Les Maléfices de la Momie

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Elle a beau être couverte de bandages gênants sa vue et être vieille de plusieurs milliers d’années, rien n’empêchera jamais une momie de mettre à exécution une vieille malédiction. C’est qu’elles n’aiment pas être réveillées alors qu’elles étaient confortablement installées tout au fond de leurs sarcophages, les coquines…

 

Nous n’allons pas nous mentir à nous-mêmes: la momie n’est pas le plus effrayant des monstres dits classiques. Le vampire se faufile sans bruit, le monstre de Frankenstein est doté d’une force herculéenne, le loup-garou est rapide et tranchant. La momie, elle, n’est qu’un tas de poussière sous quelques bandages crasseux. Et pourtant, elle a toujours eu des films la mettant en avant. Pas autant que les vampires ou les loups-garous, plus populaires (surtout depuis qu’ils tombent amoureux les uns des autres dans des minauderies pour ados), mais de temps à autres réapparait un sarcophage qui s’ouvre pour laisser s’échapper une meurtrière main bandée. La Hammer avait prit conscience du potentiel commercial que pouvait représenter l’ancêtre des zombies, après tout la Universal avait bien capitalisé sur ses vieux os durant cinq films, dont seul le premier est resté dans les anales. Amusant d’ailleurs de constater que le premier film mettant en scène une momie, le La Momie de Karl Freund avec Boris Karloff dans le rôle-titre, est l’un des films les moins représentatifs du genre. Imhotep ne s’y baladait en bandelettes que durant trois minutes avant de réapparaitre sous les traits d’un vieil égyptien presque banal. Les quatre films suivants (La Main de la Momie, La Tombe de la Momie, Le Fantôme de la Momie et La Malédiction de la Momie) respecteront plus le cliché de la momie ambulante qui tue des archéologues trop curieux, un poncif que reprendra donc la Hammer pour son La Malédiction des Pharaons réalisé par Terrence Fisher, avec Christopher Lee dans le rôle du monstre (pour changer…) et Peter Cushing en héros. Un classique qui fonctionna si bien que ses producteurs continueront de ressusciter des pharaons dans trois autres films: Dans les Griffes de la Momie (1967), La Momie Sanglante (1971) et Les Maléfices de la Momie, ce dernier étant le premier à retenter l’expérience égyptienne puisque datant de 1964.

 

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Alors qu’il y a tellement de films sur le vampirisme qu’on ne sait plus où donner de la tête, les films sur les momies ne nous ont jamais particulièrement ensevelis sous leurs catacombes. Ce n’est pas vraiment le désert, mais ce n’est pas l’avalanche non plus. Du coup, lorsqu’on a affaire à un film d’horreur basé en Egypte, on le chérit peut-être un peu plus que si c’était une énième bande sur les suceurs de sang. De là à dire que Les Maléfices de la Momie est un film précieux… Mais il est intéressant, ne serait-ce que par son réalisateur, Michael Carreras. Le bonhomme est surtout connu pour être l’un des principaux producteurs de la Hammer, l’homme qui ressuscita Frankenstein et Dracula et leur offrit leur plus beaux apparats, et en couleurs bien sûr ! Carreras n’en est pas à sa première réalisation (il réalisa plusieurs films méconnus dans les années 50) et certainement pas sa dernière (on lui doit aussi Le Peuple des Abimes et il retrouvera les maléfices égyptiens pour La Momie Sanglante dont il bouclera le tournage suite à la mort du premier réalisateur, Seth Holt). A la relative chance d’assister à un film de momie s’ajoute la curiosité de voir ce que peut faire le producteur une fois une caméra dans les mains…

 

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Les Maléfices de la Momie commence comme les trois-quarts des films du genre: avec des archéologues qui font des fouilles qu’ils ne devraient pas faire. Ceux-ci sont en effet en train de rechercher la tombe du prince Râ, désireux de ramener son sarcophage et ses trésors en Angleterre histoire de les exposer dans un musée. Une entreprise dangereuse, les superstitieux du coin n’appréciant guère l’expédition, allant jusqu’à assassiner l’un des plus prestigieux professeurs de la troupe, l’éventrant et lui tranchant la main, laissant sa fille Annette dans le désarroi. Cela n’arrête pas les chercheurs, qui finissent par trouver tout ce qu’ils souhaitent mais font face à un changement de programme: le promoteur Alexander King a en effet pour but de faire le tour du monde avec la momie, persuadé que les histoires de malédiction que l’on raconte dans le coin lui rapporteront gros. Mais une autre personne semble s’intéresser fortement à ces histoires, le riche anglais Adam Beecham qui commence à se rapprocher sérieusement d’Annette, le tout sous l’œil agacé de John, l’un des chercheurs. Du classique de chez classique, donc, mais plutôt bien mené. Carreras, qui signe le scénario sous le nom Henry Younger parce que les lois anglaises lui interdisent de cumuler les postes de réalisateur, scénariste et producteur, se débrouille plutôt bien pour faire monter la pression, retardant l’apparition de sa momie au maximum. La vieille dépouille se met effectivement en marche vingt minutes avant la fin d’un film qui en dure quatre-vingt, de quoi décevoir ceux qui espéraient la voir énormément. Heureusement, on ne s’ennuie pas jusque-là, Carreras étant un assez bon scénariste.

 

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De jolis flashbacks nous font effectivement patienter, nous permettant de voir quelques décors égyptiens plutôt bien faits. Evidemment, il ne faut pas s’attendre à voir des pyramides et des sphinx dans tous les sens, le fantasticophile averti sachant depuis bien longtemps que les producteurs n’avaient pas les moyens nécessaires pour tourner sur les lieux mythiques de l’Egypte. Nous devrons donc nous contenter de quelques scènes dans le tombeau ou des déserts avec fonds peints, simples mais efficaces. Ce n’est bien entendu pas aussi chatoyant que les décors d’un Le Cauchemar de Dracula, mais le film nous réserve tout de même quelques jolis tableaux, surtout une fois que nous sommes passés à Londres. Comme lors de ce joli plan dans lequel l’un des maudits monte les escaliers d’une petite ruelle non loin des docks, éclairée par un seul lampadaire, avant de tomber sur la momie qui l’attend au-dessus des escaliers. Et quand il ne se passe aucune horreur, Carreras à la bonne idée de verser dans le second degré, assez appréciable ici. Le personnage d’Alexander King (joué par Fred Clark) est clairement là pour détendre l’atmosphère, s’attribuant tous les honneurs alors qu’il n’a rien foutu avec une désinvolture qui force le respect. Il est d’ailleurs le seul personnage réellement appréciable du lot, le reste du casting souffrant légèrement de têtes à claques… Que la momie se fera d’ailleurs un plaisir de baffer !

 

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John (Ronald Howard) est ainsi le héros du jour. Mais un héros peu sympathique, qui ne semble s’émouvoir de rien et insulte même un égyptologue largement plus cultivé que lui pour la seule raison qu’il a eu une maladresse. Et comme les crétins s’attirent, il est tout naturellement en couple avec Annette (Jeanne Roland, dont la voix a été doublée), une crétine qui survit plutôt bien à la mort de son père, pour rappel éventré peu avant, puisqu’elle est déjà tout sourire le lendemain. Une cruche si profonde qu’elle ne voit même pas le petit jeu joué par Adam Beecham (Terrence Howard), qui a clairement quelque-chose à se reprocher et sent les emmerdes à plein nez… Nous ne sommes d’ailleurs pas face à un casting très « Hammerien » puisque les seuls têtes habituelles que nous pouvons croiser sont celles de Michael Ripper (La Revanche de Frankenstein) et Georges Pastell, qui est l’égyptien de service dans tous les films de la firme ayant un rapport avec les momies. Pareil pour l’équipe technique, qui se passe des habitués, sans doute en train de tourner un Terrence Fisher plus loin. Les Maléfices de la Momie n’a même pas été tourné dans les studios habituels de la firme! Un film un peu à part donc, qui s’inscrit malgré tout assez bien dans le reste du catalogue de la Hammer.

 

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Malgré tout, ce The Curse of the Mummy’s Tomb reste un Hammer mineur, l’un de ces petits « à cotés » qui ne cassent pas trois pattes à un canard mutant mais qui font tout de même plaisir aux amateurs. Car même si le film prend un peu de temps avant de balancer sa momie dans le grand bain (de sang), il y a suffisamment de scènes satisfaisantes et une histoire assez bien écrite pour retenir l’attention du spectateur, à condition de savoir apprécier une certaine lenteur caractéristique de l’époque. Michael Carreras se montre même un bon réalisateur et offre quelques séquences charmantes comme ce plan séquence évoluant dans le tombeau de Râ, permettant à tous les spectateurs de devenir d’aventureux archéologues. Les fans de la Hammer seront satisfaits, les amoureux des momies aussi, celle-ci en valant bien une autre. D’autant que Les Maléfices de la Momie est bien plus réussi que le soporifique Dans les Griffes de la Momie. Et puis, une momie qui se ballade dans un Londres gothique, c’est très… bandant !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Michael Carreras
  • Scénario: Michael Carreras
  • Titre original: The Curse of the Mummy’s Tomb
  • Producteur: Hammer Film
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Fred Clark, Terrence Morgan, Ronald Howard, Jeanne Roland
  • Année: 1964

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