Tak Sakaguchi, Atsushi Itô, Hideo Sakaki,
  • Année: 2003

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