Sleepaway Camp 3 : Teenage Wasteland (Massacre au Camp d’été 3)

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« I’m a happy camper, and with the grace of God, I will camp until I die. » Ouais ben la mort en question risque fort d’arriver plus vite que prévu, non pas à la grâce d’une quelconque divinité imaginaire, mais à celle d’une Angela pour sa part bien tangible et toujours aussi secouée du bocal. Par contre, plus le temps passe plus sa compagnie se fait dispensable, ce Sleepaway Camp troisième du nom venant confirmer la chute progressive d’une franchise au départ prometteuse…

 

 

Dans l’épisode précédent de la saga aux feux de camp qui tournent mal qu’est Massacre au camp d’été, nous apprenions que la mutique Angela s’était pris un coup de jus dans un asile et en était ressortie avec le sourire aux lèvres… et une grosse dose de second degré dans les poches. Et ça ne nous avait pas vraiment plu, pour tout dire, l’intérêt premier du Sleepaway Camp originel (1983) étant sa volonté de privilégier le glauque aux coups de sang, et de préférer l’ambiance aux tempos enlevés et vannes à la Michel Leeb. Vous retirez cette identité et les doutes entourant le personnage d’Angela – icône transgenre qui s’ignore -, petite fille taiseuse et en apparence on ne peut plus sage cachant en fait une effroyable désaxée, et vous n’avez plus rien. Ou en tout cas pas grand-chose, ce que prouva un Sleepaway Camp II : Unhappy Campers (1988), qui aurait tout aussi bien pu s’appeler Unhappy Viewers vu sa faible capacité à satisfaire les fans du premier opus. Faut dire qu’il y avait de quoi tiquer en découvrant que ce que l’on espérait être une suite fidèle au carnage morbide et poisseux de la petite brune s’était muté en une vaste plaisanterie, avec une Angela désormais plus proche de Benny Hill que du bourreau revanchard. Certes, ça liquidait toujours du teen, mais désormais dans la joie et la bonne humeur, en multipliant les références aux confrères Freddy et Jason, et en se gardant bien de s’adonner à un état d’esprit désespéré comme c’était le cas dans le chapitre d’ouverture. Sleepaway Camp III : Teenage Wasteland (1989) ayant été shooté dans la foulée du deuxième opus, on savait d’avance que l’on foutait les pieds dans le même cirque, et qu’il y avait toutes les chances que la jadis dérangeante Angela porte à nouveau le nez rouge.

 

 

On ne s’est trompé qu’à moitié d’ailleurs, puisque le film conserve cette ambiance décontractée du caleçon et vise plus volontiers le rire que l’effroi. Par contre, Angela (Pamela Springsteen rempile, en lieu et place de Felissa Rose) se fera ici plus sobre, la gentille nunuche de Unhappy Campers laissant sa place à une jeune demoiselle qui s’accommode on ne peut mieux de ses instincts meurtriers et part au turbin avec plaisir. Si notre héroïne était un an auparavant une brave imbécile qui ne zigouillait son prochain que si celui-ci fautait sous ses yeux, la Angela d’aujourd’hui part véritablement en croisade et n’attend plus que l’occasion d’égorger du fornicateur se présente : elle la crée. On n’échappe certes jamais aux petites vannes et punchlines lancées par la Springsteen après chaque mise à mort, mais c’est toujours mieux que de la voir traverser les bois avec un sourire niais, qu’elle a troqué contre des lunettes de soleil et une attitude badass. Badass, l’intro du film l’est aussi, puisque l’on assiste à la mort de Maria, ado branchée heavy metal, avec un tatouage sur chaque sein (« Milk » sur l’un, « Shake » sur l’autre), percutée par un camion-poubelle puis écrasée dans le broyeurs à ordures. Angela is back, nous annonce un graffiti sur un mur, et on veut bien le croire, notre cinglée se faufilant à nouveau dans les colonies de vacances, cette fois en tant que campeuse et non comme monitrice. D’ailleurs, le camp du précédent film vient de rouvrir, acheté une misère – logique vu que les lieux sont considérés comme maudits depuis qu’Angela y a décapité une quinzaine de gosses – par une grosse feignasse et son mari pervers (Michael J. Pollard de Split Second, La Maison des 1000 Corps et Dark Angel avec Lundgren). Leur idée est de mélanger les gosses de riches et les gamins défavorisés en un seul et même lieu pour favoriser les échanges et faire tomber les barrières. Une aubaine pour Angela, planquée sous l’identité de la punkette Maria qu’elle a envoyée dans une décharge, qui pourra labourer toutes les classes sociales sans discrimination. Et tous les stéréotypes y passeront, que l’on parle du black avec casquette à l’envers, du latino membre d’un gang, de la petite princesse raciste, du neuneu pour qui l’Amérique est la reine du monde ou de la fille facile aux gros boobs, qu’elle montre à tout bout de champ. D’ailleurs, si l’on doit reconnaître une qualité à Michael A. Simpson, déjà au poste de réalisateur sur le second volet, c’est qu’il ne se pose pas de question lorsqu’il s’agit de faire voler les hauts de ses actrices. L’ennui c’est qu’à part ce côté sexy bienvenu, il n’y a rien d’autre à trouver dans ces huttes…

 

 

Et certainement pas un script en bonne et due forme, le scénariste Fritz Gordon (qui n’écrivit que les Sleepaway Camp 2 et 3… et c’est heureux) se contentant d’une escalade dans la violence, Angela passant d’une victime à une autre, sans interruption, sans qu’un soupçon d’intrigue ne vienne pimenter un peu cette entreprise de surpression de garnements trop portés sur le fricotage ou les jurons. A ce niveau, il est carrément criminel de ne pas tirer profit du caractère transsexuel du personnage, un élément indissociable de sa psychologie auquel il n’est jamais fait mention… Alors oui, il y a du rythme et on ne pourra pas reprocher à Teenage Wasteland de se perdre en débats, ses 80 minutes étant à 95 % consacrées aux homicides de sa star. On en a pour notre argent, c’est certain, mais il manque néanmoins un point d’ancrage, un contexte et un attachement envers les personnages, qui ne bénéficient pour la plupart que de deux ou trois lignes de texte avant de se prendre un coup de bambou sur la trogne. Au moins les méthodes utilisées par Angela sont-elles inventives : pétard glissé dans une narine, tête rabotée à la tondeuse à gazon, seringue plantée dans un oeil, écartèlement avec une jeep… On ne pourra pas reprocher à la team Gordon/Simpson de s’en tenir aux ordinaires coups de canif entre les omoplates, ni à Pamela Springsteen de rester dans sa tente à se vernir les ongles avec Tracy Griffith, sœur de Melanie ici choisie pour jouer la final girl. L’ennui c’est que lorsque la pelloche passa devant les organismes de censure, l’une des dames venues décider si Massacre au camp d’été 3 doit être vu à partir de 16 ou de 18 ans tomba dans les vapes, rendue malade par une scène voyant une cocotte faire une chute mortelle. Le sort était scellé pour la ballade forestière de Michael Simpson, et les cisailles allaient s’abattre sur la pellicule de son film, dès lors raccourci de quelques plans gore. Rendues visibles grâce à la sortie du très complet DVD (édité par Oh My Gore chez nous, il contient un commentaire audio du réalisateur et du scénariste, ainsi que plusieurs behind the scene), ces séquences uncut ne risquent pourtant pas de susciter un haut le coeur à grand-monde, les différentes caboches écrasées étant moins convaincantes que le plus cartoonesque des effets de chez Troma. Et d’ailleurs, même en version complète, les sautes d’humeur d’Angela ne se font pas particulièrement salissantes, en tout cas pas au point de faire de l’ombre à un Carnage ou un Madman, pour rester dans le slasher des buissons. Le couperet tombe logiquement : s’il n’est pas un pur infréquentable du genre, Sleepaway Camp 3 gardant quelques attributs cheesy qui lui permettent de faire passer le temps, il est néanmoins bien ardu de s’exciter à nouveau pour les jolies yeux de sa psychokilleuse

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Michael A. Simpson
  • Scénario : Fritz Gordon
  • Producteur: Michael A. Simpson, Jerry Silva
  • Pays: USA
  • Acteurs: Pamela Springsteen, Tracy Griffith, Mark Oliver, Kim Wall
  • Année: 1989

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