Ice Cream Man

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On a beau tous aimer s’envoyer en l’air et se retrouver emmitouflés dans des jacuzzi avec quelques professionnelles du X, vient un moment où le calbute chauffe un peu trop et demande une fraîche récréation. Pour le réalisateur de plus de 120 pornos Norman Apstein – alias Paul Norman -, cette pause sucrée s’appellera Ice Cream Man (1995), comédie horrifique mais coquine à sa manière puisque Clint Howard y sort son gros cornet et ses boules roses. On ne se refait pas…

 

 

 

Aussi dingue que cela puisse paraître, le spécialiste des enculades devant la cheminée et du culbutage sans premier rendez-vous qu’est Paul Norman s’est un jour lassé de côtoyer les Amber Lynn, Samantha Strong et autres gymnastes de la couette. C’est qu’après avoir passé des heures et des heures au lit avec ces cocottes – et les étalons qui les accompagnaient bien sûr, dont parfois Ron Jeremy, le seul mec au monde à ressembler à une pomme de terre dans laquelle on aurait encastré un poireau – au fil de titres prometteurs et fins comme Sperm Bitches, Edward Penishand ou Hungry Holes, Norman se dit qu’il serait peut-être temps de passer un peu plus de temps avec des mochetés. Très bon acteur et personnalité remarquée de la Série B horrifique pour son rôle culte dans Evilspeak et ses passages dans Ticks, Carnosaur ou Leprechaun 2, Clint Howard rentre – malheureusement pour lui – plutôt dans cette catégorie des laiderons, et fut d’ailleurs très vite abonné au rôle de weirdo de service, ou au mieux à celui du geek planté derrière un écran. Frère d’un Ron Howard qui lui permettra de temps à autres de se frayer un chemin jusqu’au mainstream pour de petits rôles (Apollo 13, Le Grinch, le spin-off StarWarsien Solo), Clint navigue donc entre la production cossue où il fait presque de la figuration et les petites productions cantonnées au marché du Direct-To-Video qui peuvent, si les planètes sont parfaitement alignées, lui offrir le statut de tête d’affiche. Ce sera évidemment le cas dans Ice Cream Man, horror comedy devenue culte avec le temps, écrite par Sven Davison et David Dobkin (futur réalisateur du génial Serial Noceurs) et belle occasion pour Paul Norman de faire couler de la bouche de ses comédiens autre-chose que du coulis de zob.

 

 

Everybody Scream for Ice Cream, annonce fièrement l’accroche de la bobine, pour le coup loin de nous la faire à l’envers puisque les marmots parcourant le film à bicyclette ont en effet une peur bleue de tomber sur le marchand de Miko et de fusées multicolores. Faut dire que comme si ça ne lui suffisait pas d’avoir la gueule en biais, Gregory Tudo (Clint Howard, donc) est aussi sacrément givré – ça va de paire avec le métier ? -, au point de liquider le bon peuple et se servir de ses restes pour créer de nouveaux parfums de crèmes glacées. Et comme de coutume, les marmots du coin fourrent leur nez dans le mauvais frigidaire et se retrouvent pourchassés par Gregory, en vérité devenu dingue depuis que son idole, le glacier de son enfance, s’est fait tirer dessus sous ses yeux par une bande de malfrats. Après un séjour dans un institut psychiatrique où il fera la connaissance d’une gentille infirmière un peu conne incarnée par Olivia Hussey – joli brin de fille à qui l’on refilait étrangement des rôles de vieilles dames (voir le quatrième Psychose) – et dans lequel il subira de drôles d’injections (le liquide semble être un mélange entre le sérum de Re-Animator et de la pistache) censées le rendre plus heureux. De toute évidence, les prescriptions sont à revoir… B Movie tourné pour environ 2 millions de dollars, et en partie financé par la firme aux pompes de skateurs Converge (ne vous étonnez donc pas si tout le cast en porte), Ice Cream Man enfile la blouse tachée de sang du slasher movie… mais sans trop l’assumer non plus. Au départ clairement prévu pour être une parodie des films d’épouvante de son époque, ce qui n’est pas des plus étonnants avec le réalisateur de Serial Noceurs au scénar’, cet unique méfait sans pénétration vaginale de Norman ne semble en effet toucher à l’horreur pure que du bout des doigts. Et si le bodycount se veut fort d’une dizaine de corps, la plupart des meurtres auront lieu à l’abri des regards indiscrets, et si ce n’est quelques décapitations et un visage brûlé avec un gaufrier, les goreux pressés de plonger la tête dans un seau rempli de tripes risquent fort de trouver Ice Cream Man plus sucré que salé. Mais c’est là un parti-pris totalement assumé.

 

 

D’ailleurs, plus que sur son carnage de toute façon trop timide pour remporter l’adhésion et permettre à Clint Howard de parader avec les Voorhees, Madman Marz et Cropsy, c’est sur ses personnages, tous cartoonesques à des degrés divers, que l’entreprise mise toutes ses économies. Défilé de grimaces d’un Howard cabotinant comme s’il était le fils illégitime de De Funes et Daffy Duck, Ice Cream Man épouse sa ringardise et crie sur tous les toits sa volonté d’être aussi cheesy que l’on puisse l’être, alignant notamment les séquences purement gratuites et jamais justifiées dans un scénario dont le premier jet fut de toute façon écrit en trois jours. Pourquoi Gregory se met-il à danser tout seul à côté de son camion bourré de Cornetto ? Comme ça, parce que c’est marrant ! Pourquoi insérer une intrigue parallèle avec un curé persuadé que lorsque sa dingue de femme se met à gueuler dans leur salon c’est parce que les archanges parlent à travers elle, si c’est pour ne rien en faire ? Bah, pourquoi pas après tout ? Et tout le film est de cet ordre, passant d’une scène étrange à une autre trahissant carrément les personnages tels qu’ils nous ont été présentés, Gregory passant, au gré des besoins, du rang de gros dégueulasse vivant parmi les cadavres et se foutant comme de l’an 40 du bonheur des enfants, à un brave homme cherchant à faire de bonnes glaces pour embellir leurs après-midi. On fait un peu ce qu’on veut dans Ice Cream Man, et si Norman veut voir sa chose basculer vers le film de tarés ayant pris le contrôle dans un asile dégueulassé de partout, il ne s’en privera pas. Un esprit punk rafraîchissant, et un dessin-animé live qui s’ignore, où l’on croise du beau monde (en plus de Howard et Hussey, signalons les passages de David Le Loup-Garou de Londres Naughton, Jean-Michel Alienator Vincent et David C’était Demain Warner) et où l’on se marre pas mal. Et ce même si, sur le strict plan horrifique, l’ensemble tient plus de l’épisode de la série Chair de Poule amélioré que du massacre en bonne et due forme. Dommage que la campagne de financement lancée par Howard en 2014 pour fêter les vingt ans du film et tenter de monter une séquelle se solda par un cuisant échec, on aurait bien repris un peu de sorbet…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Paul Norman
  • Scénarisation : Sven Davison, David Dobkin
  • Production : Paul Norman
  • Pays : USA
  • Acteurs : Clint Howard, Justin Isfeld, Anndi McAfee, JoJo Adams
  • Année : 1995

 

 

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