Creature

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Dans l’espace, on ne vous entendra pas crier. On ne vous y entendra pas ronfler non plus. Eh ouais, le Creature (1985) de William Malone, c’est du sous-Alien en veille, où le roupillon est de mise malgré une ou deux scènes un peu rosses et un Klaus Kinski égal à lui-même, venu pincer des culs sur une étoile noire.

 

 

William Malone revient de loin. Alors qu’une bonne portion des faiseurs de B-Movies des années 80 n’ont jamais réussi à sortir de la décennie – et lorsque c’était le cas, c’était bien souvent pour tomber dans le purgatoire de la Full Moon -, le Willy est parvenu à se refaire une santé à la télévision, et se vit même confier la réalisation de deux mainstream horror pour jeunots, le chouette La Maison de l’Horreur (1998) avec Geoffrey Rush et Famke Janssen, et le moins convaincant Terreur.point.com (2002) avec Stephen Dorff. Mieux encore, il monte en grade au milieu des années 2000 et se retrouve dans la même barque que les gros noms du genre que sont John Carpenter, Tobe Hooper, Joe Dante, Dario Argento, John Landis et autres Stuart Gordon le temps d’un épisode de Masters of Horror (on lui doit La Cave), reconnaissance pour le moins inattendue pour le type derrière des Séries B sans gros budgets derrière comme le creature feature Scared to Death (1980) ou le présent Creature. On ne s’en plaindra pas, car si Malone n’a pas pondu que des classiques intemporels, le gaillard est éminemment sympathique et ne feint pas son amour pour le cinoche d’épouvante. Il suffit de jeter un œil à sa bicoque pour s’en assurer, petit musée où séjournent plusieurs reliques utilisées dans d’antiques productions visqueuses : Robby le robot de Planète Interdite, les masques de ces tronches de potirons que sont les extra-terrestre et mutant des cultes Invasion of the Saucer Men et This Island Earth, une foultitude de figurines à l’image des Universal Monsters, et puis plusieurs bestioles et masques de sa conception, Malone n’hésitant jamais à créer ses propres atrocités, comme le coolos Syngenor ou les fantômes de La Maison de l’Horreur. Logique venant d’un gars qui travailla pour ce pilier de l’industrie du masque qu’était Don Post, et même si le fait est désormais bien connu, rappelons que William fut à l’origine de celui utilisé par Michael Myers dans le premier Halloween. « William Shatner ne nous a jamais attaqué en justice pour avoir utilisé son visage, ce qui en dit beaucoup sur lui » précise-t-il, souriant. Bref, William Malone est un type qui pousse à la sympathie, d’autant qu’il ne semble pas se faire de grandes illusions sur son œuvre, voyant son Scared To Death comme « un film assez mauvais, qui ressemble surtout à un film amateur ou d’étudiant ». Et Creature, dans tout ça ? « C’est pour ainsi dire une copie d’Alien. C’était amusant à faire, et il était intéressant de travailler avec Klaus Kinski, qui était pour ainsi dire un fou ». Soyons honnêtes : on aurait aimé prendre autant de plaisir à mater Creature que Malone en rencontra à le tourner…

 

 

La source du problème vient d’un script perdu entre sa volonté de coller aux basques du classique de Ridley Scott, et son envie de s’émanciper de son modèle. La petite originalité, Malone et son copain scénariste Alan Reed (dont la carrière n’ira jamais plus loin) la trouvent en situant leur intrigue dans un univers où deux entreprises – une ricaine et une allemande – se font la guéguerre, chacun tirant la couverture à lui et tentant de s’emparer du plus de planètes et coins de nébuleuse que l’adversaire. Un peu comme si Apple et Microsoft devenaient chacun les proprios d’une moitié de la galaxie, en résumé. Un point de départ pas plus con qu’un autre, et qui mélangé au film de space monster pourrait ouvrir de nombreux chemins scénaristiques : on pourrait par exemple imaginer que l’un des deux camps a créé le streum pour mettre le bordel chez le voisin, ou que les ennemis d’hier pourraient devenir les alliés d’aujourd’hui pour survivre à une vilaine gloumoute très dentée. Rien de très original, mais utiliser la rivalité entre deux factions permet généralement de dérouler une certaine dynamique et d’enchaîner les évènements. Malheureusement, il n’en sera rien dans Creature, qui se crée toute une mythologie pour au final se blottir dans les draps de la copie banale d’Alien, les Amerloques arrivant sur une planète où plusieurs chercheurs Allemands ont été bectés par une vilaine bête vieille de 200 ans. Et on vous le donne en mille, elle a encore un petit creux… Comme Malone est un amoureux sincère de la SF des fifties, il ne se contente pas de faire ses courses dans l’hypermarché tout neuf des xénomorphes, et s’en va aussi piocher quelques fruits dans l’épicerie de La Chose d’un Autre Monde. Des emprunts avoués au détour d’un dialogue, puisque l’une des filles de l’expédition proposera d’électrocuter le mutant, « comme dans un vieux film se déroulant dans la neige que j’avais vu petite ». Au moins c’est clair. Du coup, la plupart des ces archéologue du cosmos se retrouveront avec une espèce de grosse moule collée à l’arrière de la tête et seront donc contrôlés par la fameuse créature, créant un élan de paranoïa à la The Thing.

 

 

Présenté ainsi, il y aurait de quoi refiler une bonne trique à tous les adorateurs des carnages à quelques kilomètres de Pluton, mais à l’arrivée on ne s’en tire même pas avec une demi-gaule. Certes, il y a dans le coin une jolie scène gore, durant laquelle un mec se fait arracher la face avec les ongles puis voit sa caboche éclater à cause d’un tir de rayon laser. Et il faut admettre que Malone met du coeur à l’ouvrage et que malgré le tout petit budget dont il dispose – après tout, ça reste une production Trans World Entertainement (L’Invasion des Cocons, Hobgoblins etc.) – il se démerde plutôt bien lorsqu’il s’agit de créer une ambiance suffocante, alors qu’il n’a pour tout décors que des murs noirs et de la fumée. Mais voilà, on s’emmerde royalement dans Creature, la première moitié du récit se perdant dans des tunnels de dialogues dont on ne voit pas le bout, tandis que le script ne parvient jamais à se trouver un personnage principal, un point de vue à suivre. La motivation aura donc laissé place à la somnolence depuis belle lurette lorsque les éléments plus splatter débouleront, et si le spectacle final n’est en rien déshonorant, il ne mérite peut-être pas non plus que l’on s’enfile 40 minutes d’errances dans des vaisseaux métalliques pour ses beaux yeux. Reste le plaisir de voir deux monstres : celui du titre, sorte de fourmilier au dos courbé et qui serait tombé dans une mare de goudron, plutôt charmant dans le genre craignos monsters mais malheureusement trop rare à l’écran, et ce bon vieux Klaus Kinski, venu réciter des lignes de texte dont il n’avait visiblement rien à branler. Toujours aussi ingérable, il ira jusqu’à faire ajouter une scène le voyant palper le fion d’une pauvre astronaute. Irrécupérable ! Et assez amusant quand on connaît le bonhomme, tout comme il est plutôt drôle de le voir déambuler en zombie durant une bonne partie du métrage. Enfin presque, puisqu’il est clair qu’un figurant coiffé d’une moumoute blonde prend sa place dans ces instants ! Dommage que tout Creature ne soit pas aussi fendard, et que la passion que semble éprouver Malone pour Alien (il collectionne les accessoires utilisés lors du tournage du film et nomme le perso de Kinski Hans Rudi, en hommage au suisse Giger) n’accouche pas d’autre-chose qu’une petite bande d’exploitation aux trop rares fulgurances. Depuis, le réalisateur a ressorti le film sous son titre d’origine Titan Find, et dans une version non-censurée. On serait curieux de voir à quel point ça améliore le résultat, du reste trop médiocre pour satisfaire une audience qui en a de toute évidence vu d’autres.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : William Malone
  • Scénarisation : William Malone, Alan Reed
  • Production : William Malone, Moshe Diamant
  • Pays : USA
  • Acteurs : Stan Ivar, Wendy Schaal, Lyman Ward, Klaus Kinski
  • Année : 1985

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