Blacula, le vampire noir

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Il est black, il est criminel, il a principalement sévi dans les années 70 et a laissé des traces dans la nuque de tous les malheureux qui ont un jour croisé son chemin. Qui est-il ? Mais non pas Bill Cosby ! Blacula ! Le seul et unique dark prince of darkness, le vampire afro qui aura laissé tranquilles les forêts de Transylvanie et les vieux manoirs décorés de gargouilles fissurées pour mieux hanter les usines désaffectées et les ruelles sombres de Los Angeles. Rencontre avec une terreur plus sympathique qu’il n’y paraît.

 

 

Sous-genre horrifique particulièrement peuplé, le film de vampires est aussi l’un de ceux fricotant le plus régulièrement avec l’expérimentation, ne serait-ce que pour dépoussiérer à intervalles réguliers les caveaux de nos noctambules au teint pâle. Qui dès lors pour s’étonner, voire s’outrer, de découvrir que quelques producteurs en quête de sang neuf (avouez qu’elle est bonne), dans le cas présent le king of B-Movies Samuel Z. Arkoff (The She-Creature, Invasion of the Saucer Men, les Poe shootés par Corman, L’Abominable Dr. Phibes), eurent un jour l’idée de créer un pompeur d’hémoglobine aux origines africaines ? Blacula, donc, né en 1972 des rubans encreurs de Joan Torres et Raymond Koening, déjà de retour l’année suivante pour la séquelle Scream Blacula Scream des mêmes Torres et Koening (qui ne quittèrent d’ailleurs jamais de la cape de leur démon noir pour batifoler ailleurs), et bientôt le fer de lance d’une petite mode visant à tirer les créatures du bestiaire classique dans la Blaxploitation. Blackenstein, Abby (une version afro de L’Exorciste pour aller vite), The House on Skull Mountain (le mythe de la maison hantée prend des couleurs), Lord Shango et sa secte aux rituels mortels, Sugar Hill et son arrivée de zombies avec des billes argentées en guise d’yeux, ou encore un Dr. Black, Mr. Hyde partageant avec Blacula son réalisateur. Soit William Crain, d’ordinaire un bon employé de la petite lucarne, que l’on promeut et tire sur les grands écrans pour qu’il apporte une dimension plus funky aux vieilles gloires de l’épouvante. D’ailleurs, la plupart des forces créatrices passées sur Blacula proviennent de la télévision, tel le blood sucker en titre, William Marshall. Si les férus du cinoche d’horreur le connaissent surtout pour ses passages dans des petites productions un peu coquines des années 90, comme le Sorceress de Wynorski ou Dinosaur Valley Girls de Don Glut, il est connu aux States pour être le King of Cartoons de la série Pee-Wee. Ouaip, le roi des dessins-animés, ce qui nous amène assez loin de ses mésaventures en temps que roussette maudite.

 

 

Un rôle que Marshall ne prit certainement pas à la légère, et soucieux que le premier vampire d’ébène de l’Histoire soit correctement croqué, il s’immisce dans les réunions entre producteurs et vient mettre son nez dans le script. C’est de lui que viendra l’idée que le personnage ne soit pas purement diabolique, et que s’il commet des actes atroces – parce qu’il faut bien que film se fasse – c’est parce que sa malédiction l’y oblige. Celle qu’il reçoit de Dracula himself en 1780, alors que le prince africain Mamuwalde et sa femme Luva se rendent jusqu’aux quartiers privés du vieux Tepes pour un repas entre fortunés. Tout se passe à peu près bien jusqu’à ce que Mamuwalde exprime à la Vladoche son désir de mettre fin à l’esclavagisme, ce à quoi la chauve-souris en chef lui répond qu’il y a bien des mérites et avantages à avoir des esclaves à son service. Le couple venu d’Afrique se vexe, fait mine de quitter le repas sans même attendre que le dessert soit servi et Dracula prend la mouche, ordonnant à ses serviteurs de mettre une raclée à Mamuwalde, qu’il mord ensuite et enferme dans une crypte avec sa femme. 300 années passent, nous voilà à l’entrée des années 70, et un couple d’homosexuels vient faire ses emplettes dans la citadelle du Comte Drac’ pour y trouver un cercueil qui fera sensation dans leur nouveau salon. On vous le donne en mille, c’est avec celui dans lequel repose Mamuwalde, désormais renommé Blacula pour que les choses soient plus claires, que reviennent les deux hommes à Los Angeles. Et à peine leur nouveau meuble posé que le diablotin sort de sa boîte, avec désormais des rouflaquettes et sourcils de la taille d’un hérisson obèse. Fidèle à son rang de vampire, il fait deux trous dans les nuques des garçons, pour ensuite aller voir à quoi ressemble leurs familles au funérarium (sans trop que l’on sache pourquoi, mais passons…). Tant mieux pour lui, puisqu’il se retrouve nez-à-nez avec la sœur de l’une de ses victimes, et qu’elle est le portrait craché de sa chère Luva, décédée depuis bien longtemps…

 

 

Autant dire que dans les grandes lignes, on en revient à la légende de l’empaleur telle que nous la connaissons tous : la malédiction, l’idylle perdue puis réincarnée dans une petite jeunette, la vérification au cimetière que les morts ne font pas semblant de dormir et même l’arrivée d’un Van Helsing moderne en la personne de Thalmus Rasulala (Nico avec Seagal), docteur se posant des questions sur la nature des cadavres exsangues retrouvés ça et là. Et sur la personnalité de ce mystérieux Mamuwalde venu s’immiscer dans son groupe d’amis pour tenter de séduire la portrait-craché de son amour d’antan. Du Bram Stoker dans le texte, mais bien sûr modernisé pour l’occasion. Les scènes dans les bars où chantent les cantatrices tandis que les poivrots vident leurs godets laissent ainsi place aux concerts dansants, les villageois en colère sont remplacés par des policiers casqués et munis de lampes torches, le castel de pierre s’éclipse et c’est dans une froide usine que Blacula part faire son lit… Une mise-à-jour visuelle plus que thématique en somme, même si l’on appréciera tout de même la grandeur d’esprit de Mamuwalde. Contrairement à un Christopher Lee bestial et fier de sa malévolence, Blacula est prisonnier d’instincts aux antipodes de sa bienveillance habituelle, et le final le verra éprouver de profonds regrets. Son seul moteur est son besoin de retrouver son amour de jeunesse, pas de se créer une armée de goules, en majorité noires, qui finissent par le faire ressembler malgré lui aux fameux esclavagistes qu’il abhorrait tant de son vivant.

 

 

Il y a donc un soupçon de psychologie intéressante à puiser dans Blacula, ainsi que quelques séquences attirantes pour le true horror fan, à l’image de cette attaque de vampires dans un dépôt bientôt enflammé, ou ce cache-cache final avec un Blacula liquidant les policiers les uns après les autres de diverses façons. Imparfait et parfois rabaissé par un budget que l’on devine faiblard – on le ressent au vu des maquillages et fausses dents des succubes aux bras de Dracula – et à l’occasion ridiculisé par une utilisation abusive de l’accélération lors des échauffourées, Blacula n’en mérite pas moins le détour et tient ses promesses en faisant office de bon petit film d’exploitation moins bête qu’il en a l’air. Mine de rien, c’est déjà beaucoup.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : William Crain
  • Scénarisation : Joan Torres et Raymond Koenig
  • Production : Samuel Z. Arkoff,…
  • Pays : USA
  • Acteurs : William Marshall, Vonetta McGee, Thalmus Rasulala, Denise Nicholas
  • Année : 1972

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