Pighunt

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Il n’est jamais trop tard pour rendre hommage. A plus forte raison lorsqu’il est destiné à un réalisateur sous-estimé et n’ayant pas eu le temps de déployer tous ses talents comme James Isaac. Emporté par le cancer en 2012, le bonhomme aura eu le temps de nous offrir quatre années auparavant un Pighunt (2008 donc, des fois qu’il vous manquerait des doigts pour compter) à la jaquette trompeuse… Attention, quelques spoilers sont glissés dans la chro, vous êtes prévenus.

 

 

James Isaac, on l’adore ou on le déteste, et c’est généralement pour la même raison : Jason X. Soit on considère que cette virée dans les étoiles du gros Jason fut un dépaysement bienvenu et sacrément fun dans la saga Vendredi 13 (c’est notre cas), soit on prend la posture du conservateur jamais totalement sorti de la tente du quatrième opus de la saga des Voorhees et que, l’un dans l’autre, il faut tout de même être un peu con pour imaginer le fiston de la vieille Pamela en train de zigouiller du teen à quelques lunes de Starcrash et consorts. Question de point de vue. Reste que le pauvre Jim restera ad vitam eternam le faiseur rigolo mais que l’on n’aura jamais pris au sérieux, que l’on loue au vidéoclub mais rarement dans les pages en papier glacé, malgré des pelloches certainement pas honteuses à la Skinwalkers (2006). Rebelote en 2008 pour Pighunt, Série B sortie sans tremblements, pas vraiment planquée sous le tapis mais loin d’être mise en évidence par les fans ou la presse spécialisée. Faut dire que le bouzin partait du mauvais pied avec une couverture qui ne la met pas vraiment à son avantage, montrant un gros sanglier aux airs démoniaques trônant au sommet d’une petite montagne d’ossements. Pas tout à fait le même style que le poster original, plus grindhouse dans l’esprit avec son rendu d’affiche usée, ses nombreux personnages armés comme des tanks et ses feuilles de marijuana présentes ici ou là… Et carrément pas la même manière de vendre son produit, avec d’un côté la volonté de faire passer l’ultime effort de Jim Isaac pour un Razorback moderne, et donc un film d’horreur animalier comme les chaînes câblées ricaines en diffusent 15 à la semaine, et de l’autre celle de miser sur le petit revival seventies enclenché à l’époque. Une deuxième vision collant nettement plus au produit fini.

 

 

En route pour un petit week-end entre copains, quelques soldats de l’armée américaine au repos et la copine de l’un d’eux s’en vont se salir les godasses non loin de la bicoque de l’oncle décédé de l’un d’eux. Au programme : grosses pétoires et cervelles de marcassins éclatées, tout ce beau monde comptant bien raviver leur virilité en vidant leurs chargeurs sur des bêtes sans défense. Vrai qu’il n’y a pas plus glorieux que de sortir l’artillerie lourde et de prendre la pause avec une faune dont on vient de plomber le cul en prétextant que « c’est pour une meilleure régulation », alors que c’est surtout pour vérifier qu’on a encore un salsifis accroché entre les guibolles… Aidés par quelques rednecks aux dents cariées (c’est un pléonasme dans le cinéma de genre), nos militaires avancent donc dans les bois sans trop savoir s’ils doivent craindre ou non la présence de « l’éventreur », énorme sanglier réputé immortel et pesant plus d’une tonne. Après une heure de palabres et de découvertes étranges, la troupe finit par tomber sur un énorme champ de weed et se dispute à son sujet, certains voulant en récupérer pour la vendre tandis que d’autres préfèrent partir, d’autant que l’un des leurs s’est blessé à la jambe et nécessite des soins urgents. Une bagarre éclate et se solde par la mort de l’un des guides, poussant le bouseux restant à appeler ses troupes et pourchasser les coupables citadins. Et pour ne rien arranger, une troupe de hippies pas si peace and love que ça rôde dans les parages, tout comme le fameux porcinet meurtrier…

 

 

Inutile de s’attendre à une énième variation forestière de Jaws, Pighunt préférant, comme au bon vieux temps du cinoche d’exploitation des années 70, brouiller les pistes et contenir en son sein un maximum de thématiques souvent rangées dans des compartiments séparés. Le fameux cochon de la taille d’un Range Rover que l’on nous vend en devanture n’aura en vérité pas plus de place dans le film que les crados énervés ou cette étrange secte, menée par un grand black musclé constamment entouré de meufs à poil (merci Jim, on apprécie l’effort). Alors oui, l’animal pointe bel et bien le bout de son museau visqueux, et on aura même droit à quelques attaques en vue subjective, comme l’exige la loi du genre. Mais c’est surtout dans les dix dernières minutes que la bête se dévoile, apparaissant enfin en plein écran et commençant à se nourrir des promeneurs que lui balancent le culte de beatniks, qui le considèrent presque comme un dieu. Bref, malgré sa présence sur l’affiche (et encore, celle d’origine ne le montre pas, préférant laisser planer le doute quant à son look, par ailleurs sacrément réussi), le jambonneau ne volera pas particulièrement la vedette aux terreux revanchards sortant leurs vieilles motos pour poursuivre leurs proies ou à ces illuminés au cerveau trop cramé par des séances de fumette intensives. Prenant pour base ces bandes des 70’s aux sujets horrifiques variés, Isaac passe donc des défenses ensanglantées de son cochonou au film de bikers crasseux, quand il ne transforme pas ses nymphes aux seins rebondis en de belles salopes venues planter leurs lames dans les burnes de leurs cibles.

 

 

Une diversité bienvenue, et riche en moments marquants. Voir pour s’en convaincre les ultimes minutes, montrant le bestiau dans une sorte d’arène éclairée aux torches, et tentant d’engloutir les héros. Ou ces passages enfumés dans lesquels l’une de nos bidasses traverse un harem un peu trop beau pour être vrai, en totale opposition avec la violence et la nervosité de l’assaut d’une maison abandonnée par les pedzouilles, qui rentrent à l’intérieur du taudis avec leurs bécanes. Tantôt posé, tantôt énervé et pas forcément contraire à quelques vannes un peu grasses, Pighunt a de toute évidence de la suite dans les idées, et fait oublier qu’il faille tout de même attendre une heure (!) pour que les choses sérieuses se lancent. Bien trop long, surtout que Isaac, malgré toute la sympathie qu’on peut lui porter ici, ne peut faire passer la pilule par son seul art. Si quelques idées visuelles se glissent ça et là (la carte dessinée sur une photo de femme nue, le smiley de sang sur la vitre), on ne peut que constater que le tout n’aurait pas été shooté très différemment par un apprenti réalisateur… Heureusement que les protagonistes sont intéressants à suivre, et leur refus de tomber dans les clichés (les rednecks sont brutaux et angoissants, mais aussi assez attachants et parfois serviables) permet de garder les yeux ouverts durant cette longue exposition qui aurait sans doute gagné à être raccourcie. Reste que grand bien fera à ceux qui tiendront jusque-là, la dernière demi-heure étant un beau concentré du cinoche fantastique, et Isaac semble se réveiller enfin dans ces instants. On comprendrait qu’il fut plus motivé à l’idée de filmer des nymphes se baigner dans une source naturelle qu’à celle de scruter les répétitives randonnées et pauses déjeuner de ses persos principaux… Pas en manque de défauts, Pighunt sauve les meubles in extremis grâce aux contours mystiques de son superbe monstre (les lecteurs de Clive Barker penseront peut-être à sa Truie) et ses audacieux changements de tons, et en devient fort logiquement un concurrent sérieux au titre de « vrai film grindhouse des années 2000 ». En tout cas bien plus que certaines productions plus cossues et bénéficiant d’une plus large médiatisation. Suivez mon regard…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jim Isaac
  • Scénarisation : Robert Mailer Anderson, Zack Anderson
  • Production : Jim Isaac
  • Pays : USA
  • Acteurs : Travis Aaron Wade, Tina Huang, Trevor Bullock, Rajiv Shah
  • Année : 2008

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